L’an dernier, l’an prochain

D’habitude, je vous fais des bilans, principalement axés sur l’écriture, en octobre : juste avant le NaNoWriMo.
Cette année, manque d’organisation oblige, j’ai totalement échoué à vous le faire. Alors, de manière très originale, je propose un bilan général au 1er janvier.

Je n’ai pendant longtemps pas cru aux bonnes résolutions. C’est comme une vaste blague universelle, comme faire la promesse au monde entier d’une chose que tout le monde sait qu’on ne va pas tenir. Je n’en faisais pas, jamais. Ou alors je faisais des listes volontairement très longues et ridicules, dans le but de faire rire mon entourage.
Je ne sais plus trop comment j’en suis venue à, finalement, prendre de vraie résolution. Pourtant, à 25 ans, je me suis lancée.
Après le traumatisme de l’amnésie de 2014, j’ai réalisé que ma capacité d’attention et de mémorisation (les deux allant de pair) était devenue ridicule. J’étais incapable de tenir une conversation sans dériver, j’oubliais d’une minute à l’autre… A partir de là, j’ai décidé qu’en 2015, je ne perdrais jamais le fil. Une seule résolution, particulièrement complexe à tenir, qui a failli voler en éclats plus d’une fois.
Mais j’ai tenu, et je tiens toujours. Parfois je sens que je dévie, alors je demande pardon et coupe une conversation, puis je peste deux minutes le temps de refaire le cheminement mental, de reconstituer toute la conversation, avant de la reprendre au point où elle était en y voyant un peu plus clair.
Je suis devenue championne à ce jeu. Les gens ne se souviennent plus du fil, mais je suis capable de le reconstruire. Je suis un peu plus attentive, j’oublie un peu moins. Même si c’est un exercice fatigant, c’est assez gratifiant. Je ne perds plus le fil depuis le 1er janvier 2015 et j’ai bien l’intention que ça dure.
Je ne me souviens plus exactement comment j’ai formulé ma résolution de 2016, mais il y avait clairement une idée d’apprendre à m’écouter, être plus heureuse dans mon quotidien et approfondir l’écriture. Pari gagné, avec les DailyShorts et un blog plus actif en un an que pendant ses 5 précédentes années d’existence. Côté fiction longue, c’est un peu plus un échec avec un NaNoWriMo raté, mais c’est peu cher payé pour avoir trouvé un rythme d’écriture qui fonctionne (et un semblant de lectorat !)
Pari gagné également dans mon quotidien, avec un suivi psy qui me fait du bien, un traitement médicamenteux adapté à mes besoins (et que j’accepte de prendre), et moi qui apprends à faire attention à ce que mon corps me dit.
Bon, d’accord, la seule chose que je comprends c’est quand mon corps me dis « je vais mourir ». Mais déjà, je sais repérer ce signal, et je sais le décrypter pour savoir globalement comment réagir. Genre démissionner de deux boulots potentiellement dangereux pour mon équilibre (quel que soit leur niveau de coolitude à côté), pour atterrir dans un autre qui correspond plus à mes besoins… et que j’aurais assez peu de remords à quitter si ce n’est pas le cas, parce que maintenant je sais faire, je l’ai déjà fait.
Le plus dur reste le premier pas, même si les suivants ne sont pas toujours simples.
Alors certes les objectifs étaient moins définis qu’en 2015, mais je considère malgré tout mes résolutions tenues, et je prends un instant pour m’autocongratuler.
Bravo, Lia de 2016.
Voilà.
Du coup, je continue de faire des résolutions le premier janvier, et ce n’est pas juste pour rire, cette fois, parce qu’en me posant des buts atteignables, ça marche plutôt bien : avec le temps, une résolution tenue se transforme en habitude, jusqu’à ce qu’on ne se rappelle parfois même plus à quel point c’était difficile au début.
Cette année, j’ai déjà parlé de mes résolutions sur les réseaux sociaux, et je le fais très volontairement : plus j’en parle, plus mon entourage est au courant et me soutient. Ça crée peut-être une petite pression, mais j’ai besoin de ce soutien pour avancer et tenir le coup.
Alors voilà, pour cette année, j’ai isolé plusieurs points vraiment importants pour moi.

Le premier, et le plus important, c’est de continuer à travailler mon écoute de moi-même. Essayer de recréer le lien entre corps et esprit, deux entités franchement en conflit chez moi.
Visuellement, j’aime beaucoup mon corps. Le problème, c’est qu’en pratique, il y a des points qui coincent. Je suis trop faible physiquement à mon goût, ma respiration est trop courte, mes jambes (et mes genoux surtout) me portent mal. Tout ça se travaille, et c’est une sacrée résolution que de m’atteler à ce chantier.
Il y a l’idée de faire du sport, de trouver des exercices qui fonctionneraient pour moi, mais le point de travail concret sur le sujet passe par une lutte contre mes troubles alimentaires. Il va s’agir d’essayer de faire au moins un repas par jour… Et ce sera peut-être la résolution la plus difficile à tenir. Capable de rester trois jours sans manger parce que « pas faim » ou « j’ai oublié », dès que j’essaie de suivre les conseils des diététiciens pour manger mes trois repas par jour, c’est le drame : j’ai l’impression de passer mon temps à côtoyer la bouffe, et ça ne me va pas du tout. Je ne vis pas pour manger et la nourriture me rebute vite. Finalement, un repas par jour, ce sera déjà une bonne moyenne. Si je tiens toute l’année, je pourrai passer à deux repas, qui sait ?
Pour le lien corps/esprit, il y a un autre chantier, celui de l’identification des émotions et de leur impact. Mais ça, c’est un objectif beaucoup plus large, qui viendra avec le temps (et peut-être une nouvelle thérapie par EMDR ou hypnose, mais qui sait quand ?)

Le deuxième, c’est de continuer à développer mes activités créatives qui font tant de bien à ma caboche parfois trop tourmentée. Avoir passé le nouvel an dans un endroit avec un PIANO (après presque trois ans sans avoir pu en jouer) m’a confortée dans l’idée que j’étais certes très, très nulle en musique, mais qu’à cela ne tienne, ça me faisait du bien donc il fallait que je reprenne. Je vais donc continuer mon laborieux apprentissage du yodel (en ayant cette fois-ci un endroit où répéter, puisque chez le Poui, c’est a priori très bien insonorisé), mais également me remettre au violoncelle et voir ce qui me reste du peu de bases que j’avais. Je ne me fais pas d’illusions : je n’ai jamais été douée et ne le serai jamais. Je ne suis experte en rien, mais si je peux un peu tatouiller dans plusieurs choses, c’est déjà ça. L’important, c’est que je réussisse à exprimer des choses avec ça.
Je ne sais pas si ça rentre dans les activités créatives, mais je vais aussi approfondir l’apprentissage du suédois. Pour moi, c’est un excellent moyen de m’épanouir que d’apprendre des nouvelles langues, et c’est toujours très gratifiant de s’apercevoir que petit à petit, on passe du gloubiboulga de mots à « quelques trucs vaguement compréhensibles au milieu d’un magma de vernaculaire », avant d’atteindre le stade du « hé ! j’ai compris cette phrase ! »
J’aimerais bien avoir atteint ça d’ici fin 2017, voire même d’ici août, histoire d’être plus capable de m’exprimer que l’an passé quand j’irai bosser en Suède cet été.
Enfin, impossible d’atteindre le point créatif sans parler de l’écriture. Là, le chantier est déjà bien entamé, alors je m’autorise un peu plus d’ambition ! Il y a déjà garder le rythme des articles de blog du dimanche soir, et celui des #DailyShorts évidemment, même si je vais être un peu plus souple pour celui-là (des GuestWeeks plus nombreuses dont une qui commence demain, d’autres cycles comme Annabella, des DailyThoughts quand rien d’autre ne vient… l’idée étant de faire un post par jour, le plus souvent avant de dormir même s’il y a des exceptions). J’aimerais essayer de reprendre le rythme d’une nouvelle longue en français par mois, même si en 2016 c’était un échec : peut-être qu’en me fixant des dates précises j’y arriverai mieux ? Enfin, le vrai gros challenge, ce serait surtout un roman complété dans l’année, et une traduction au passage. Egalement, j’aimerais pouvoir vous parler du Projéseukrai au plus tard en février… Et vous annoncer au moins une publication dans l’année, mais là, ce serait vraiment le pompon !

Et sur un point plus « terre à terre », moins ambitieux, le petit automatisme que j’aimerais créer cette année (comme « ne pas perdre le fil » en 2015 ou « prendre le médicament à temps » en 2016), ce serait de trouver un point positif pour chaque point négatif ou anxiogène de ma vie que j’aurais vocalisé. Quitte à ce que ce soit ridicule (voire cynique ?) de temps en temps, c’est une gymnastique intéressante. Comme je prenais l’exemple tout à l’heure sur Twitter :
– ma boîte aux lettres a été fracassée et mon courrier volé, c’est anxiogène, c’est un stress car je dois la remplacer, c’est de l’argent pour rien, MAIS. Cela implique que je peux cesser de donner mon adresse aux gens (ne m’écrivez pas : je n’ai pas de boîte aux lettres, et ça tombe bien, parce que parfois je suis mal à l’aise quand on m’écrit), et surtout que je peux y réfléchir à deux fois avant de commander sur Internet (attends, est-ce que j’ai vraiment besoin de ça ? Si c’est le cas il faut que je le fasse arriver chez des amis ou dans un point relais. Non, je ne dois pas en avoir besoin.) Bref, plein d’économies ! Finalement je ne vais peut-être pas la remplacer, cette boîte aux lettres.
– mon interphone ne fonctionne pas, doit être changé mais je ne me fais pas d’illusions, c’est aux frais du propriétaire donc ça va prendre des lustres. J’habite au cinquième sans ascenseur, je dois descendre ouvrir aux gens avant de remonter, c’est épuisant, MAIS. Cela implique que j’y réfléchirai à deux fois avant de proposer à des gens de venir voir la tanière du Poui et que j’aurai donc un coin un peu plus perso, pour souffler sans être envahie, et que si je les invite effectivement je vais faire un sacré sport. (Ça peut aussi être l’occasion de prendre contact avec mes voisins pour les prévenir et voir s’ils peuvent me dépanner… ou d’apprendre la ponctualité à mes amis si j’en invite plusieurs d’un coup, car je ne fais qu’un voyage pour aller les chercher en bas ! :p)Je me demande à quel point je vais réussir à trouver un contrepoids positif à chaque galère que je rencontre, mais pour le moment, nous sommes seulement le premier de l’an et j’ai déjà des résultats rigolos…
Bref, nous verrons bien ce que cette année donnera : je serais contente de tenir chaque point de cette liste, et même si elle est plus longue que les années précédentes, elle me semble plutôt réaliste dans les buts à atteindre.
Prochain point résolutions en 2017 donc !
Et parce que c’est de mise : bonne année 2017 à tous !
Qu’elle soit belle, inspirante, créative, qu’elle vous permette d’avancer dans votre vie, de trouver vos réponses, de confirmer celles que vous avez déjà, et de poser toujours plus de questions ! Ne faites pas trop de résolutions ; juste celles que vous savez pouvoir tenir. Si vous ne les tenez pas toute l’année, rappelez-vous que chaque jour tenu est un pas en avant et qu’il y aura un prochain nouvel an. Si vous vous apercevez en cours de route qu’elles sont nulles, laissez tomber et faites-en d’autres !
Je vous souhaite tout le meilleur et rien de moins, et je vous dis rendez-vous par ici chaque dimanche soir de 2017, parce que moi, je pense bien tenir cette résolution-là !

