« Tu réfléchis trop. »

Depuis toujours, j’ai l’impression qu’à chaque fois que je fais part de mes souffrances et de mes doutes, il y a tout le temps quelqu’un pour me dire « tu réfléchis trop », ou « arrête, tu te prends trop la tête » ou encore « tu as trop de temps pour réfléchir. »
Je ne compte pas combien de fois par semaine j’entends ça. C’est vraiment récurrent, permanent, ça arrive toutes les fois où je parle de mon malaise à quelqu’un. Alors j’aimerais faire un petit article pour que les gens comprennent plusieurs choses.
1. Avoir moins de temps pour réfléchir ne fonctionne pas.
J’ai essayé. J’ai tenté de booster mes activités, être plus productive, faire les choses les plus satisfaisantes possibles pour ne plus avoir le temps d’y penser.
Ça ne fonctionne pas.
Je réfléchis tout autant, juste pas aux mêmes moments. Le temps que je n’ai plus pour réfléchir en journée, je le récupère la nuit et ça me prive de sommeil.
Et sans sommeil, je suis encore plus prompte à m’enfermer dans mes pensées.
Et ce, jusqu’à finir par disjoncter complètement. Déjà vu.
2. J’en ai conscience…
Je crois que je suis la première à me rendre compte d’à quel point je brasse dans le vide, paumée dans un labyrinthe que je crée moi-même et qui n’a pas d’issues.
Je suis très lucide sur les méandres que je me force à arpenter et c’est un cauchemar. Parce que du coup j’ai parfaitement conscience qu’il n’y a pas d’issue. Et j’agis en conséquence : je me dis que je ne dois pas m’enfermer. Alors je cherche pourquoi je m’enferme, pour essayer de sortir et ne plus jamais me retrouver coincée. Et là, en fait, je me retrouve encore plus coincée et encore plus triste : je réalise que je ne peux pas sortir de cette manière…Mais en général, c’est déjà allé trop loin.
3. …mais je ne peux rien y faire, concrètement.
Il y a savoir et réussir à mettre en application, tout comme quand je suis parfaitement capable de vous dire quel côté est la gauche et quel côté est la droite, mais dans le feu de l’action, je me retrouve à guider quelqu’un en lui disant qu’il doit tourner à gauche alors que je parle de la droite (et c’est très clair dans ma tête). Je confonds les mots comme je confonds les émotions.
Le fait est que même si j’ai conscience que ma foutue caboche est à nouveau en train de me monter un plan foireux dans le crâne et que tout ça va immanquablement se terminer en cercle vicieux, je ne peux pas l’éteindre comme on éteindrait un ordinateur avant d’aller au lit.
Ce n’est pas faute d’en mourir d’envie. Souvent je me prends de rêver à un coup de marteau sur le crâne ou un anesthésiste personnel.
Ce n’est pas un hasard si j’aime autant me réfugier dans le sommeil. J’adore quand ma caboche se crée des rêves dans lesquels je n’ai qu’à vaguement suivre l’histoire, ramasser ce qui vient sans avoir à gérer des pensées.
Mais dès que je me réveille ça revient en masse. Souvent, je suis plus positive après avoir dormi. Mais ça n’empeche pas que je réfléchis, encore et encore, et encore et encore, et…
Je ne le fais pas exprès, je ne demande rien à personne.
Ça me tombe dessus.
Donc oui, je suis au courant que j’intellectualise trop
Je rationalise tout.
Je ne le fais pas pour le plaisir. J’ai conscience de ça. J’essaie d’arrêter. J’essaie vraiment, mais je n’ai jamais les bonnes méthodes et souvent ça me fait encore plus mal, et je ne sais pas comment en sortir, alors je cherche et c’est encore pire.
Souvent je m’évade dans autre chose, la lecture, le jeu (des kilomètres de solitaire au compteur, pour me laisser suffisamment braindead pour que je dorme). D’autres fois j’écris pour évacuer, jusqu’à m’épuiser et tomber de moi-même. Mais surtout j’en parle, parce que j’ai besoin d’en parler.
J’apprécierais juste que les gens à qui j’en parle ne me disent pas systématiquement que je réfléchis trop quand j’exprime un doute, une crainte, un malaise. J’en souffre.
Bien sûr, vous avez sans doute raison, comme ceux qui me disaient l’an passé « il faut que tu te poses » parce que je courais partout, tout le temps (-> notamment pour ne pas avoir le temps de réfléchir, donc).
Je me suis posée, beaucoup de choses vont mieux, et maintenant ma tête tourne bien, et trop aussi.
Cependant, quand vous me dites « Tu réfléchis trop, arrête d’intellectualiser, ne te centre donc pas tant sur ta personne », c’est un peu comme si vous disiez à quelqu’un qui est en train de se noyer « Ben t’es con, apprends donc à nager ! »
C’est trop tard pour apprendre à nager. Et si je me débats pour essayer de nager, je coule encore plus.
T’es bien gentille à nous faire des reproches mais tu veux qu’on te dise quoi, au juste ?
En cas de noyade, la seule manière de me sauver, c’est de me parler d’une voix douce pour que j’arrête de me débattre et que mon corps puisse flotter.
Autrement dit, me changer les idées, me lancer dans d’autres choses. Ou alors m’écouter, même. A partir de là, je réussis à dormir et tout va un peu mieux le lendemain — à moins que je ne fasse que me mentir à moi-même quand le matin vient.
Mais là, ces derniers temps, il y a toujours quelqu’un pour m’enfoncer la tête sous l’eau.
Et ça m’énerve.
Arrêtez.

