Mes enfants sont malades, mes phrases inachevées, mon blender au niveau 1.

…et mes titres sont à rallonges.

Cette semaine, c’est retour aux sources avec un peu d’écriture : j’ai terminé Le Petit magasin de meurtres, une nouvelle que j’avais prévu de terminer pour la troisième semaine de mon projet Bradbury (pour ceux qui sont perdus : le projet Bradbury, c’est quoi ?)
Avant le 22 janvier 2015, donc.
Mon projet Bradbury se terminait le 31 décembre 2015, nous sommes le 7 février 2016… On dirait que j’ai une fois de plus appliqué les préceptes d’un de mes mentors.

« I love deadlines. I love the whooshing sound they make as they go by. » – Douglas Adams

(Paroles de sage que j’applique un peu trop souvent je suppose)
(Je vous ai déjà dit que j’avais réussi à caser cette citation dans mon mémoire de M2 ?)

Bon, retard mis à part, cela me fait prendre conscience que, contrairement à Rain qui a posté un excellent post-mortem de son propre Projet Bradbury 2015, je n’ai toujours pas rédigé de bilan de ce qui fut, somme toute, un semi-échec pour moi. Echec car je n’ai absolument pas réussi à écrire une nouvelle par semaine. Semi car j’ai quand même appris à mieux construire ma narration, à écrire un peu plus régulièrement, à prêter plus attention aux petites choses.

Je tiens donc à remercier une fois de plus Neil Jomunsi pour cet exercice extrêmement enrichissant, mais aussi et surtout pour son blog fort inspirant qui m’a non seulement tirée de plusieurs situations de blocage particulièrement tenaces, mais m’ont aussi appris à regarder les choses un peu différemment pour toujours trouver des histoires partout. Ils m’ont accessoirement rappelé l’importance de l’écriture, et j’ai le souvenir net d’une soirée d’angoisse que la lecture ardue de son blog m’a permis de canaliser, me convaincant au passage de l’importance que je mette des mots sur une période difficile de ma vie. C’était en avril, le « Narcisse » était planté, le fait d’avoir pu poser un autre nom dessus m’a beaucoup aidée à prendre de la distance… et j’ai réussi à faire sortir tout ça en novembre.)
Bref. Merci.
Et puisque j’en suis aux mercis : merci à Rain pour avoir osé se lancer dans ce projet en même temps que moi, pour avoir relu la plupart de mes textes, et pour m’avoir quand même bien motivée parfois.
Et merci aux quelques autres beta-lecteurs, et aux lecteurs tout court, qui m’ont fait leurs retours dans les moments de doute.

Pour conclure sur le projet en lui-même : j’ai beau avoir fini l’année à seulement dix-neuf textes au lieu de cinquante-deux (à peine plus qu’un tiers, donc…), j’ai quand même plus écrit en un an que durant les cinq années avant.
Chouette score personnel, et petite réussite dans l’échec, tout de même.

Parmi les choses que j’ai apprises, ou plutôt confirmées, il y en a une qui semble assez évidente : j’écris mieux sous la contrainte. Ou plutôt, je m’y mets plus facilement, sans que cela nuise forcément à la qualité du texte au final.
Autrement dit, ce serait bien que je me mette un coup de pied dans l’arrière-train plus souvent, en me fixant un horaire et un objectif, j’avancerais drôlement plus vite.
L’autre chose que j’ai comprise, c’est que pour le moment, je suis incapable de reprendre réellement un texte. Je commence petit à petit à avoir un œil plus critique sur ce que j’écris, surtout au niveau de la construction de ma narration, mais ça ne suffit pas. Objectif 2016, donc, apprendre à éditer, tout en gardant un rythme d’écriture un peu soutenu. Autant le deuxième je m’en sors à peu près, autant le premier, c’est pas gagné…
Maintenant, jetons un œil sur le résultat concret de tout ça : les textes en question. Qui, malheureusement, ne se différencient pas assez les uns des autres à mon goût.