Trouver l’étincelle

Il n’y a pas si longtemps, j’ai pris la résolution de recommencer à écrire un article par semaine. Arbitrairement, j’ai décidé de poster le dimanche soir ; ça me semblait être un bon moyen de commencer la semaine. Il s’est avéré que ce n’était pas une si mauvaise idée : j’avais sous-estimé la quantité d’insomniaques de la nuit du dimanche au lundi, et il s’avère en fait que j’ai un pic de lecteurs à ce moment-là. Plutôt intéressant, comme constat, même si je n’étais pas tout à fait dans cette optique initialement.

Il y a des fois où mon article est tout prêt dans ma tête, voire même dans un traitement de texte, dès 15h le dimanche. Aujourd’hui, clairement, ce n’est pas le cas (contrairement à l’article de la semaine prochaine, et peut-être même celui de la semaine d’après ; oui, j’ai presqu’un planning organisé… presque.)
Mais voilà, aujourd’hui c’est un jour pas très clair sur mon planning. Pas facile de pondre un article pour un 25 décembre quand on n’a pas spécialement envie de parler de Noël. Je me suis creusé la tête toute la journée, j’ai demandé autour de moi… J’ai peiné à trouver.

Et puis, finalement, ça vient toujours ! Commencer à écrire cet article à 23h n’est sans doute pas forcément très malin, mais au moins, je sais de quoi je vais vous parler maintenant.

Au début, j’ai hésité à vous parler de mes cadeaux de Noël. Ma marraine m’a offert un très joli collier/bracelet avec le caractère 信 (xìn), la confiance, en chinois.

(Bon OK, ça commence à être un sacré mélange culturel sur mon bras, mais j’aime beaucoup ce nouveau bracelet. En plus ses couleurs sont assorties à mon Dalahäst !)

C’est un très joli caractère, qui lie l’humain à la parole. Du coup, je me suis demandé si je n’allais pas vous faire un maxi pavé sur la confiance, parce qu’avec ma confiance en la vie et mon incapacité paradoxale à faire confiance alors que je me livre ouvertement au premier venu, c’est un sujet sur lequel j’aurais des choses à dire.
Une des choses que j’ai apprises en essayant d’écrire des articles, c’est que ce n’est pas parce que j’ai des choses à dire qu’elles font des bons articles de blog. Ou plutôt, que je dois d’abord régler deux trois points avec moi-même avant de penser que ça intéressera les autres. J’aimerais ne pas encourager les gens à approuver mes dysfonctionnements, je préfère être au clair avec ce que je dis.
Bref : je vous parlerai de confiance, un jour, c’est à peu près sûr. Mais là, ce n’est pas le moment. Je crois que mes articles, j’ai besoin de les « sentir » avant de les écrire, même si la plupart du temps ils finissent tous par dégénérer et échapper à tout contrôle.

J’ai noté l’idée de la confiance dans un coin de ma tête (et de mon blog), puis me suis dit que quitte à prendre, autant essayer de vous demander votre avis. Mine de rien, à plus d’une reprise, j’ai fait appel au crowdsourcing. Et autant parfois ça me renvoie à moi-même et à mon insécurité à coups de « mais personne ne comprend/tout le monde s’en fout en fait ? » (ben oui, tout n’est pas toujours tout rose quand on s’adresse à la foule), autant d’autres fois j’ai des super surprises.

Assez rapidement, Facebook comme Twitter se sont transformés en mine d’or à bêtises, et quelques pépites d’inspiration au milieu.

Comme d’habitude la palme du Mékesketuracontes est décernée à Soniop, qui détenait déjà le prix de Médoùtusorcékestions sur mon Curieuchat

(J’observe au passage que seuls les Français répondent à mes statuts bilingues et je ne sais quelle conclusion tirer. Je n’arrive pas à comprendre qui de mes amis peut voir mes publications sur Facebook, c’est assez frustrant.)

Quelques pépites donc, mais rien d’exploitable en deux ou trois heures. A nouveau, je les note dans un coin de mon blog. J’aime bien avoir des dizaines de brouillons d’articles, je commençais justement à être un peu à court d’idées, ça m’évitera peut-être de me retrouver en crise de « qu’est-ce que j’écris » pour les quelques semaines à venir.

Evidemment, on observe aussi et surtout pas mal d’idées liées à Noël, et ça me contrarie. Je ne saurais pas dire exactement pourquoi. Je n’ai pas hyper envie de parler de Noël le jour de Noël : ce serait trop évident.

Et soudain, le génie : l’ami Khaos débarque. Rappelons que c’est déjà lui qui m’a débloquée pour mes DailyShorts il y a une dizaine de jours, et que ces derniers temps, il semble plutôt vecteur d’inspiration. Merci beaucoup.

C’est tout bête, c’est évident même. Voilà, j’avoue tout, je pars de ce point : je ne sais pas quoi raconter. Le problème, quand on décide de se fixer un objectif de publication régulière, c’est qu’il faut trouver sur quoi écrire, et des fois, on bloque. Fiction ou blog, d’ailleurs : je me suis trouvée dans cette situation plus d’une fois avec mes DailyShorts. Une micro-nouvelle par jour, en fait, c’est un sacré rythme.

Je vous ai déjà parlé de la théorie des points à relier d’Amanda Palmer. Elle n’est assurément pas la première à faire la réflexion, mais j’aime comme elle le met en mots, cette idée qu’une oeuvre d’art naît surtout d’un ensemble de points repérés par l’artiste, qu’il relie d’une certaine manière pour créer une sorte de sens.
J’utilise souvent cette méthode. Mais ici, pour cet article comme pour plusieurs de mes DailyShorts, c’est d’un autre mode de création que j’aimerais parler : celui qu’on obtient en déroulant la bobine.

Il y a quelques temps, au milieu d’un temps de crise où je suranalysais tout pour garder un semblant de contrôle, ma psy d’alors m’a dit « arrêtez vos analyses ! Vous vous faites du mal. Lâchez ! Faites des associations d’idées. »
Il s’est avéré après coup que bon nombre de ses remarques étaient surtout des injonctions paradoxales qui ne pouvaient pas bien marcher sur moi, mais que les associations d’idées, ce n’était pas une si mauvaise astuce. J’ai appris à m’allonger et essayer de faire le vide pour partir d’un point et aller à un autre sans forcément chercher des liens profonds entre les choses. C’était ma méditation à moi, c’était apaisant, dès que je sentais que je partais sur un sujet qui me mettait en danger, je recentrais, reprenais tout depuis le début et partais sur un autre fil de pensées.
C’est comme ça que j’ai appris à dérouler la bobine.

A partir de là, j’ai essayé d’écrire de la fiction au fil de la plume, et pour la première fois, j’ai réussi. J’écrivais, mot après mot, des choses qui n’avaient absolument aucun sens, en ajoutant des détails ici et là. Mettre des mots clefs permettait de donner des informations que je n’avais pas moi-même, et il me fallait trouver des raisons de les intégrer au récit.
C’était la base de l’écriture « mot à mot », et j’ai découvert après qu’en fait, la plupart des gens que je connaissais écrivaient comme ça. Mais pour moi qui avais toujours été dans le contrôle, c’était tout nouveau : je pouvais faire une histoire à partir d’un mot. Il suffisait d’une étincelle et hop, le feu prenait. Il fallait juste trouver l’étincelle, ou plutôt le bout de la bobine, pour pouvoir la dérouler allègrement.

Ca a changé ma vie et ma vision de la création. Je n’allais plus vers un but (la raison de l’histoire, la chute de la nouvelle…), je suivais juste un cheminement narratif et je découvrais la chute en même temps que le lecteur ou presque. Quand la phrase de fin s’imposait à moi, c’était l’illumination, un sentiment de satisfaction énorme, très différent de celui que j’avais lorsque je faisais mes « textes à trous », où je complétais les morceaux pour arriver à la phrase finale -la première que j’avais écrite.
Dit comme ça ça paraît tellement bête et évident, mais il m’a fallu plus de dix ans pour comprendre comment mon écriture marchait.