Exorciser les démons – Pour en finir avec Narcisse

[Trigger Warning]

L’article qui va suivre est un témoignage dur qui comporte de très nombreux triggers : violences physiques, psychologiques, perversion narcissique, suicide, troubles alimentaires…
Mieux vaut prévenir que guérir : il sera long et ne sera pas facile à lire, alors mieux vaut vous y préparer (ou rebrousser chemin tout de suite).

J’invite tout particulièrement mes proches, ceux qui me connaissent très bien et/ou m’ont connue à cette période de ma vie, à y réfléchir à deux fois avant de le lire. Il y a là-dedans des choses dont je n’ai jamais vraiment eu la force de parler.
Si malgré tout vous lisez : ce n’est pas votre faute si vous n’avez rien vu. Ce n’est pas votre faute si vous avez vu mais n’avez su que faire. Vous avez fait au mieux et vous avez été là. Pour cela, merci, merci de tout cœur, car sans vous je ne serais assurément plus là.
Si cela peut aider, pensez à la Lia de maintenant en lisant. Pas à celle d’alors.

{EDIT du 6/02/2016}
De nombreuses personnes m’ont fait remarquer qu’il était important de souligner que malgré mon ton incertain dans le texte, en aucun cas dans ce genre de situation ce n’est la faute de la victime.
C’est vrai. Si vous tombez sur ce témoignage et y retrouvez des choses tristement connues, vous y retrouverez sans doute ce sentiment de culpabilité. Je le laisse dans mon texte, car il était encore présent alors et je ne peux l’effacer : c’est logique, dans cette situation, de le sentir comme ça.
Mais gardez en mémoire que même si la situation fait que c’est logique, ce n’est pas normal.
Ce n’est jamais la faute de la victime. Ce n’était pas ma faute : ce n’est pas la vôtre. 

Si vous me suivez depuis quelques temps, vous avez forcément entendu parler de Narcisse. C’est un nom d’emprunt, bien sûr, qui lui va à merveille. Pouvoir me détacher de son nom ou même son surnom, c’était la première étape, celle qui me permet de mettre de la distance, de voir sous un autre angle, et de m’extirper de ses griffes.
La deuxième étape, je l’ai décidée en même temps que j’ai choisi ce nom d’emprunt : écrire. La décision remonte à une énième rechute en mai dernier, mais j’ai seulement maintenant le courage et la hargne nécessaires pour écrire tout ça. Et encore. A l’instant où j’écris ces lignes, je me demande encore comment je vais me dépatouiller de tout ça, mais cette fois-ci c’est certain : il faut que ça sorte… Il faut que je témoigne, que je dise tout ce que j’ai vécu par sa faute.

Je sais que je vais oublier des choses, mais je vais tenter de tout raconter, ne rien omettre, afin de poser enfin des mots très clairs sur lesquels je ne reviendrai pas sur toute cette histoire qui a bien failli me coûter la vie. Parce que non, il ne s’agit pas juste d’« une rupture que j’ai mal vécue », contrairement à ce qu’il semble dire. Il s’agit de deux ans de destruction psychologique et de manipulation en continu que j’ai besoin de dénoncer. Et quand bien même je dirais tout, j’amenuiserais toujours, car mon besoin de comprendre à tout prix me permet de diminuer l’impact, d’expliquer les choses.

Pour autant, je me considère partiellement en tort dans tout ça. C’est peut-être une erreur, mais retrospectivement, je repère aisément tous les points sur lesquels j’aurais pu avoir un déclic, toutes les sonnettes d’alarme que j’ai ignorées… Et je vais tâcher de retranscrire ça aussi, parce que je ne veux pas seulement incriminer : je veux exorciser. Mes douleurs, mes peines, mes erreurs. Et toutes les saloperies qui m’ont tachée.

Présentation de la perversion narcissique, ou des années de cauchemar.

J’avoue : je ne me sens pas de vous présenter moi-même la perversion narcissique, les tenants et les aboutissants, les vrais mécanismes à l’œuvre. Les recherches m’épuiseraient, chaque source me mettant encore profondément mal à l’aise. Le trauma est encore fort et je sais que si je tombe dessus, je vais « retrouver des choses ». Je ne veux pas, pas tout de suite. Promis, je vous ferai un article plus tard, et quand je le ferai, ce sera très bon signe sur mon évolution personnelle.

En attendant, et parce qu’il faut quand même bien présenter le sujet, je vous conseille cette vidéo, qui m’a profondément marquée. (Le titre est « violence physique », mais la vérité, c’est qu’elle fonctionne pour violence physique ET psychologique…)

Je ne peux plus regarder ce spot, mais je l’avais déjà vu avant, en 2012, parce que je soupçonnais déjà celui avant Narcisse d’en être un aussi. Je savais ce qu’était un pervers narcissique. Malgré tout, même en étant informée, je n’ai rien vu. Je ne me suis rendu compte de rien.
Pourtant, ce que vous voyez, c’est ce que j’ai vécu. Encore et encore. Pendant deux ans. Mes amis qui m’accueillaient, chacun à leur tour. Qui me redisaient les mêmes choses. Et chaque fois qu’il revenait avec une rose, moi, je ne disais pas non : j’y retournais.
Jusqu’au moment où, drainée, je n’ai plus eu la force.