Il y a le style, d’abord : j’ai pu observer que j’avais tendance à faire des phrases interminables, et lors d’une de ses corrections, Rain a fait l’exercice amusant de mettre tous les adverbes en –ment que j’avais utilisé en rouge. Autant dire que j’en ai pris pour mon grade. Il y en avait presque deux par phrases.
A mesure qu’on avance dans les textes, j’ai tenté de corriger ces travers. Maintenant, si je fais attention en écrivant, je ne fais presque plus d’erreurs de ce genre.
Par contre, il perdure une espèce de flou temporel dans mes textes. Ou plus exactement, une sempiternelle concordance des temps foireuse qui me lasse un peu. J’en viens souvent à regretter d’écrire au passé, à me dire que je devrais toujours tout écrire au présent. Ce côté foireux est aussi dû à ma façon de raconter, un peu chaotique, vu que je ne fais quasiment rien de manière chronologique.

Ce qui me conduit logiquement à la narration : j’ai cette fâcheuse habitude de toujours vouloir commencer In medias res, puis de faire des flashbacks explicatifs parfois interminables. C’est un défaut connu, je dirais. Petit à petit, je le corrige, mais c’est particulièrement flagrant maintenant que je relis tous les textes d’affilée.

Il y a les méthodes de travail, également. On sent, à mon goût, beaucoup la différence entre les textes écrits d’une traite, au fil de la plume, et ceux où j’ai « jardiné » (j’ai écrit par petits bouts, coupé, déplacé, rajouté…). Sauriez-vous dire lesquels ont été écrit comment ? Je trouve ça évident, et je n’aime pas que ce soit si facile à repérer.
(Parmi les indices qui ne pardonnent pas : s’il manque des mots ici et là, j’écrivais au fil de la plume. S’il y a des phrases carrément inachevées, je jardinais.)

Il y a les sujets, enfin : en voyant toute la brochette de textes, difficile de passer à côté du fait que mes thèmes se recoupent énormément.
Mes personnages sont vindicatifs, tous ou presque. Ils ronchonnent et râlent, sont de mauvais poil. Qu’ils soient lagomorphe, St-Pierre, écureuil, héroïne de mauvaise fantasy, félin, jeune fille ou homme adulte, ou même simple narrateur (et ce ne sont que les textes qui me viennent à l’esprit et qui ont été complétés)… il faut qu’ils revendiquent.
Je suppose que j’ai des choses à laisser sortir ; qu’elles sortent comme ça, ça m’arrange.

Mes mondes sont postapocalyptiques ou dystopiques, tous ou presque (et j’en ai encore deux inachevés, commencés dans la même période). Forcément, « avec tout ce qui se passe en ce moment », ce n’est pas très surprenant. Cela dit, ils l’auraient sans doute été même avant. J’y vois l’évidence de mon absence totale de foi en la société. Une fois de plus, je règle mes comptes.

Et mes enfants sont malades. Ça, je ne l’ai pas abordé directement dans le Projet Bradbury. Je l’aurais fait si j’avais fini Le Petit magasin de meurtres alors, mais je m’en suis empêchée, finalement. En 2014, j’avais déjà écrit Ma Maman a un crabe apprivoisé et Des Bonbons pour Marine, deux nouvelles avec un sujet assez lourd que j’ai essayé d’aborder le plus légèrement possible, deux nouvelles qui se ressemblent beaucoup trop à mon goût, et qui me donnaient l’impression de tourner en rond, de ne pas réussir à exorciser.
Je sais que j’aime écrire du point de vue d’un enfant, et globalement, ça fonctionne bien. Mais c’est incroyable comme systématiquement il arrive des choses terribles à ces enfants. L’idée de base du Petit magasin de meurtres, c’est mon amie I. qui me l’a donnée (en janvier 2015, donc), et il s’agissait simplement d’écrire une nouvelle traitant de « mille et une manières de tuer quelqu’un ».
Directement, ma tête m’a apporté le sujet de la nouvelle. Et c’était encore une histoire d’enfant malade.
Alors je l’ai mise en pause, parce que j’avais beaucoup de choses à exorciser pour ne pas en plus batailler avec ce démon-là. Sœur d’un enfant gravement malade (désormais adulte guéri : toutes les histoires ne finissent pas mal), ce serait mentir que dire que ça n’a laissé aucune trace, même si je n’étais pas directement touchée par la maladie.
J’ai réglé mes autres comptes avant de revenir à cette nouvelle. Même si elle ressemble beaucoup aux Bonbons ou au Crabe, elle reste d’un point de vue encore différent, et j’avais vraiment envie de la faire. C’est désormais chose faite.