Maintenant, j’essaie de prendre le réflexe de noter les étincelles potentielles, les bouts de phrase qui viennent, pour avoir une espèce de collection de pelotes à dérouler quand j’en ai besoin. Les brouillons de ce blog en sont un exemple ; il y a aussi les notes dans mon téléphone. J’aimerais revenir à la bonne vieille méthode du carnet, aussi, mais trop souvent j’éparpille les étincelles sur plein de carnets différents. Il y en a beaucoup qui se perdent en route, beaucoup de pelotes emmêlées qui ne seront jamais déroulées. Pour d’autres, j’en reviens à la méthode des « points à relier » : une étincelle plus une autre étincelle…

Mais parfois, je prends juste mes deux, trois mots jetés au hasard, et je me force à essayer de trouver le fil et tirer. Je me suis récemment fâchée contre un ami artiste qui a, enfer et damnation, invoqué le « writer’s block », la bonne vieille crampe de l’écrivain. Pour moi, cette crampe n’est une excuse que quand on cherche à écrire quelque chose de bien précis. Quand on cherche simplement à écrire, sans avoir un but, il suffit de mettre un mot après l’autre. Comme quand on marche.
J’aime bien retourner à mes sources et citer Lewis Carroll dans ce genre de cas :

« [Alice] went on, ‘Would you tell me, please, which way I ought to go from here?’
‘That depends a good deal on where you want to get to,’ said the Cat.
‘I don’t much care where——’ said Alice.
‘Then it doesn’t matter which way you go,’ said the Cat.
‘——so long as I get somewhere,’ Alice added as an explanation.
‘Oh, you’re sure to do that,’ said the Cat, ‘if you only walk long enough.’ « 

« Alice continua : « Dites-moi, je vous prie, de quel côté faut-il me diriger ? »
« Cela dépend beaucoup de l’endroit où vous voulez aller, » dit le Chat.
« Cela m’est assez indifférent, » dit Alice.
« Alors peu importe de quel côté vous irez, » dit le Chat.
« Pourvu que j’arrive quelque part, » ajouta Alice en explication.
« Cela ne peut manquer, pourvu que vous marchiez assez longtemps. » »
(Traduction de Henri Bué)

L’écriture et la marche, même combat. Quand on sait où on va, c’est mieux d’avoir un plan. Mais quand on ne sait pas où on veut aller, ce n’est pas d’une carte dont on a besoin, mais plutôt d’avancer : on finira bien par tomber quelque part ! Le plus dur, en fait, c’est de trouver l’étincelle, la pelote à dérouler. Ca passe par un mot-clef, une photo, une idée, un tweet stupide… Vos suggestions, aussi, alors vous pouvez tout à fait en faire après tout. Ce sont toutes ces choses que je note, et que je vous invite à noter, si vous êtes créatifs. Finalement, les étincelles, elles sont partout, et c’est à nous de les transformer en histoires.

Du coup, voilà. Maintenant, quand je ne sais pas trop, je mets un pied devant, je vais chercher celui derrière pour l’avancer à son tour, j’aligne les mots. Et ça marche. La preuve étant, je viens de vous pondre un article complet sur « je ne sais pas quoi vous dire », avec citations à l’appui.

Et sur ce, je vais vous dire à la semaine prochaine pour un article plus préparé, et vous laisser avec le maître incontestable en la matière de « Parler pour ne rien dire ».

#MoissonDePrintemps, c’est reparti !

Je ne sais pas comment c’est chez vous, mais en ce moment, le ciel chez moi ressemble à ça :

beurkBeurk.

C’est gris, c’est moche, ça donne envie de se blottir chez soi et ne pas ressortir tant que le soleil n’aura pas réussi à percer au moins un ou deux nuages avec ses rayons.

A cette période, le gris n’est pas seulement au-dessus de nos têtes. Il s’installe aussi petit à petit dans nos têtes, dans nos poitrines, pour certains ils nous grignotent même franchement de l’intérieur…
‎Pour lutter contre la grisaille, on n’a pas des masses d’armes. Même si j’aime beaucoup la solution du ventilateur géant qui pousserait les nuages pour laisser la place au soleil, ‎ou celle du méga-harpon pour attraper le soleil et le tirer de l’autre côté des nuages, la petite voix dans ma tête qui a, elle, écouté en cours de sciences, me dit que c’est une très mauvaise idée.
Alors faute de mieux, il faut se raccrocher à ce qu’on peut.

Voilà donc ce que je vous propose pour tenir le coup en attendant les beaux jours : une nouvelle #MoissonDePrintemps !

La #MoissonDePrintemps, c’est quoi ?

On en a déjà fait une l’an dernier, rappelez-vous, ceux qui étaient là : j’avais lancé des articles pour en célébrer le début et la fin.

Le principe est simple : on attend tous le retour des beaux jours, le printemps, quoi. Alors je vous propose de l’attendre ensemble, et d’alléger le gris du quotidien en partageant entre nous ces petites choses de la vie que nous avons vues, entendues, vécues. Ces petites choses qui ont fait briller nos yeux ou nous ont arraché un sourire, qui nous ont inspiré, parfois, aussi.
Pour faciliter le partage, j’ai proposé l’an passé le hashtag #MoissonDePrintemps, adopté à l’unanimité. Si vous le recherchez sur Twitter, vous trouverez plein de petites tranches de vie mignonnes, inspirantes, un bon remède contre les périodes difficiles quoi !
Egalement, l’année dernière, cette moisson était une bonne excuse pour deux choses : la première, c’était que j’aimais envoyer des cartes postales et je voulais en envoyer. Alors j’avais promis d’en envoyer à tous ceux qui participeraient (promesse tenue, d’ailleurs, six mois plus tard). La deuxième, c’était que j’étais en plein Projet Bradbury, et j’avais besoin d’inspiration pour des nouvelles chaque semaine. La moisson m’en a fourni plein ! Cette année, j’ai diminué le rythme et n’en suis plus qu’à une nouvelle par mois, mais je compte bien rendre cette moisson aussi inspirante que possible malgré tout.

Alors, voilà mon invitation, pour cette année :
– On partage tous notre (ou nos ?) #MoissonDePrintemps quotidiennes.
– Cette fois-ci, je ne ferai qu’un texte avec mes inspirations de moisson, à la fin. Ce sera mon texte du mois de mars !
– Comme l’an passé (avec un peu moins de retard, peut-être ?), j’enverrai une carte postale à ceux qui tiennent le coup jusqu’au 20 ! (Sous réserve que vous me donniez votre adresse, bien sûr. J’avais eu quelques soucis l’an passé pour moissonner les adresses…)

On ne fera pas arriver le printemps du jour au lendemain, mais ensemble, on peut préparer son arrivée… à travers plein de petites choses positives !

Vous en êtes ? 🙂

(Pour ceux qui nous rejoignent en cours de route : n’hésitez pas à participer également ! Plus on est de fous, plus on moissonne du bonheur 🙂 Tant que vous tenez le coup jusqu’au bout, quel que soit le moment où vous arriviez, ça marche quand même !)

Mes enfants sont malades, mes phrases inachevées, mon blender au niveau 1.

…et mes titres sont à rallonges.

Cette semaine, c’est retour aux sources avec un peu d’écriture : j’ai terminé Le Petit magasin de meurtres, une nouvelle que j’avais prévu de terminer pour la troisième semaine de mon projet Bradbury (pour ceux qui sont perdus : le projet Bradbury, c’est quoi ?)
Avant le 22 janvier 2015, donc.
Mon projet Bradbury se terminait le 31 décembre 2015, nous sommes le 7 février 2016… On dirait que j’ai une fois de plus appliqué les préceptes d’un de mes mentors.

« I love deadlines. I love the whooshing sound they make as they go by. » – Douglas Adams

(Paroles de sage que j’applique un peu trop souvent je suppose)
(Je vous ai déjà dit que j’avais réussi à caser cette citation dans mon mémoire de M2 ?)

Bon, retard mis à part, cela me fait prendre conscience que, contrairement à Rain qui a posté un excellent post-mortem de son propre Projet Bradbury 2015, je n’ai toujours pas rédigé de bilan de ce qui fut, somme toute, un semi-échec pour moi. Echec car je n’ai absolument pas réussi à écrire une nouvelle par semaine. Semi car j’ai quand même appris à mieux construire ma narration, à écrire un peu plus régulièrement, à prêter plus attention aux petites choses.

Je tiens donc à remercier une fois de plus Neil Jomunsi pour cet exercice extrêmement enrichissant, mais aussi et surtout pour son blog fort inspirant qui m’a non seulement tirée de plusieurs situations de blocage particulièrement tenaces, mais m’ont aussi appris à regarder les choses un peu différemment pour toujours trouver des histoires partout. Ils m’ont accessoirement rappelé l’importance de l’écriture, et j’ai le souvenir net d’une soirée d’angoisse que la lecture ardue de son blog m’a permis de canaliser, me convaincant au passage de l’importance que je mette des mots sur une période difficile de ma vie. C’était en avril, le « Narcisse » était planté, le fait d’avoir pu poser un autre nom dessus m’a beaucoup aidée à prendre de la distance… et j’ai réussi à faire sortir tout ça en novembre.)
Bref. Merci.
Et puisque j’en suis aux mercis : merci à Rain pour avoir osé se lancer dans ce projet en même temps que moi, pour avoir relu la plupart de mes textes, et pour m’avoir quand même bien motivée parfois.
Et merci aux quelques autres beta-lecteurs, et aux lecteurs tout court, qui m’ont fait leurs retours dans les moments de doute.

Pour conclure sur le projet en lui-même : j’ai beau avoir fini l’année à seulement dix-neuf textes au lieu de cinquante-deux (à peine plus qu’un tiers, donc…), j’ai quand même plus écrit en un an que durant les cinq années avant.
Chouette score personnel, et petite réussite dans l’échec, tout de même.

Parmi les choses que j’ai apprises, ou plutôt confirmées, il y en a une qui semble assez évidente : j’écris mieux sous la contrainte. Ou plutôt, je m’y mets plus facilement, sans que cela nuise forcément à la qualité du texte au final.
Autrement dit, ce serait bien que je me mette un coup de pied dans l’arrière-train plus souvent, en me fixant un horaire et un objectif, j’avancerais drôlement plus vite.
L’autre chose que j’ai comprise, c’est que pour le moment, je suis incapable de reprendre réellement un texte. Je commence petit à petit à avoir un œil plus critique sur ce que j’écris, surtout au niveau de la construction de ma narration, mais ça ne suffit pas. Objectif 2016, donc, apprendre à éditer, tout en gardant un rythme d’écriture un peu soutenu. Autant le deuxième je m’en sors à peu près, autant le premier, c’est pas gagné…
Maintenant, jetons un œil sur le résultat concret de tout ça : les textes en question. Qui, malheureusement, ne se différencient pas assez les uns des autres à mon goût.