Pour une meilleure compréhension, une petite trame de fond un peu égocentrique

On parle ici d’une Lia de 2012 (puis de 2013 et 2014, bien sûr, car la situation n’est hélas pas allée en s’arrangeant). Une Lia qui a l’impression d’être sortie de tant de galères qu’elle en a beaucoup mieux compris sa vie. Et en même temps, qui se demande vraiment ce qu’elle fiche sur cette planète et pourquoi elle se lève les matins.
A l’époque, il y avait une question permanente dans ma tête : « pourquoi ». Parfois, ça se transformait en « à quoi bon ». J’en attendais énormément du monde autour de moi ; surtout, j’attendais une réponse. Je me lamentais de ce que personne, jamais, ne serait capable de ressentir ce que je ressentais, d’entendre les SOS que je m’efforçais d’envoyer par télépathie.
Et j’étais un gouffre au besoin d’attention intarissable, et au besoin de compréhension encore plus grand. Je voulais tout donner, absolument tout, pourvu qu’on me comprenne.

Borderline, disaient les diagnostics posés en 2009 et qui n’ont à mon grand désarroi pas bougé jusqu’à 2014. Dans ma tête, c’était plutôt l’attirance du gouffre et l’envie de ne jamais sortir de mes rêves. « Etat-limite », oui, à mi-chemin entre la falaise et le sol dur.

C’est dans cette situation que Narcisse est entré dans ma vie.

Les prémices, où « Tout ne va pas bien mais quand même un peu. »

Quand je rencontre Narcisse, c’est un gamin. Il a 17 ans et des réactions d’enfant, tantôt mignonnes tantôt agaçantes. Il est jeune, et il a beaucoup, beaucoup de charisme. Il a l’air honnête. Il rougit quand on dit « culotte » ou quand une fille prévient qu’elle va faire pipi. Il est en CAP, semble n’avoir aucune expérience de la vie. Moi, je suis dans un couple malheureux qui rompra deux mois plus tard et sur lequel je ne m’étendrai pas, car cette situation-là a été réglée de manière plutôt propre dans ma vie. Pour autant, mon couple tient encore à ce moment et Narcisse n’est « même pas une option » pour moi. Il commence pourtant à agir étrangement, mais il paraît que « c’est normal, c’est comme ça qu’il est, c’est un nounours. » Il me fait un bisou sur le front soudainement, de nulle part, et moi qui ai horreur du contact physique suis tellement sonnée par l’action inattendue que je ne peux rien dire. Il m’envoie des sms alors que mon petit ami est à côté pour me dire qu’il me trouve jolie.
De base, c’est un puits d’attention. Un peu comme moi ; je m’y retrouve, je sais où je mets les pieds. Et puis, c’est un môme, il est mignon.
Lorsque nous commençons à discuter par messagerie instantanée, mon opinion sur lui ne change pas. Pourtant les conversations sont de plus en plus personnelles : je l’aide avec ses problèmes de couple, il m’aide avec les miens. Entretemps, je me suis extirpée de la relation dans laquelle j’étais et qui me faisait clairement beaucoup plus de mal que de bien : c’est la liberté.
J’ai mes propres problèmes et Narcisse est en couple et semble porter sa petite amie aux nues. Rien d’ambigu à mon goût, malgré certaines remarques, surtout des compliments un peu poussés de sa part mais « C’est normal, c’est parce que c’est lui. »

Fin août, je vais voir des amis à Nîmes – dont lui. Je suis contente de le revoir, et lui peut-être un peu trop enthousiaste. Mais je ne vais pas me plaindre, n’est-ce pas ? On me donne de l’attention.
Malheureusement, durant ce voyage, il m’avoue que même si ça a longtemps été l’amour fou avec sa petite amie de deux ans (il la portait aux nues, lui envoyait des cœurs sous mes yeux pendant mon séjour), ça se passe pas très bien et il craque sur moi. Tout ça par sms, alors que sa meilleure amie est à côté de nous.
Le malaise. Il est, je rappelle, toujours un enfant à mes yeux. Il a eu ses dix-huit ans le mois précédent, mais même. Et il attend clairement une réponse. Je temporise. Le soir, il m’asticotera par sms pour que je lui réponde – je suis mal à l’aise, car nous sommes au restaurant avec la même amie. Je réponds par énigmes.
Nous finissons chez lui pour une partie de jeu de rôle qui dure, dure… jusqu’à 4h du matin environ. Mon train est à 9h. Notre amie va s’allonger dans la chambre, moi je m’allonge sur le canapé. Lui s’assoit à côté du canapé, bien décidé à me tirer les vers du nez. Je suis fatiguée et je n’ai pas la force mentale de lui dire un NON franc et massif. J’essaie de lui expliquer que je me sens TRES mal vis-à-vis de sa copine, j’essaie de comprendre pourquoi il lui envoyait des cœurs alors que ça n’allait pas.
Bref. Je gère très mal cette situation, ne nous mentons pas. Au bout d’un moment, il se penche sur moi et m’embrasse. Et au lieu de repousser (alors que c’est la troisième fois qu’on m’embrasse sans me demander la permission), une fois de plus, je me laisse faire. Rappelez-vous : DE L’ATTENTION OMONDIEU. Je ne vais pas vous dire que je suis toute blanche : ce serait mentir.
Il me propose même d’aller plus loin mais j’ai la nausée à la simple idée. Je suis paniquée.
Il voudrait me faire promettre de ne pas en parler, mais je suis profondément contre l’idée de cacher quoi que ce soit. Je lui fais promettre, au contraire, d’en parler à notre amie, et sa petite amie.
Il promet.

Premier mensonge dont je suis sûre.