Tout ça me fait réfléchir à ma manière de « connecter les points ». C’est Amanda Palmer (encore et toujours, hein !) qui utilise le terme dans The Art of Asking : elle présente le travail du créateur comme « un rassemblement de points. Puis une connexion. Et enfin un partage de ces connexions avec les gens autour. » 1
On recueille les différents points dans les petites expériences du quotidien, les réflexions que l’on peut avoir sur le monde qui nous entoure, ce qu’on apprend petit à petit que ce soit en observant ou en étudiant… Puis on les passe dans ce qu’elle appelle le « Blender de l’Art » :

« Tous les artistes connectent les points différemment. Nous partons tous de ces ingrédients frais et vivants, qu’on peut directement reconnaître de la réalité de nos expériences (un cœur brisé, un doigt, un parent, un œil, un verre de vin) et nous les jetons dans le Blender de l’Art »2.

J’aime bien cette analogie du blender, présentant l’œuvre d’art comme un mélange de beaucoup de choses croisées dans la réalité, plus ou moins mélangé et mixé. Je dirais que mon blender est au niveau 4 ou 5/10 pour le moment au niveau mixage : on distingue encore trop bien les éléments, le « moi » derrière.

Certains auteurs s’en accommodent très bien. De mon côté, je sais que certains de mes textes fonctionnent comme ça ; mais j’aimerais réussir à écrire des textes à un niveau 7 ou 8 au moins. Etre moins transparente. Mais il n’y a qu’à voir à quel point il est plus facile pour moi de vous rédiger des articles de blog ou des carnets de voyage que d’écrire de la fiction pure : on dirait que pour le moment, ce que je maîtrise bien, c’est de parler de moi, de mes expériences, et ce, même à travers des personnages (et surtout même quand je ne veux pas le faire, ce qui me contrarie beaucoup).

Cela dit, l’évolution de tout ça me laisse beaucoup d’espoir. Sans atteindre directement le niveau 8, je pense pouvoir évoluer, petit à petit, et détacher mes textes de mon vécu, dépasser cette phase d’écriture égocentrique qui a certes bien fonctionné pendant longtemps (et m’a même beaucoup aidée psychologiquement), mais m’empêche d’avancer.

Je serais curieuse d’avoir le point de vue de différents auteurs sur le sujet de l’écriture égocentrique, cela dit. Je me suis aperçu au fil de l’année que pour plusieurs personnes de mon entourage, c’était un passage inévitable. Certains en étaient sortis, d’autres étaient encore en plein dedans (et parmi eux, quelques-uns qui n’avaient aucune intention d’en sortir).
Je ne vais pas aller jusqu’à poser la question quasi-métaphysique du « pourquoi écrit-on », mais je trouve intéressant de remarquer que beaucoup d’auteurs ont ce moment de « je m’écris moi », suivi ou précédé d’un « je me lis écrire » (l’équivalent textuel du « je m’écoute parler » : des phrases gratuitement alambiquées, des tournures douteuses, parfois des sonorités uniquement sans aucun sens derrière…)

Je suppose que plein d’études ont déjà été faites sur la construction de l’identité à travers l’écriture. J’ai déjà prévu de vous parler de la construction identitaire dans un autre article, je ferai sans doute un petit aparté là-dessus. Mais si vous, de votre côté, avez de quoi alimenter le sujet, je serais preneuse de témoignages.

En attendant, je vous laisse donc avec ma nouvelle histoire, LePpetit magasin de meurtres. C’est loin d’être ma meilleure histoire, mais je suis contente qu’elle « soit enfin sortie ».
Garantie 100% avec héros vindicatif, enfant malade, et concordances de temps foireuses. Je ne me refais pas !3

 

1 “Collecting the dots. Then connecting them. And then sharing the connections with those around you. This is how a creative human works. ”

“All artists connect the dots differently. We all start off with all these live, fresh ingredients that are recognizable from the reality of our experiences (a heartbreak, a finger, a parent, an eyeball, a glass of wine) and we throw them in the Art Blender. ”

3 Et si vous aviez besoin de plus de preuves : sur ce texte d’environ 2000 mots, il y a 38 adverbes en –ment… Vous aviez remarqué ?

Published byLia

Hobbite berserk à la plume acérée, aubergiste itinérante, éleveuse de peluches, geekàlunettes, mélomane, linguisticomane et psychocentrée : tant de centres d'intérêts, si peu de temps.

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