Il y a le style, d’abord : j’ai pu observer que j’avais tendance à faire des phrases interminables, et lors d’une de ses corrections, Rain a fait l’exercice amusant de mettre tous les adverbes en –ment que j’avais utilisé en rouge. Autant dire que j’en ai pris pour mon grade. Il y en avait presque deux par phrases.
A mesure qu’on avance dans les textes, j’ai tenté de corriger ces travers. Maintenant, si je fais attention en écrivant, je ne fais presque plus d’erreurs de ce genre.
Par contre, il perdure une espèce de flou temporel dans mes textes. Ou plus exactement, une sempiternelle concordance des temps foireuse qui me lasse un peu. J’en viens souvent à regretter d’écrire au passé, à me dire que je devrais toujours tout écrire au présent. Ce côté foireux est aussi dû à ma façon de raconter, un peu chaotique, vu que je ne fais quasiment rien de manière chronologique.

Ce qui me conduit logiquement à la narration : j’ai cette fâcheuse habitude de toujours vouloir commencer In medias res, puis de faire des flashbacks explicatifs parfois interminables. C’est un défaut connu, je dirais. Petit à petit, je le corrige, mais c’est particulièrement flagrant maintenant que je relis tous les textes d’affilée.

Il y a les méthodes de travail, également. On sent, à mon goût, beaucoup la différence entre les textes écrits d’une traite, au fil de la plume, et ceux où j’ai « jardiné » (j’ai écrit par petits bouts, coupé, déplacé, rajouté…). Sauriez-vous dire lesquels ont été écrit comment ? Je trouve ça évident, et je n’aime pas que ce soit si facile à repérer.
(Parmi les indices qui ne pardonnent pas : s’il manque des mots ici et là, j’écrivais au fil de la plume. S’il y a des phrases carrément inachevées, je jardinais.)

Il y a les sujets, enfin : en voyant toute la brochette de textes, difficile de passer à côté du fait que mes thèmes se recoupent énormément.
Mes personnages sont vindicatifs, tous ou presque. Ils ronchonnent et râlent, sont de mauvais poil. Qu’ils soient lagomorphe, St-Pierre, écureuil, héroïne de mauvaise fantasy, félin, jeune fille ou homme adulte, ou même simple narrateur (et ce ne sont que les textes qui me viennent à l’esprit et qui ont été complétés)… il faut qu’ils revendiquent.
Je suppose que j’ai des choses à laisser sortir ; qu’elles sortent comme ça, ça m’arrange.

Mes mondes sont postapocalyptiques ou dystopiques, tous ou presque (et j’en ai encore deux inachevés, commencés dans la même période). Forcément, « avec tout ce qui se passe en ce moment », ce n’est pas très surprenant. Cela dit, ils l’auraient sans doute été même avant. J’y vois l’évidence de mon absence totale de foi en la société. Une fois de plus, je règle mes comptes.

Et mes enfants sont malades. Ça, je ne l’ai pas abordé directement dans le Projet Bradbury. Je l’aurais fait si j’avais fini Le Petit magasin de meurtres alors, mais je m’en suis empêchée, finalement. En 2014, j’avais déjà écrit Ma Maman a un crabe apprivoisé et Des Bonbons pour Marine, deux nouvelles avec un sujet assez lourd que j’ai essayé d’aborder le plus légèrement possible, deux nouvelles qui se ressemblent beaucoup trop à mon goût, et qui me donnaient l’impression de tourner en rond, de ne pas réussir à exorciser.
Je sais que j’aime écrire du point de vue d’un enfant, et globalement, ça fonctionne bien. Mais c’est incroyable comme systématiquement il arrive des choses terribles à ces enfants. L’idée de base du Petit magasin de meurtres, c’est mon amie I. qui me l’a donnée (en janvier 2015, donc), et il s’agissait simplement d’écrire une nouvelle traitant de « mille et une manières de tuer quelqu’un ».
Directement, ma tête m’a apporté le sujet de la nouvelle. Et c’était encore une histoire d’enfant malade.
Alors je l’ai mise en pause, parce que j’avais beaucoup de choses à exorciser pour ne pas en plus batailler avec ce démon-là. Sœur d’un enfant gravement malade (désormais adulte guéri : toutes les histoires ne finissent pas mal), ce serait mentir que dire que ça n’a laissé aucune trace, même si je n’étais pas directement touchée par la maladie.
J’ai réglé mes autres comptes avant de revenir à cette nouvelle. Même si elle ressemble beaucoup aux Bonbons ou au Crabe, elle reste d’un point de vue encore différent, et j’avais vraiment envie de la faire. C’est désormais chose faite.

Tout ça me fait réfléchir à ma manière de « connecter les points ». C’est Amanda Palmer (encore et toujours, hein !) qui utilise le terme dans The Art of Asking : elle présente le travail du créateur comme « un rassemblement de points. Puis une connexion. Et enfin un partage de ces connexions avec les gens autour. » 1
On recueille les différents points dans les petites expériences du quotidien, les réflexions que l’on peut avoir sur le monde qui nous entoure, ce qu’on apprend petit à petit que ce soit en observant ou en étudiant… Puis on les passe dans ce qu’elle appelle le « Blender de l’Art » :

« Tous les artistes connectent les points différemment. Nous partons tous de ces ingrédients frais et vivants, qu’on peut directement reconnaître de la réalité de nos expériences (un cœur brisé, un doigt, un parent, un œil, un verre de vin) et nous les jetons dans le Blender de l’Art »2.

J’aime bien cette analogie du blender, présentant l’œuvre d’art comme un mélange de beaucoup de choses croisées dans la réalité, plus ou moins mélangé et mixé. Je dirais que mon blender est au niveau 4 ou 5/10 pour le moment au niveau mixage : on distingue encore trop bien les éléments, le « moi » derrière.

Certains auteurs s’en accommodent très bien. De mon côté, je sais que certains de mes textes fonctionnent comme ça ; mais j’aimerais réussir à écrire des textes à un niveau 7 ou 8 au moins. Etre moins transparente. Mais il n’y a qu’à voir à quel point il est plus facile pour moi de vous rédiger des articles de blog ou des carnets de voyage que d’écrire de la fiction pure : on dirait que pour le moment, ce que je maîtrise bien, c’est de parler de moi, de mes expériences, et ce, même à travers des personnages (et surtout même quand je ne veux pas le faire, ce qui me contrarie beaucoup).

Cela dit, l’évolution de tout ça me laisse beaucoup d’espoir. Sans atteindre directement le niveau 8, je pense pouvoir évoluer, petit à petit, et détacher mes textes de mon vécu, dépasser cette phase d’écriture égocentrique qui a certes bien fonctionné pendant longtemps (et m’a même beaucoup aidée psychologiquement), mais m’empêche d’avancer.

Je serais curieuse d’avoir le point de vue de différents auteurs sur le sujet de l’écriture égocentrique, cela dit. Je me suis aperçu au fil de l’année que pour plusieurs personnes de mon entourage, c’était un passage inévitable. Certains en étaient sortis, d’autres étaient encore en plein dedans (et parmi eux, quelques-uns qui n’avaient aucune intention d’en sortir).
Je ne vais pas aller jusqu’à poser la question quasi-métaphysique du « pourquoi écrit-on », mais je trouve intéressant de remarquer que beaucoup d’auteurs ont ce moment de « je m’écris moi », suivi ou précédé d’un « je me lis écrire » (l’équivalent textuel du « je m’écoute parler » : des phrases gratuitement alambiquées, des tournures douteuses, parfois des sonorités uniquement sans aucun sens derrière…)

Je suppose que plein d’études ont déjà été faites sur la construction de l’identité à travers l’écriture. J’ai déjà prévu de vous parler de la construction identitaire dans un autre article, je ferai sans doute un petit aparté là-dessus. Mais si vous, de votre côté, avez de quoi alimenter le sujet, je serais preneuse de témoignages.

En attendant, je vous laisse donc avec ma nouvelle histoire, LePpetit magasin de meurtres. C’est loin d’être ma meilleure histoire, mais je suis contente qu’elle « soit enfin sortie ».
Garantie 100% avec héros vindicatif, enfant malade, et concordances de temps foireuses. Je ne me refais pas !3

 

1 “Collecting the dots. Then connecting them. And then sharing the connections with those around you. This is how a creative human works. ”

“All artists connect the dots differently. We all start off with all these live, fresh ingredients that are recognizable from the reality of our experiences (a heartbreak, a finger, a parent, an eyeball, a glass of wine) and we throw them in the Art Blender. ”

3 Et si vous aviez besoin de plus de preuves : sur ce texte d’environ 2000 mots, il y a 38 adverbes en –ment… Vous aviez remarqué ?

#LiaEnScandinavie, avant d’embarquer : Le Ray’s Day 2015

A l’aube pluvieuse de mon départ pour la Suède, il est l’heure de dépoussiérer un peu le blog pour un nouvel article.

 (Je ne poste résolument pas assez. J’aimerais promettre que je corrigerai ça, mais je n’y crois pas trop moi-même. Il faut croire que c’est un rythme qui me convient !)

 

 Tout d’abord, le Ray’s Day, qu’est-ce que c’est ?

J’opte pour la solution de facilité (ne m’en voulez pas, je décolle bientôt) en vous renvoyant vers la page du Ray’s Day pour en savoir plus ! ‎‎

‎Maintenant, pourquoi faire le Ray’s Day ?