Mise en couple, entre naïveté et bêtise – ou les frais de ma dépendance affective

Je rentre chez moi déboussolée et pendant deux semaines, je réfléchis. Alors que quand j’étais dans le train, j’étais dépitée et il était très clair pour moi que je resterais la fille de l’ombre et que tout ça n’irait pas plus loin, il bat des pieds et des mains pour me faire comprendre que, mais non, nous sommes faits pour aller ensemble. Je vais très mal, lui part en vacances avec sa petite amie. Je pèse le pour et le contre.
D’un côté cette mise en couple ne serait pas du tout correcte, et il est très jeune, et… de l’autre j’ai grandi, je suis plus mature et un peu plus rationnelle, et puis lui est littéralement grand, beau, fort, intelligent, sensible, attentionné…bref, paie ton prince charmant quoi. Rien que ça, au fond, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Nous discutons beaucoup par téléphone, sms. Il se cache de sa petite amie. Moi je suis mal à l’aise, et en même temps, touchée par l’attention. Il a des problèmes psy que je rapproche des miens. Petit à petit je me dis qu’on pourra parcourir ça ensemble, le dépasser.

Je finis par tomber dans le panneau. Je lui paie des billets de train pour que nous puissions nous voir et mettre les choses à plat. Il quitte sa petite amie sur la fin de leurs vacances ensemble, de manière « propre mais pas trop ». Et nous nous mettons ensemble quand il vient à Lyon, et je le force à tout avouer à notre amie en lui annonçant notre mise en couple. Elle le prend très mal (et je la comprends, retrospectivement).

J’ai un gros complexe par rapport à Narcisse : moi, très peu de succès auprès des hommes. Première relation à 18 ans, plusieurs râteaux. Je me suis fait larguer quasiment toutes les fois.
Lui, en couple quasi-permanent depuis ses 13 ans je crois, et toujours ‎celui qui largue. Pour moi, c’est un malaise.
Il me répète souvent que sa plus grande joie, c’est que sa relation avant moi s’est déroulée d’une très bonne manière, sans anicroche, et sa « première fois » s’est bien passée, avec quelqu’un qu’il aimait.
Du haut de mes expériences désastreuse et de m‎a première fois sans sentiment, je suis jalouse et je le vis mal.

Les semaines passent. Il est horriblement jaloux et possessif. D’un côté, c’est chouette de sentir quelqu’un qui s’est autant attaché ; de l’autre c’est un peu épuisant. Il faut tout que j’abandonne quand on se voit, pour lui. Je me fais engueuler quand il se rend compte que j’ai envoyé un mail à des amis communs avant de répondre à un de ses sms. Je me fais engueuler quand je mets plus d’une heure à répondre à ses messages. Et lui qui au début se montrait si présent, petit à petit, ne fait plus de son côté aucun des efforts qu’il me demande de faire.

Il m’appelle tous les soirs ou presque, se cache pour que ses parents ne l’entendent pas, et ça me met un peu mal à l’aise.

Nous nous voyons une fois toutes les deux ou trois semaines. La plupart du temps, c’est moi qui paie les billets de train, à une ou deux ex‎ception près.
Pour autant, quand nous sommes tous les deux, tout va bien : nos portables sont coupées et nous profitons l’un de l’autre. Nous discutons, nous faisons des jeux ensemble. Le temps semble doux dans nos week-ends ensemble.

Nous partageons des passions communes, parmi elles l’artisanat et les pierres semi-précieuses.
Je lui fais découvrir l’écriture et de nombreux monuments de la littérature de genre, lui présente mon cercle d’écriture. Je suis contente de pouvoir lui montrer mon monde. Lui s’intéresse un peu trop à mon goût à certaine‎s filles du groupe, mais j’ai décidé que je ne serais pas jalouse.
Pas à l’époque.

En vrai… En vrai, il me ment dès le départ, mais ça je ne l’apprends qu’après. Sa première tromperie arrive deux mois après notre mise en couple. Moi, j’étais aveuglée par la confiance. « Elle l’a embrassé mais il l’a repoussée » – il dira la même chose à plusieurs reprises, pour d’autres filles. Ce n’est malheureusement, bien souvent, pas la vérité.
Deuxième mensonge, s’il n’y en a pas eu entretemps.

En vrai… La première année ensemble se passe, pas très bien. A plusieurs reprises, je manque de rompre. Il me fait culpabiliser sur beaucoup de choses, alors que je suis en deuxième année de master d’anglais, que j’ai un mémoire à rédiger, que j’ai un boulot de prof à côté. Je ne suis pas assez disponible pour lui, et puis, je ne comprends pas, lui a des horaires de fous, je ne sais pas à quel point c’est dur le travail manuel. La période de mon mémoire, en particulier, est un calvaire. Je souffre énormément et ne m’épanouis pas autant que je le souhaiterais dans mes recherches. Pourtant, je continue, parce que je l’aime, vous comprenez ?

Je l’accompagne à l’enterrement de son grand-père, ai le cœur fendu face à ses larmes, mais à côté de ça, je me retrouve à lui mentir pour aller prendre un café avec des amis. Période bouleversée et bouleversante.

Je boucle mon mémoire, et suis malgré tout très fière de ce que j’ai fait et de ma soutenance. Mais je garde de tout ça un souvenir amer. Il me faudra du temps pour digérer ma rédaction de mémoire. Heureusement que nous étions en relation à distance et que j’ai pu avoir des amis pour me soutenir sur place.

Lui, de son côté, souligne qu’on lui a conseillé de rompre avec moi, mais qu’il ne voulait pas car « on n’en trouve qu’une comme moi ».
Notez le propos. Ça paraît évident, vu de l’extérieur, n’est-ce pas ?… Mais je continue. Je l’aime, et il dit qu’il tient à moi, et j’ai besoin qu’il tienne à moi.

L’été passe, et avec lui, à nouveau, son lot de douleurs. Il vient squatter chez moi sans débourser un centime en loyer, mais juge déplacés chaque commentaire que je fais sur mes difficultés avec mes élèves. J’arrive à négocier pour faire venir certains des gens que je forme à mon domicile, m’évitant des temps de trajet considérables, et il me fait des crises de jalousie de l’ordre du « Tu vas te retrouver en tête à tête avec des mecs dans la cuisine ». (Mon lieu de travail, je sais, pas très glorieux.)