Plein de raisons, pour moi. Déjà, ceux qui me connaissent d’un peu près savent que Ray Bradbury, j’aime d’amour sa philosophie d’écriture et ses oeuvres. Lui rendre hommage, c’est un must. (Pas pour rien non plus que j’ai sauté à pieds joints dans le Projet Bradbury, dont la page n’est toujours pas à jour d’ailleurs)

Et puis, le Ray’s Day, c’est aussi un événement culturel chouette qui colle bien à ma vision des choses : passion de la lecture, partage littéraire, célébration des mots…‎

Alors cette année, c’est décidé, je participe.
Problème logistique : le jour du Ray’s Day, je serai perdue en Suède, probablement à Stockholm sauf changement de plan, sans ordinateur et potentiellement sans accès Internet. Ça rendait une participation numérique assez complexe ; j’aurais pu programmer quelque chose à l’avance, mais au niveau timing, c’était délicat. (Et je n’étais pas à l’aise avec ça.)

J’ai donc cherché quelque chose de plus proche de mon mode de fonctionnement.

J’ai envisagé un premier temps d’envoyer un exemplaire de Fahrenheit 451 à toute personne qui ne l’a pas lu et manifesterait l’envie de le lire ce jour-là mais 1. logistiquement c’était encore plus compliqué qu’une nouvelle numérique et 2. de toute façon, c’est quelque chose que je fais déjà tout le reste de l’année, même si de manière moins étendue. Pas assez original ni en accord avec ma vision de l’événement : j’aurais partagé la prose de Bradbury, dont les textes ont été certes fondateurs pour moi, mais je n’aurais pas participé vraiment en tant qu’auteur.

Finalement, l’idée a frappé pendant que je faisais la liste mentale de tous ceux à qui je souhaitais envoyer une carte postale.

La carte postale, c’est le support idéal : elle restreint quand même son texte à un tout petit nombre de caractères, me forçant à tenter un exercice de style auquel je ne m’adonne pas assez souvent.

(J’avoue que la « semaine du drabble » de Rain qui lui a permis de pondre 11 textes en moins de 10 jours m’a un peu inspirée.)

Et puis une carte postale c’est chaleureux. C’est personnalisé. Je peux m’impliquer dedans, et c’est important pour moi. Ça fait partie du partage, après tout. Enfin, dans tous les cas, c’est ma philosophie.

 

Voilà donc ma proposition : tous ceux (on m’a posé la question donc je confirme : oui, tous sans limite de nombre) qui m’envoient leur adresse postale soit par DM sur Twitter, soit par MP sur Facebook, soit par e-mail à lia[point]mornelda[at]gmail[point]com recevront une carte postale sur laquelle j’aurai écrit une micro-nouvelle.

(Si vous me contactez par e-mail, précisez votre pseudo sur Facebook ou Twitter !)

 

Pour ceux frileux à l’idée de donner leur adresse postale (ce qui serait entendable), je propose de me donner une adresse e-mail et je tenterai des cartes postales numériques qui arriveront cependant en retard, étant donné que je ne suis pas sûre d’avoir du réseau le jour même.

Afin d’être certaine de pouvoir avoir le temps de récupérer toutes vos adresses, je vous laisse donc jusqu’au 17 août à 20h (dernier moment où je suis à peu près sûre de pouvoir trouver un wifi) pour m’envoyer vos adresses et recevoir une micro-nouvelle 🙂

Ce sera un Ray’s Day avec un petit décalage, forcément, dont la durée dépendra surtout des performances de la Poste.*

J’ai hâte de me lancer dans ce projet fort motivant (et un peu la pression, j’avoue). J’espère que vos nouvelles vous plairont, et surtout : joyeux Ray’s Day et bonne lecture à tous !

(Et pardon d’avance à tous ceux qui auront à décrypter mes pattes de mouche ! 🙂 )

Et vous, vous faites quoi pour le Ray’s Day ? ‎

*Rappelons que je suis un peu poissarde pour tout ce qui touche à la Poste. Cette expédition de cartes postales va aussi être un moyen de voir combien arriveront sur la cinquantaine que je me retrouverai à envoyer. J’espère que toutes celles que j’écrirai pour le Ray’s Day arriveront tout de même ! ‎

Le match d’écriture des Imaginales 2015 ou la méthodologie de l’urgence.

Imaginales 2015 : ma première visite de ce festival dont la réputation n’est plus à faire. J’ai passé trois jours absolument incroyables et j’aurais bien mille et mille retours à écrire… mais cela prendrait beaucoup de temps et j’ai un peu peur de me perdre.

Je préfère donc me concentrer sur le point qui m’avait convaincue de venir en premier lieu : le match d’écriture.

Un petit historique pour mieux comprendre : les 6, 7 et 8 mars derniers, la ville de Meyzieu accueillait le deuxième festival des Oniriques. Parmi les participants, le club Présences d’Esprits, qui organisait le vendredi après-midi un match d’écriture.

Intriguée par le concept, je m’étais inscrite, en équipe avec Rain et Vestrit. Notre nom d’équipe, choisi un peu sur le tas, représentait finalement bien nos racines NaNoLyonnaitesques, puisque nous étions les Torthéières.

Finalement, même si nous nous en étions bien tirés (Vestrit avait eu les faveurs du jury toutes catégories confondues avec Inspiration – cliquez sur le bon onglet pour lire – une nouvelle particulièrement déjantée, et j’étais de mon côté sortie favorite du public dans mon thème « Le dernier ordinateur » avec Un Bip au crépuscule, que je retravaillerai un jour…)

L’expérience a été ultra-enrichissante et le festival aussi, d’ailleurs : j’en suis ressortie avec une motivation nouvelle, plein de bonnes idées, et la promesse faite de me rendre aux Imaginales, deux mois et demi après, pour renouveler l’expérience du match d’écriture et retrouver des gens que j’avais rencontrés.

Chose promise, chose due : un airBnB, des covoiturages, et en route pour les Imaginales.

Premier exemple de la méthodologie de l’urgence : attends la dernière minute pour organiser ton voyage. Tu peux t’en tirer avec des choses à vraiment pas cher, si, si. Et puis comme ça tu peux négocier jusqu’au dernier moment « J’y vais, j’y vais pas, oui mais, non mais »… Bref. L’organisation spontanée, il n’y a que ça de vrai.

On en arrive donc aux Imaginales. Super festival, superbes rencontres, immenses coups de coeur (mentions spéciales à Marion et Magali de Griffe d’Encre, Sylvie Lainé, et Solenne Pourbaix et Poin-poin, et Raphaël « nom-à-coucher-dehors » Granier de Cassagnac), et le fameux match d’écriture.

Alors. Un match d’écriture, c’est quoi ?

1. Un exercice pour écrivains 100% masochistes
2. Des équipes de 3 personnes, 3 thèmes imbuvables tirés au sort, 1h30 pour rédiger un texte complet sur le thème, ni plus, ni moins.
3. La possibilité de prendre une contrainte de circonstance (temps/lieu) et une contrainte d’objet/personnage à inclure dans le texte, pour obtenir 15 mn de rédaction supplémentaire par contrainte.

Si vous voulez en savoir plus, Présences d’Esprits en a fait une description plus précise ici. Ca sonne bien, hein ?

En vrai, pour moi, c’est l’éclate. J’adore ça. Ce n’est un secret pour personne qui me connaît un tant soit peu : je bosse particulièrement bien sous la pression horaire. En fait, même, j’ai souvent besoin d’une contrainte horaire pour pondre un truc complet / de qualité. Souvent, je m’impose des contraintes.

Alors un cadre pareil, pour écrire, c’est le pied.

En mars dernier, je découvrais l’exercice. Pour rappel, voilà les thèmes et contraintes que mon équipe a tirés :

– « Le dernier ordinateur », avec pour contraintes « la nuit du solstice » et « une machine à désendoctriner »
– « Qui a appuyé sur le bouton rouge ? », avec pour contraintes « un parchemin intouchable » et « une métamorphose »
– « Principe de précaution anté-natal », avec pour contraintes « une prison sans porte » et « une bombe psychédélique » (non, vraiment : lisez le texte de Vestrit, Inspiration. Elle mérite une médaille pour s’en être sortie aussi habilement).

Le tout en 1h30, moins les obligatoires 8 minutes de réflexion « sans toucher le clavier », plus 30 minutes grâce aux contraintes.

Je me rappelle avoir beaucoup cafouillé, commencé à taper n’importe quoi comme ça venait, dans le désordre, avoir trouvé une idée pour la fin…

Je suis quelqu’un qui n’est pas très organisé dans son écriture. C’est valable pour tous les textes : je suis incapable d’écrire totalement au fil de la plume, de faire les choses chronologiquement. Souvent, les phrases s’imposent à moi, et je les écris. Souvent aussi, la fin débarque alors que je ne suis qu’à deux lignes du début, et je l’écris à la suite. J’exploite et sur-exploite la formidable possibilité qu’offrent les traitements de textes de couper, coller, comme si j’écrivais sur un tas de post-its que je passais mon temps à ré-organiser. Je suis de ceux qu’on appelle les jardiniers : je pose tout sur le papier, puis je taille dans le tas, je fais une bouture ici, je replante là, et j’organise mon texte au petit bonheur la chance, comme ça vient. Et une fois que j’ai un squelette de texte, je remplis les trous. (Bon des fois il y a des ratées, j’oublie de remplir et il manque des bouts de phrases ici ou là. Si vous avez l’habitude de me lire, vous avez sans doute eu l’occasion de le remarquer…)

Bref, en mars dernier, j’avais écrit tout ce qui me passait par la tête dans le désordre, beaucoup trainaillé, activement participé au vidage des assiettes de gâteaux sur la table, tweeté un peu, et fini par trouver une ligne directrice pour mon texte, un effet de style que je voulais utiliser, pour boucler tout juste à la fin des 2h, sans possibilité de relecture.

Ma méthode avait fonctionné : j’avais à la fin du match un texte qui tenait debout (j’ai pour habitude de relire mes passages avant de les remettre en ordre, donc il n’y avait que peu de fautes et trous), dont j’étais assez fière finalement, même s’il transpirait Asimov par tous les points à mon goût. Ma seule déception avait été de ne pas avoir pu relire, faute d’avoir pu gérer mon temps comme il fallait.

Ensuite, il y a eu les 24h de la nouvelle, où j’ai cette fois-ci affiné ma méthode d’écriture (tout en ne gérant absolument pas mon temps et en bouclant, comme d’habitude, au dernier moment, mais avec relecture tout de même), et dont les retours m’ont permis de réaliser que mon style commençait à fonctionner. Soulagement et impression d’avancer, petit à petit… Je commence à me dire que je vais retaper mes textes, commencer à répondre à des AT, et dans la folie, je me lance même dans la mare de CoCyclics. (Gasp !)

Maintenant, place au match d’écriture des Imaginales. Cette fois-ci, je connais l’exercice, je sais mieux comment je fonctionne, j’ai un peu plus confiance… Mais je connais aussi quelques-uns de mes adversaires. Entre certains contre qui j’avais déjà concouru en mars, les vainqueurs de l’an passé, et les professionnels (parmi lesquels des auteurs devant lesquels je me sens toute petite, petite, petite…), ne nous mentons pas : je n’en mène pas large.

En vrai, je me mets même une pression monstre. Mais le moment des thèmes tirés, la machine habituelle se met en place. Au fond, un match d’écriture, c’est un peu YOLO, non ? Et on est tous dans la même galère. Surtout avec les thèmes qu’on se tape.

Petit rappel :
– « J’ai avalé un trou ! »
– « Mon univers grandit de seconde en seconde… je crois ? »
– « La planète aux idées perdues »

Pas facile de se mettre d’accord sur quel thème choisir : ils sont tous aussi casse-gueule les uns que les autres. Finalement, une idée se pointe et je me lance dans le premier. Rain prend le deuxième, Vestrit le troisième, et comme nous sommes joueurs, nous sommes le seul groupe à choisir tous de piocher deux contraintes :
– pour moi, « à la mort de l’Empereur » et « une brume vengeresse »
– pour Rain, « l’action se déroule sur 5 ans » et « un caisson de dessication »
– pour Vestrit, « une télévision satanique » et « l’action se passe la nuit »

Le tout, en un total de 2h. Pendant les 8 minutes sans clavier, nous nous pitchons nos idées. La mienne est assez claire, j’imagine tout de suite le trou-dans-le-mur vivant (initialement réminiscences, je l’avoue, de longues parties de King’s Quest VI à râler après l’étrange animal, je finis par me l’approprier totalement), d’autant que j’avais oublié mon Poui au B&B et que j’avais donc fait le serment de l’intégrer à mon texte. Vestrit me prévient que mon univers est riche et peut-être un peu ambitieux, mais tant pis, je me lance dans la bataille avec la confiance typique de l’inconsciente.

J’effectue à nouveau mon travail de jardinier : écrire, laisser des trous, déplacer des paragraphes, poser la phrase de fin, relire des paragraphes, combler des trous, relire le début, relire la fin, écrire le milieu, déplacer encore des morceaux… Le texte est difficile à pondre et je ne suis pas satisfaite du plot. Pourtant, je suis contente de ma méthode, et du déroulement. J’ai l’impression que je n’ai pas fait trop d’incohérences temporelles, et que j’ai su gérer mon temps : en relisant partie par partie, en faisant attention à poser des limites, en prenant même le temps pour une ultime relecture du texte entier. Au final, mon récit est assez abouti et autant je n’en apprécie pas l’histoire, autant je suis vraiment fière de la manière dont j’ai su gérer son écriture. J’ai l’impression d’avoir pris le coup.

C’est la remarque que je fais à Rain à la fin. Il a l’habitude de me relire et a vu mon style évoluer ; il me rassure sur le fait que ça reste un texte écrit en deux heures. (Oui mais je suis, rappelons le, quelqu’un qui a tendance à pondre ses nouvelles d’une traite en rarement plus de deux heures, et qui a du mal à les retravailler après…)

Bref, j’en ressors avec un goût aigre-doux dans la bouche. Je fais relire mon texte à Rain, je relis le sien. Je suis surprise par la longueur et la qualité du développement de ce qu’il a fait étant donné les circonstances. Je sais bien que nous ne sommes sans doute pas à la hauteur, l’un comme l’autre nous avons ce sentiment d’avoir fait « quelque chose qui tient la route sans rien apporter de plus ».

Le week-end se passe, riche en temps forts et rencontres, je mets un peu tout ça de côté, même si j’en parle quand même beaucoup : un match d’écriture ce n’est jamais anodin ! J’en profite pour en reparler avec Sylvie Lainé, Mathieu Rivero et Jeanne-A Debats, à qui j’ai des choses à faire dédicacer, et qui sont tout à fait adorables.

Puis dimanche, 13h. Nous prenons place dans la jolie tente Magic Mirrors 2, toute l’équipe sur la même rangée. Personnellement, je ravale ma déception à l’avance. Je n’y crois pas/plus. Le texte que j’avais fait en mars était autrement plus sympa, et il n’avait pas eu les faveurs du jury ; alors pour le coup, je ne me laisse aucune chance.

Et finalement, premier coup : ma nouvelle sort favorite du public ex-aequo avec « Ma dernière bataille » dans sa catégorie. Mes deux comparses de galère ne seront pas appelés. Puis on annonce que les favoris du jury dans chaque catégorie sont les membres d’une même équipe. Et les Torthéières sont appelées sur scènes. Ca fouillasse dans le rang, on n’en revient pas. Tous favoris du jury, chacun dans notre catégorie, c’est dingue. On est face à des pros quand même. Même si les pros ont l’habitude de perdre face aux amateurs.

Montée sur scène, remise de diplômes, on est contents. Puis l’annonce de la meilleure nouvelle selon le jury… J’attends de voir qui va nous rejoindre sur scène. Un pro, sûrement. L’an passé, c’était Sylvie Lainé. Ca ne me surprendrait pas que ce soit encore elle. Et puis Mia, organisatrice du match, lance le titre. Moment de flottement. Je réalise avec un petit délai. Soyons honnêtes : mon titre, je l’ai donné à l’arrache, je n’en étais pas satisfaite, je l’ai oublié dès le moment où j’avais fini de l’écrire. Alors voilà : sur le moment, je l’ai un peu oublié, enfin, je ne l’ai pas remis tout de suite. C’est quand Mia finit sa phrase sur mon nom que ça tilte. Le moment de flottement ne dure pas trop longtemps.

Alors là, bonjour l’émotion. Dix ans que je tente de faire reconnaître un texte quelque part, dans les AT que je trouve, que je me mange des murs, et boum, là, alors que j’avais déposé les armes, je me retrouve, rouge comme une pivoine et les larmes au bord des yeux, devant quelques pros que j’admire, une bande d’amis mi-fiers mi-hilares (j’avais tellement descendu mon texte quand j’en parlais…), à bredouiller dans un micro avec un sourire crispé.

Ma première publication, putain. Le choc. La dernière fois que j’ai eu cette halte brutale, ce coup de froid puis très chaud, c’était quand j’avais appris que j’avais gagné un concours qui me permettait de rencontrer et d’interviewer Simone Simons. Sauf que cette fois-là c’était juste un tirage au sort. Alors qu’aux Imaginales, c’était mon texte, celui que j’avais produit, moi-même toute seule. Alors forcément mon syndrome de l’imposteur me pousse direct à dire « non mais le coup des trous-dans-le-mur, c’est pas vraiment de moi, c’est un peu inspiré de King’s Quest VI et du Poui », et que « non mais voilà c’était juste deux heures et j’ai eu de la chance en tirant mes contraintes, ça collait avec mon idée de base »… Mais là, je balance un coup de marteau entre les deux yeux de mon syndrome de l’imposteur parce que cette fois-ci, c’est grâce à moi-même, il y a sans doute un peu de chance là-dedans aussi, mais même, j’ai su « relier les points » (comme dit Amanda Palmer) et en faire une histoire cohérente, et ce en peu de temps, et en ne mangeant même pas tant de gâteaux qu’il y avait au centre de la table cette fois-ci.

Tout ça confirme ce dont je commençais à me douter (surtout vu ma production hasardeuse pour les 24h de la nouvelle) : la contrainte horaire et les contraintes de thème, sur un texte de ce genre, ça peut mener à quelque chose de pas mauvais, voire de franchement exploitable, et c’est probablement une méthodologie que je conserverai même lorsque j’écrirai seule.

Finalement, mes méthodes de jardinière que je trouvais peu conventionnelles fonctionnent peut-être. Finalement, je commence peut-être à me trouver mon chemin dans l’écriture. Et c’est tellement encourageant.

Toutefois, je garde la tête froide : si la méthodologie de l’urgence me permet de pondre des textes qui tiennent la route, ils n’en restent pas moins bons « pour le temps dans lequel ils ont été écrits ». Maintenant, la route est longue : il me faut apprendre à relire et corriger, organiser mes buissons de ronces en  jolies haies bien taillées, pour avoir enfin un texte abouti et présentable…

Mais j’ai enfin l’impression d’achèvement qui indique que ça y est, cette première étape est passée. En outre, après de longues conversations avec Rain (notamment dans le covoiturage), je me trouve maintenant un peu plus confiante même face à mes projets de romans. Alors, au fond… qui sait, peut-être qu’un jour ?…

Bref, ces premières Imaginales resteront sans doute inoubliables (et pas que pour le match, d’ailleurs), et une sorte de tournant dans mon développement en tant qu’auteur. Une chose est sure désormais : je prévois mon billet pour l’an prochain. Et je serai là au match pour défendre mon titre !

Merci à toute l’équipe des Torthéières, à tous les autres participants, et à Présences d’Esprits. Mine de rien, tout ça ne me donne que plus envie d’écrire et écrire encore. Et j’ai hâte de continuer à avancer.

#MoissonDePrintemps : Moissonneurs, félicitations !

Hé bien voilà, nous y sommes.

Après 20 jours à partager nos bonheurs quotidiens, le jour J, le 20 mars. Beaucoup de choses, aujourd’hui ! Le jour de l’éclipse, la journée sans viande, le jour où je peux enfin télécharger la dernière MàJ des Elder Scrolls Online (hyyyyyype !), la journée mondiale du bonheur, Thanks God It’s Friday mais surtout, ce qui nous intéresse le plus ici…

 

Le printemps !