Je prévois des vacances à Paris, chez une amie. Narcisse vie‎nt avec moi. Il commence à s’intégrer dans une troupe de GN et discute énormément avec Anaïs (encore un nom d’emprunt), une de ses membres. Il s’agace de ce que je lui fais remarquer que j’en ai marre qu’il soit toujours sur son portable alors qu’on est en vacances, alors que moi je range mon portable quand je suis avec lui.
Finalement, le ton monte. Plusieurs fois. J’en tombe malade.
Les vacances sont écourtées.

Alors que nous partons à un célèbre festival, il me descend devant le bus entier parce que je lui ai envoyé des sms angoissés toute la matinée (car je n’étais jamais allée en festival et partais seule d’un endroit que je ne connaissais pas pour monter dans le même bus que lui, qu’il avait pris de Nîmes) en espérant une réponse. « Je lui ai pourri son début de voyage ».
Quand il part en GN avec certaines de mes amies et que je ne réponds pas à ses messages, c’est à nouveau de ma faute. Quoi que je fasse, je lui gâche son plaisir. Alors j’encaisse et j’essaie de rattraper le coup. Je lui couds ma première peluche, je lui mets même un cœur à l’intérieur, qui dit « On vit une période difficile, mais je suis sûre qu’on pourra parler et que tout ira mieux ».

Parce que je l’aime, vous comprenez ? Et j’ai besoin de quelqu’un qui m’aime…

Le début des ennuis sérieux

On emménage ensemble en 2013, il vient sur Lyon faire son bac pro. Franchement, à l’extérieur, on fait couple modèle. On est mignons, sympas avec tout le monde…
Mais plus ça va plus je fais pas les choses bien pour lui, plus tout est ma faute, tout le temps. Moi, je craque un peu. Je ne suis déjà pas bonne de base pour tenir une maison, mais j’en viens à ne plus faire le ménage, ni la lessive. De plus en plus, je me retrouve à appeler pour annuler des cours, pour « raison médicale », parce qu’en plus de réels soucis physiques que j’avais, je n’avais pas la force psychologique pour y aller.
Lui, si je l’appelle Narcisse, c’est pas pour rien. J’ai fini par comprendre qu’il avait besoin du regard des autres pour vivre. De plus que juste le regard, en fait.
Intérieurement, j’ai conscience que je ne serai jamais assez pour lui, qu’il va me dévorer. Pourtant je continue d’espérer. Déjà à cette époque, il fait des avances à de nombreuses filles dans mon dos, mais ça, je ne l’apprendrai que bien plus tard.

Mon anniversaire tombe mal : pendant une convention auquel il veut se rendre.
Alors forcément, ça ne se passe pas bien. Le premier soir, veille de mon anniversaire nous décidons de nous y rendre ensemble. Il doit me rejoindre au boulot mais il arrive en retard, très énervé, parce qu’il a eu des problèmes de tram. Je n’y suis pour rien, mais sa colère rejaillit sur moi. J’écrase.
Nous faisons le tour du salon, je ne me sens pas à ma place. Je finis par lui dire que ce serait bien qu’on rentre, lui ronchonne : il pensait qu’on resterait‎ plus longtemps, il veut rester.
Nous nous engueulons. De dépit, je rentre à pied, après lui avoir interdit de m’envoyer un sms à minuit pour me souhaiter bon anniversaire, comme il est capable de le faire.

A minuit, il m’envoie un mail. Je n’en reviens pas de son culot. Une de mes meilleures amies, appelons-là Aurore, vient me soutenir, dans la nuit, alors que j’interdis à Narcisse de revenir. Il se débrouillera pour trouver où crêcher. Ce n’est pas la première fois que je le fais et il m’en veut beaucoup.‎ Il n’est pas « chez lui ».
Il reste à la convention les deux autres jours — hormis le soir de mon anniversaire,‎ que nous faisons avec des amis au restaurant. Il est très fier de son cadeau, et le met beaucoup en avant. Moi, je retiens surtout qu’il est fatigué et veut que la soirée se termine vite.
Une soirée gâchée de plus.

Au quotidien, en privé, il me pourrit régulièrement, me rabaisse. J’essaie de nouer des liens, à la fac, mais il est jaloux de toutes mes amitiés, il se méfie de tout le monde. Et puis je ne suis qu’une sale étudiante glandeuse qui se plaint tout le temps, alors que lui a des horaires de fous pour son bac pro, pour son stage. Le fait que je souligne que j’ai vécu le bac moi aussi, et qu’il a beaucoup moins de devoirs que ce que j’avais moi, n’arrange pas les choses. Je l’infantilise et le rabaisse sans cesse, me dit-il. Je ne le remercie jamais quand il fait quelque chose de bien. Je ne lui prête pas assez d’attention. Je suis chiante, parce que je bosse en partie en télétravail et que je ne fais rien à la maison alors que je suis là et que je salis. Je suis chiante, parce que j’ai de plus en plus de mal à me nourrir. Moi qui n’aime pas manger, je n’arrive plus à cuisiner. Je ne fais plus d’effort.

Je me dis que c’est juste une mauvaise passe, même si elle est un peu longue, il y a du bon de temps en temps, pas souvent mais il y en a. On arrive encore un peu à faire des jeux ensemble, beaucoup moins qu’avant, au début de notre relation, mais c’est déjà ça. J’en parle autour de moi, beaucoup, parce que j’ai besoin d’évacuer. Mes amis sont embêtés, me conseillent de lui en parler.
Narcisse tombe sur un message que j’ai envoyé à Aurore, alors qu’elle avait oublié son portable chez nous. Enfin, « tombe sur ». Il fouille dans son téléphone. Il me mène la vie dure parce que j’expliquais dans ce message que c’est difficile, que je ne me sens plus amoureuse, mais que je cherche à retomber amoureuse de lui. Dès ce moment, l’argument « moi, je n’ai jamais cessé de t’aimer » fait son apparition dans son discours. J’essaie de lui pointer du doigt qu’il n’avait pas à fouiller dans le portable de quelqu’un qu’il ne connaît qu’à peine, rien n’y fait. Il a toutes les excuses du monde, il voulait faire ceci, cela, là n’est pas la question. C’est moi, le problème. A partir de là, Aurore est furieuse, et commence à me mettre en garde. Moi, je n’écoute pas trop : je comprends ce que dit Narcisse, et je vois les efforts que j’ai à faire. Et puis il me dit qu’il va faire des efforts aussi, ça devrait aller… non ?

Pourtant, au bout d’un moment de cette vie, je craque et finis par sécher des cours pour me réfugier certains après-midis chez des amis en cachette. Dont un ami qui m’aide particulièrement. Sauf que cet ami, appelons-le Matt, un peu dépendant affectif lui aussi, finit par tomber amoureux de moi – enfin, il croit. Et moi, ça me fait du bien d’avoir dans ma vie quelqu’un qui ne me rabaisse pas perpétuellement. Je souffre de cette situation. J’ai conscience de faire des erreurs, mais je n’arrive pas à distinguer le bon du mauvais.

Pour moi, il est impossible de quitter Narcisse. Pourtant, je sais que je ne serai jamais assez pour lui. Lui est hormonalement très actif, moi je suis asexuelle. Je fais tous les efforts du monde, je fais de mon mieux pour ne pas me faire abandonner, vous comprenez ? S’il y a une chose qu’il faut reconnaître à Narcisse, c’est qu’il ne m’a jamais forcée physiquement, contrairement à certains de mes précédents. Il s’est même arrêté quand j’ai dit « stop », parfois. Il me disait toujours que non, que ce n’était pas grave. Mais il en connaissait un rayon pour me faire culpabiliser de ne pas le faire. Ou surtout, pour me manipuler pour obtenir ce qu’il voulait.
Je ne peux pas quitter Narcisse, donc, c’est impossible, dans ma tête je suis vouée à être en couple avec lui parce que… je l’aime, vous voyez ? Mais je n’arrive plus à l’aimer autant, parce qu’il me fait atrocement mal. Je n’arrive plus à lui faire confiance, j’en suis à me demander si je lui ai déjà fait confiance étant donné notre mise en couple, et puis j’oublie, et je continue.

Je vois un psy à cette période. Il me fait faire des exercices. Je commence un gratitude journal qui marche bien pour mon moral, et m’aide à tirer au clair des choses : je voudrais partir. Je voudrais rompre avec Narcisse. Les seules choses qui m’en empêchent, c’est qu’on vit ensemble et que « ça peut marcher ». Je me sens prisonnière.
Quand j’en parle avec Narcisse, il oscille entre larmes et colère. Il me dit qu’il ne comprend pas, qu’il me dit tout le temps que je peux faire ce que je veux, qu’il veut me laisser toute ma liberté, que son ex lui disait déjà ça, qu’il n’a pas de raison de me faire peur…
Et pourtant, c’est la vérité. Souvent, quand ça ne va pas, j’ai peur de Narcisse et de ce qu’il pourrait faire.

A la fac, c’est la dégringolade. Je ne vais plus en cours que pour voir les autres, je n’arrive plus à suivre. Narcisse est horriblement jaloux de Matt. Il pense que je le trompe avec lui. Je dois donc cacher mon amitié. Il la découvre, et c’est encore pire. Il me fait culpabiliser de chaque instant passé avec Matt.
Ironie du sort, il le fait si bien, que je dois me cacher, et que je finis bel et bien par le tromper, consciemment. Puis je me sens sale. Puis je ne sais plus. Je lui cache, je n’arrive plus trop à savoir si ça a de l’importance ou non. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de très mal pour mon corps, je n’aurais pas dû coucher avec quelqu’un comme ça, parce que j’avais besoin d’affection. Pourtant je recommence, une semaine après. Et toujours, je me sens sale d’avoir fait ça.
Mais je n’arrive pas à me sentir mal d’avoir trompé Narcisse. Je me sens mal vis-à-vis de moi-même.
Jusqu’au moment où je me retrouve à devoir lui mentir, les yeux dans les yeux. Moi qui ne supporte pas de cacher des choses, je le vis très, très mal. Je finis par tout lui avouer, un soir, un mois après les faits, après avoir tout passé à l’écrit une fois. Je prends mon courage à deux mains et je lui dis tout, de vive voix. Une des pires soirées de ma vie. Je lui explique mon état d’esprit, ma douleur, l’ambivalence de mes sentiments vis-à-vis de lui, et mon adultère.
Sans surprise, il le prend très mal.

Contrecoup

Il me mène la vie hyper rude après ça. Je dois lui montrer mes messages, mes mails, je dois supprimer le numéro de Matt et promettre de ne plus jamais lui parler. « J’ai perdu sa confiance », vous comprenez. Il pleure, souvent, et moi, je dois me mettre dans un coin, et surtout ne rien dire, faire comme si je n’existais pas, parce qu’il imagine, il se rappelle… Tout ça. Il me fait raconter, encore et encore, puis me dit de ne rien dire, puis me refait raconter, puis m’incendie, puis pleure. Moi j’ai peur.