(audio tiré de la très mignonne histoire audio qu’on trouve ici)

 

Alors tout d’abord, un petit récapitulatif pour ceux qui sont arrivés en cours de route : la Moisson, c’était quoi ?

Un aveu : l’idée, à la base, m’est venue du gratitude journal qu’un psy m’avait conseillé de tenir, il y a quelques temps. Tenir un gratitude journal, pour moi, c’était me poser à un moment de la semaine, et écrire, dans un carnet, cinq choses qui m’avaient fait du bien, dont j’étais fière, qui m’avais rendue heureuse. Tous les jeudis, à midi, dans le métro en transit entre deux boulots, j’écrivais mes cinq chose. Ca me permettait, pendant la semaine, d’apprécier plus les choses, de me dire que ceci, cela… je pourrais le noter dans mon carnet. Et pourtant, sur mon banc de métro, j’avais souvent du mal à trouver cinq choses, sur toute une semaine.

Alors une chose par jour ? C’était un véritable défi ! Certains d’entre vous ont d’ailleurs failli abandonner. Plusieurs fois, j’ai vu : « Aujourd’hui je vois pas comment je pourrais trouver une moisson ». Et pourtant vous avez tenu bon. Bravo.

 

Maintenant : comment ça s’est passé, en vrai ?

Finalement, nous avons été une vingtaine, pendant ces vingt jours, à utiliser le fameux hashtag #MoissonDePrintemps. Il y en a qui sont arrivés en cours de route, il y en a qui ont arrêté au milieu, il y en a qui ont participé de manière sporadique ; vous en avez parlé autour de vous, certains ont apprécié, d’autres rejeté. Comme pour tous les projets, finalement…
Certains ont décrié le processus. J’ai surtout vu paraître une forme de « gêne » à étaler son bonheur à la face des autres. Pourtant, c’est aussi un moyen de faire comprendre aux autres que si on parvient à trouver des petits plaisirs dans nos journées grises et, pour certains, vraiment pas faciles, eux aussi peuvent le faire.

J’ai pris l’initiative de retweeter toutes les moissons que je pouvais, pour vous inviter à interagir. C’a beaucoup mieux fonctionné que ce que je pensais. J’ai pu observer des groupes se former, des liens et de l’entraide, des comités de soutien, des choses qui souvent m’ont réchauffé le coeur. Pendant ce temps, de mon côté, je moissonnais régulièrement.

moisson de printemps tableur

 

(Ca en jette, hein ? Oui, ça a pris du temps, mais je suis contente de ce tableur.)

 

Ensuite, j’ai fait une liste des choses les plus inspirantes que vous avez pu partager : morceaux de vie mignons, réflexions intéressantes…

doc moisson de printemps

 

(La liste n’est pas si longue mais si je fais une nouvelle par tiret, j’en ai déjà pour un moment !)

J’ai pu observer des grandes tendances dans vos moissons.

D’abord, la plus courante, c’était assurément celle de la nourriture. On dirait que la bouffe, ça corrige tous les bobos ! Ou pour citer @Ten_Tom « La vie, c’est le plaisir de manger des choses bonnes et faites avec passion ! » (Moisson du 8/03/2015).

Ensuite, il y a eu le beau temps. Un ciel bleu, un rayon de soleil, je crois qu’on en a tous parlé. Pas pour rien, au fond, qu’on attendait le printemps 🙂

Et puis il y a eu les interactions sociales. Les échanges agréables, les retrouvailles avec des gens, les soirées…

Il y a eu vos projets, qui sont nés pendant le mois, pour lesquels vous vous êtes entraidés, qui vous ont occupés et vous ont poussés à avancer, pour certains. Un projet, c’est toujours une force. N’abandonnez jamais.

Il y a eu les séries, les livres, les films aussi… Ces petits éléments de culture qui permettent l’évasion d’un quotidien pas encore assez ensoleillé.

Et des fois, il y a eu des vraies scènes cocasses. Comme @avestrit qui nous parlait dans sa Moisson du 5/03/2015 d’un « moëlleux aux noisettes acheté par hasard à un libraire », ou l’@ErmiteGeek qui racontait dans sa Moisson du 3/03/2015 une conversation téléphonique issue d’un faux numéro.

Toutes ces tranches de vie qui vous ont fait sourire – et moi aussi. Je les garde dans un coin, et ça m’inspire.

Et maintenant, quoi ?

De mon côté, maintenant, j’ai de quoi écrire, et hyper envie de m’y mettre. Alors vous pourrez trouver sur cette page le résultat de cette moisson, sous la forme de ma Cueillette d’été !

Je tâcherai de poster un nouveau texte chaque 21 du mois (sauf pour mars, on va dire 25, parce que bon, 21, c’est un peu juste…) et vous le transmettrai sous le hashtag tout bête #Cueillettedété.

Et j’ai beaucoup de cartes postales à envoyer, aussi, et peut-être quelques surprises au passage… Mais pour cela j’aurai besoin de vos adresses !

Alors @ten_tom, @Wolvesrealm33, @ophryise, @NegativeJolteon, @Imladrik, @Yotroll, @avestrit, @ErmiteGeek, @HandsBruised, @Lemondedugnome, @NathWoodcroft, @talpalevantis, @LeFoxLibre, @LilySnowcrash, @nyrelis, @lilibel, @shoc_acao, @katzenlyly, @tut_tuuut, @APatoune, @sarah_mellyna, @Athos__ et @MegaLalette, n’hésitez pas à m’envoyer vos adresses à lia[point]mornelda[at]gmail[point]com si vous voulez avoir vos cartes ! 🙂 (un petit intitulé « Moisson de Printemps » m’aiderait moult à m’y retrouver…)

Et vous alors ? C’est vraiment tout ?

Non, ce n’est pas tout. S’il y a une chose que j’ai remarquée, c’est que tous autant que nous sommes, nous avons a priori tous pris beaucoup de plaisir à échanger ces moments. Et vous m’avez bien fait comprendre aujourd’hui que c’était un crève-coeur pour vous que cette moisson se termine.

Mais pourquoi avoir toujours besoin du prétexte de la moisson pour partager ces petits bonheurs ? Pourquoi tout arrêter, si ça vous fait du bien ?

Vous n’aurez plus à le faire tous les jours, mais si vous aimez partager ces instants, si ça vous fait plaisir, si ça vous rend heureux, alors je vous propose de continuer à participer à la #MoissonDeVie. (Merci à @FavreauVincent pour la suggestion de ce hashtag joli et juste…)

Plus de cartes postales cette fois-ci, bien sûr. Votre seule satisfaction de pouvoir partager tout ça, entre vous et avec moi.

Vous êtes libres. Vous pouvez créer votre propre hashtag si vous le souhaitez, après tout. Je ne fais que proposer celui-là. Vous pouvez aussi bien vous dire que ça suffit, que maintenant que le printemps est là, ça ne sert plus à rien de partager tout ça… Moi, de mon côté, je crois que je vais continuer un peu. En fait, je crois que j’aime bien vous parler de mes bonheurs.

En tout cas, merci à tous d’avoir participé. J’ai passé 20 jours formidables, avec les hauts et les bas qui ponctuent toujours la vie, mais à chaque fois que je parcourais vos Moissons, c’était avec un sourire sur le visage.

Et c’est ça, des petites choses comme ça, qui font notre force dans la vie. Alors, moisson ou pas, n’arrêtez jamais de les remarquer !

Maintenant je vous laisse, j’ai des cartes postales à écrire…

La #MoissonDePrintemps : c’est quoi ?

Née de plusieurs remarques que j’ai pu faire, la #MoissonDePrintemps, c’est une petite expérience que je lance sur Twitter.

Tout d’abord, pendant mon voyage, j’ai remarqué que j’aimais bien envoyer des cartes postales, en fait. Ensuite, à travers mon activité sur Twitter, j’ai remarqué que j’aime bien lire les anecdotes amusantes du quotidien des gens… et que des fois, ça m’inspire, même. Enfin, j’ai aussi remarqué que, grâce au #ProjetBradbury, je prête beaucoup plus d’attention à plein de petites choses dans mon quotidien qui me collent le sourire et m’inspirent. Et que la plupart des gens de mon entourage passent souvent à côté de ça ou ne comprennent pas pourquoi je rigole bêtement parfois puis me jette sur mon carnet pour prendre des notes. Honnêtement, ma vie est beaucoup moins triste depuis que je cherche toujours des sujets de nouvelles à écrire. Pourtant, on me reproche de faire des histoires trop « sombres ».

Alors tout ça, comme ça, ça ne paraît pas très lié. C’est ici qu’on lance le truc. Nous sommes le 1er mars. En comptant aujourd’hui, le printemps est dans 20 jours. Trois semaines, en gros.
Trois semaines pendant lesquelles on va briser la monotonie de la fin de l’hiver ensemble, et chercher nos rayons de soleil au quotidien.

Voilà donc le deal : je propose une #MoissonDePrintemps. L’idée, ça va être que pendant ces 20 jours, vous préparez le printemps en partageant vos rayons de soleil quotidien : la phrase entendue par hasard qui vous inspire une histoire, la blague de merde qui vous a fait sourire, n’importe quoi qui a égayé le gris de la journée. Et moi, je fais la moisson : je récolte vos rayons de soleils, je les mets dans un coin et j’essaie de m’en servir pour certaines de mes histoires. Pensez inspirant, pensez cocasse, pensez divertissant mais surtout positif : après tout, il est question pour mes histoires d’être moins sombres !
Outre le fait que j’essaierai d’inclure un maximum de vos anecdotes dans mes histoires, pour vous remercier de m’inspirer, j’enverrai une carte postale à tous ceux qui tiennent les 20 jours. Ce n’est pas grand-chose, mais ce sera ma manière de fêter le printemps avec vous 🙂

Bon alors, concrètement, ça veut dire quoi ?

– Chaque jour, vous twittez votre #MoissonDePrintemps (je le ferai aussi, ne vous en faites pas).
– De mon côté, j’écris, bien sûr (et je tâcherai de les poster aussi, tant qu’à faire)
– Pour ceux qui tiennent le coup 20 jours, je vous envoie une carte postale mignonne comme je sais si bien les faire <3

Je me dis qu’il y a de grandes chances qu’on gagne tous un peu d’inspiration là-dedans… Alors, vous êtes avec moi ? 🙂

Le Projet Bradbury

A la venue du nouvel an, on prend tous des résolutions plus ou moins malignes. La mienne, c’était de faire le Projet Bradbury en 2015.

Bon. C’est bien beau, mais le projet Bradbury, c’est quoi ?

Il s’agit d’un projet initié par Neil Jomunsi qui le décrit très bien dans cet article de blog. En gros, pour faire simple, il s’est lancé le défi d’écrire une nouvelle par semaine pendant un an, pour un total de 52 semaines. Puis, une fois son projet terminé et le bilan fait, il a invité ses lecteurs à faire de même.

Alors moi, bien sûr, un tel projet, ça m’a parlé. Outre le fait que Bradbury, c’est un peu un de mes héros littéraires, je tiens à rappeler que quand bien même je m’inflige le NaNoWriMo tous les ans, je suis nouvelliste à la base. Une nouvelle par semaine, tu parles d’un plan génial pour écrire et me forcer à travailler ma narration !

J’ai donc tweeté ma bonne résolution, et me suis trouvé quelques comparses de galère pour tenter de relever le défi avec moi. Vous pourrez notamment retrouver les nouvelles de Rain sur son blog d’écriture, Les Contes de la pluie.

Quant aux miennes, elles sont sur cette page.

Pour l’heure, l’écriture n’est pas évidente et je prends du retard, mais l’exercice est intéressant et enrichissant, et je compte bien le mener à bien. On verra où j’en suis le 31 décembre 2015 !

En attendant, n’hésitez pas à prendre le train en marche et à faire votre propre Projet Bradbury à votre tour !

[Traduction] Chuck Palahniuk – Conseils d’écriture

En pleine préparation du NaNoWriMo 2013, je prends tous les conseils qui passent. Certains, meilleurs que d’autres…

Au détour d’un énième recoin de l’Internet, j’ai pu découvrir quelques fort bons conseils de Chuck Palahniuk qu’on oublie trop facilement, concernant les « verbes de pensée ».
(Surtout moi et mes hélas trop célèbres envolées lyriques qui empêchent un peu tout bon déroulement d’une histoire. Mais cette année est la bonne : je suis motivée, absolument prête, je n’ai absolument pas le temps de me consacrer à l’écriture -ce qui ne devrait que me motiver encore plus à écrire, procrastination oblige- et comme d’habitude, je n’ai qu’une idée très vague de ce que sera mon NaNo, mais j’ai encore une semaine pour préparer !)

Mais comme il s’avère que moult connaissances miennes ont du mal avec la langue de Shakespeare, j’ai pris un moment pour faire une rapide traduction (que Mathieu et Tûtie ont gentiment corrigée, merci à eux !)

Je vous laisse donc sur ces mots de sagesse…

Dans six secondes, vous me haïrez.

Mais dans six mois, vous serez un meilleur écrivain.

A partir de cet instant précis et au moins pour les six mois à venir, vous ne devez plus utiliser les verbes « de pensée ». Parmi ceux-ci sont inclus : penser, savoir, comprendre, réaliser, croire, vouloir, se rappeler, imaginer, désirer, et encore un millier d’autres que vous adorez utiliser.

La liste devrait aussi inclure : aimer, et haïr.

Elle devrait égalemet inclure : être et avoir, mais nous y viendrons plus tard.

Dès maintenant et jusque dans six mois, vous n’avez plus le droit d’écrire « Kenny se demanda si l’idée qu’il sorte la nuit déplaisait à Monica… »

A la place, vous devrez développer cette idée, jusqu’à obtenir quelque chose de ce genre : « Les matins qui suivaient ces nuits où Kenny restait dehors, plus tard que le dernier bus, de sorte qu’il lui fallait jouer les autostoppeurs ou payer un taxi pour rentrer à la maison et trouver Monica qui faisait semblant de dormir, faisait semblant parce qu’elle n’était jamais aussi calme quand elle dormait, ces matins-là, elle mettait seulement sa tasse de café à elle dans le micro-ondes. Jamais la sienne, à lui. »

Plutôt que vos personnages sachent quoi que ce soit, vous devez maintenant présenter les détails qui permettent aux lecteurs d’en prendre connaissance. Plutôt qu’un personnage qui voudrait quelque chose, vous devez maintenant décrire les choses de sortes que les lecteurs le souhaitent aussi.

Au lieu de dire « Adam savait que Gwen l’aimait. »

Il vous faudra dire : « Entre les cours, Gwen était toujours appuyée sur son casier quand il allait l’ouvrir. Elle avait l’habitude de rouler les yeux et de pousser un pied en arrière, laissant une marque de semelle noire sur le métal peint, mais elle laissait aussi derrière elle l’odeur de son parfum. La chaleur de son corps restait sur le cadenas à combinaison. Et à la pause suivante, Gwen était à nouveau appuyée là. »

En bref, ne prenez plus de raccourcis. Que des détails sensoriels bien spécifiques : des actions, des odeurs, des goûts, des sons et des émotions.

Typiquement, les auteurs vont utiliser ce genre de verbes « de pensée » au début d’un paragraphe. (Sous cette forme, on peut les appeler des « déclarations de thèse », et je m’en prendrai à eux plus tard). D’une certaine manière, ils établissent l’intention du paragraphe. Et ce qui suit les illustre.

Par exemple :

« Brenda savait qu’elle ne parviendrait jamais à respecter l’échéance. Le bouchon partait du pont, et s’étendait sur environ huit ou neuf sorties. La batterie de son téléphone était à plat. A la maison, elle devrait sortir les chiens, ou il y aurait besoin d’un sacré nettoyage. En plus, elle avait promis d’arroser les plantes de son voisin… »

Vous voyez combien l’ouverture en « déclaration de thèse » diminue l’impact de tout ce qui suit ? Ne faites pas ça.

Si vous vous trouvez vraiment coincés, alors coupez la phrase d’ouverture, et mettez la après toutes les autres. Encore mieux, transplantez la et changez la en « Brenda ne parviendrait jamais à respecter l’échéance. »

La pensée est abstraite. Savoir et croire sont intangibles. Votre histoire sera toujours plus forte si vous montrez simplement les actions physiques et les détails de vos personnages en permettant ainsi à vos lecteurs de savoir et de croire. Et d’aimer et d’haïr.

Ne dites pas à votre lecteur : « Lisa détestait Tom. »

A la place, construisez votre argumentation comme un avocat face à une cour, détail par détail. Présentez chaque preuve. Par exemple :

« Pendant l’appel, lorsque le professeur prenait une inspiration juste après avoir dit le nom de Tom, à ce moment précis qui précédait sa réponse, juste alors, Lisa murmurait sans discrétion « cul-terreux » au moment même où Tom répondait « présent ». »

Une des erreurs les plus courantes que font les écrivains qui se lancent juste est de laisser leurs personnages seuls. Quand vous écrivez, vous pouvez être seuls. Quand ils lisent, vos lecteurs peuvent être seuls. Mais vos personnages se doivent de rester aussi peu de temps que possible seuls. Car un personnage solitaire commence à penser ou à s’inquiéter ou à se poser des questions.

Par exemple : « En attendant le bus, Mark commença à s’inquiéter de la durée du voyage… »

Une meilleure présentation serait certainement : « Les horaires disaient que le bus allait passer à midi, mais la montre de Mark affichait déjà 11h57. On pouvait voir la route s’étendre sur une longue distance, jusqu’au centre commercial, et pas un bus n’était en vue. Sans aucun doute, le conducteur était garé vers le virage, tout au bout de la ligne droite, et faisait une sieste. Le conducteur dormait comme un bébé, et Mark allait être en retard. Ou pire, le conducteur était en train de boire, et ce serait ivre qu’il reprendrait le volant, et il réclamerait soixante-quinze cents à Mark pour le conduire à sa mort dans un accident spectaculaire… »

Un personnage seul doit plonger soit dans divers fantasmes, soit dans ses souvenirs ; mais même dans ce cas, vous ne pouvez des verbes « de pensée » ou un de leur nombreux parents.

Oh, et vous pouvez également oublier les verbes se souvenir et oublier.

Plus de transition du genre : « Wanda se souvint de la manière dont Nelson lui brossait les cheveux. »

A la place : « Durant leur année de première, Nelson avait pris l’habitude de lui brosser les cheveux, les lissant d’une caresse de la main. »

Une fois de plus, développez. Ne prenez pas de raccourcis.

Encore mieux, faites en sorte que votre personnage se retrouve avec un autre personnage, rapidement. Mettez-les ensemble et lancez l’action. Laissez leurs actions et leurs mots montrer ce qu’ils pensent. Quant à vous – sortez de leurs têtes.

Et tant que vous y êtes à éviter les verbes « de pensée », soyez très prudents en utilisant les fades verbes que sont être et avoir.

Par exemple :

« Les yeux d’Ann sont bleus. »

« Ann a les yeux bleus. »

Contre :

« Ann toussa et passa une main vers son visage afin d’éloigner la fumée de cigarette de ses yeux, des yeux bleus, avant de sourire… »

Plutôt que d’employer des déclarations fades à base de « être » et « avoir », tentez de cacher les détails de ce que votre personnage a ou est dans ses actions et ses gestes.

Ce sont les règles de base qui permettent de montrer une histoire, plutôt que de la raconter.

Et à partir de là, lorsque vous saurez comment développer vos personnages, vous détesterez toujours les écrivains fainéants pour qui il suffit d’écrire « Jim s’assit à côté du téléphone en se demandant pourquoi Amanda n’avait pas appelé. »

Je vous en prie. Pour le moment, détestez-moi autant que vous le voudrez, mais n’utilisez plus de verbes de pensée. Dans six mois, vous pourrez vous lâcher… mais je vous parie ce que vous voulez que vous ne le ferez pas.