En vrai… en janvier suivant, soit un mois après… Nous fêtons le départ d’une amie dans un bar. Parmi ces gens, nommons la Rose, une fille qui tient assez mal l’alcool, et qui a un peu du mal socialement. Elle a l’air perdue, mais je sais que physiquement, elle lui plait. Je sais aussi qu’ils ont parfois discuté tard la nuit, et mon angoisse de le voir partir me rend malade. De la jalousie mal placée, sans doute.
Ce soir-là, comme souvent hélas, Rose boit trop. Alors je m’occupe d’elle, un peu. Et puis lui l’emmène prendre d’air, puis va l’aider à vomir aux toilettes. Deux fois.

Je me revois devant cette porte fermée, un verre d’eau à la main, à m’inquiéter pour Rose, et à trouver ça bizarre. J’attends, un peu.
J’ai invité Rose à manger à la maison, le lendemain. Elle vient. Et elle m’avoue ce qui s’est passé.
Quelques mois plus tôt, avant que nous emménagions ensemble, Narcisse lui a fait des avances écrites. Puis dans les toilettes d’un pub, alors que nous étions en soirée (je venais de me faire poser mon stérilet, la veille. J’étais très mal, fatiguée et n’ai pas pu rester longtemps…), il l’avait embrassée – sans trop lui demander son avis. Puis lui avait fait des avances par sms, pour éventuellement qu’il se passe plus de choses entre eux. Elle n’avait visiblement jamais osé lui en reparler. Jusqu’à la soirée de la veille.
Elle me raconte alors que la veille, Narcisse l’a emmenée dans les toilettes, puis qu’il l’a invitée à se déshabiller. Elle l’a fait – l’alcool, ou des choses à se prouver ? Ils s’occupent, tous les deux, puis vont prendre l’air. Il lui propose d’y retourner pour qu’elle lui fasse une fellation. Ils y retournent donc. Vous vous souvenez, ce moment où j’étais derrière la porte avec mon verre d’eau ?…

Narcisse est un connard, donc. Et la vérité éclate.
Malheureusement, Rose était ivre. Du coup… qui croire ? Narcisse qui nie tout en bloc, m’a raconté que « Rose avait eu des réactions bizarres quand il avait voulu la faire vomir », ou Rose, bourrée mais qui n’a rien à gagner à mentir ?

La confiance est détruite. Je suis en morceaux. J’en parle autour de moi. Je ne sais pas quoi faire. Pourtant, je laisse le bénéfice du doute, parce que je n’ai pas envie d’y croire, j’ai envie que ça aille bien…
Les gens me conseillent, mais je refuse de les écouter. Je me dis qu’au moins, il peut y avoir une remise à zéro des compteurs, avec tout ça. Qu’on va pouvoir parler, repartir sur de bonnes bases.

Alors on parle. Je lui dis que j’aurais besoin d’espace. Que j’aimerais qu’il prenne son appartement à lui plutôt qu’habiter dans le mien. Et en même temps, j’angoisse. Parce que la confiance est brisée, et je vois comment il fonctionne. Et je me dis que s’il a son appartement, il invitera n’importe qui pour faire n’importe quoi… Et je ne veux pas le perdre. Je l’aime, vous comprenez ? Et lui me dit qu’il m’aime… Alors nous finissons par trouver un consensus et nous mettons en quête d’un appartement pour nous deux. Un vrai chez nous, dans lequel nous pourrions nous sentir tous les deux à l’aise, parce que lui me dit ne pas se sentir chez lui.

Pendant nos recherches, je découvre qu’il m’a menti quand il m’a dit qu’il avait avoué à son ex qu’il l’avait trompée. « Par mégarde », il efface tout l’historique de son téléphone pour ne pas que je le voie. Je laisse couler. A quoi bon ?

Nous finissons par en trouver un qui ne fait pas battre mon cœur, mais qui correspond à tous les compromis que nous avons faits tous les deux. Etre en couple, c’est bien faire des compromis, non ? J’ai l’impression que c’est-ce qu’on m’a appris, alors j’en fais en tout cas.

Alors je me prépare psychologiquement à lâcher l’appartement de mes rêves, trouvé à peine deux ans plus tôt. C’est très dur. Mais je suis prête à le faire. Pour lui, pour notre couple. Le jour de la signature du bail, je fais une énorme crise d’angoisse, parce que je ne sais plus si ce que je fais est bien.
Mais je le fais quand même. Parce qu’on va être heureux. Pour notre bien.

La descente aux Enfers

La semaine qui suit la signature du bail (j’ai réussi à repousser notre emménagement à la fin de mon semestre, au 1er mai, mais nous signons en mars), j’apprends qu’il avait déjà proposé à une fille de l’embrasser alors que j’étais chez mes parents. Cette fille-là, elle, était sobre. Et elle a peur de ma réaction, peur de se faire accuser d’être une « voleuse de petit ami », alors elle n’ose pas m’en parler directement. Je l’apprends de la pire manière : par les bruits de couloir, l’amie d’un ami.

Cette fois-ci, je ne laisse plus le bénéfice du doute. Je prends Narcisse entre quatre yeux, lui expose tout. Lui dit qu’il est un lâche. Il pleure, il fait une crise d’angoisse, je le gifle. Il panique, il m’engueule, me dit que je n’ai pas à me mêler de ses affaires, mais ne parvient pas à me faire culpabiliser cette fois-ci. Nous finissons par nous battre, mon bras se coince dans la porte, ma montre neuve est cassée (mais elle permet de retenir la porte, et d’éviter des dommages directs à mon bras).
Il finit en larmes et moi je vomis mon dépit, littéralement, la tête dans les toilettes. Ambiance… Puis les choses se tassent. Nous parlons, il pleure, il me dit qu’il est nul. Il me dit qu’il a oublié, qu’il a l’impression de n’avoir rien fait de mal. Je lui dis que c’est grave… mais je me dis que l’abcès est crevé, que putain on va pouvoir repartir sur de bonnes bases… Je m’immerge dans les cours de la fac pour tenir le coup. Et puis pour valider mon semestre, surtout. Je ne suis plus du tout dans les mêmes groupes qu’au premier semestre, alors j’ai perdu tous mes amis. La chute est rude et le sentiment de solitude est très fort, tout le semestre.

Et puis en fait, non. Il n’a rien compris, l’abcès n’est pas crevé, et à nouveau tout est ma faute. Je lui réclame une pause qu’il me refuse. J’essaie de le mettre dehors, au moins une semaine, j’ai même trouvé un appartement pour lui. Il n’y va pas. Alors j’y vais. Et lui vient me voir. Il ne me laisse aucune paix. Je craque à nouveau, j’écris des horreurs en continu, partout, pour évacuer, j’essaie de communiquer avec lui par écrit mais quoi que je fasse, c’est de ma faute. Quand je pointe une chose, il y a toujours un « oui, mais toi… » Il compare l’incomparable, le fait qu’il m’ait menti avec le fait que je lui aie menti quand je faisais mon mémoire pour aller boire un café. Je lui parle de « deux poids, deux mesures ». On dirait que ça lui plait : à chaque reproche que j’essaie de lui faire, à chaque fois que j’essaie de lui faire comprendre ce qu’il a fait, il me ressort ce « deux poids, deux mesures ».
Et c’est toujours moi qui suis en tort.

Je tombe malade le mois suivant, alors que nous étions en vacances chez mes grands-parents. Je me tords dans mon lit de douleur, je ne peux rien faire. On est le lundi de Pâques, et nous passons la journée aux urgences. Au bout d’une heure et demi à attendre, il me demande si j’ai vraiment si mal. Au bout de deux heures, il me fait sentir que tout est ma faute si je suis là.
Je deviens folle. On me fait des tests, ça prend des heures. Finalement, le verdict tombe, très très tard : c’est une pyélonéphrite aigue. Et vu le taux d’infection, ça fait un moment que je me la traîne sans vouloir accepter que j’ai mal. Alors on me garde à l’hôpital. Dans le département à côté d’où j’habite et où je fais mes études. Narcisse, lui, a cours. Alors il repart en même temps que mes parents, et moi je suis seule. Tout cela tombe au moment de l’état des lieux entrant pour le nouvel appartement : Narcisse, en cours, ne peut pas le faire. Moi, je dois gérer la régie, me faire engueuler parce que je ne peux pas être présente à l’état des lieux. Et quand j’appelle Narcisse à l’aide, je me fais jeter. Parce que j’en fais un peu trop, et puis que lui il a des choses à gérer. Je culpabilise d’être coincée à l’hôpital, alors que je devrais finaliser un dossier pour le soutenir trois jours plus tard, alors que je devrais gérer l’appartement. Tous les jours, plusieurs fois par jour, je réclame de sortir. Ma perfusion me fait mal. Par chance, ma voisine de chambre est adorable et son histoire, extrêmement difficile, me fait beaucoup relativiser sur la mienne.

Finalement, ils acceptent de me laisser partir, à condition que je fasse attention à moi, que je ne fasse pas d’efforts, que je me soigne bien, en me faisant comprendre que j’aurais dû rester trois jours de plus. Mes grands-parents me reconduisent chez moi, à Lyon. Le lendemain, je vais soutenir mon dossier. Deux jours après, j’encartonne mon appartement. Et le troisième jour, c’est le grand déménagement.
Narcisse se plaint que je n’aide guère, et moi j’ai mal. Le déménagement se passe mal. Je suis triste, affreusement triste de quitter cet appartement. Pourtant, quand nous avons fini de déposer les meubles dans le nouvel appartement, et qu’enfin les choses semblent se tasser, la première vue que nous avons quand nous regardons par la fenêtre est un immense arc-en-ciel qui traverse le ciel. Tout va bien aller.

Je veux croire à ce bon présage. La fin de l’année se passe enfin, tourmentée. J’ai souvenir d’une soirée où une fille dont il parle souvent se lève pour aller aux toilettes, et alors qu’il dit « Ah oui tiens moi aussi », je le force à se rasseoir. Il le fait sans rechigner, et je culpabilise de ne pas lui faire confiance. A posteriori, c’est pourtant une des meilleures choses que j’ai dites dans cette relation.

Il me parle d’une fille dans son lycée, une « gamine ». Ils discutent beaucoup ensemble, elle l’invite à voir un concert. Il y va avec elle. Je ne suis pas jouasse.

Moi, je parle à tout le monde de mon petit ami, depuis le début. Beaucoup. Il ne fait aucun doute que je suis en couple.
Pour autant, lui a dès notre deuxième mois de couple masqué son statut « en couple » sur Facebook, et j’ai remarqué qu’il cachait de plus en plus qu’il avait une petite amie. J’ai compris que ses « potes » de lycée croient qu’ils sont ensemble. J’ai du mal à lui faire confiance. Pourtant ça commence à aller mieux, non ?

Et puis, à une énième soirée (pour la chronologie : nous sommes en juin 2014), alors que je suis très mal à cause de mes choix d’orientation (admissible au CAPES d’anglais, je suis allée une première fois dans la ville des épreuves orales pour les informations, mais je ne trouve pas la force d’aller aux épreuves. Je ne veux pas devenir enseignante. Je ne veux pas avoir mon CAPES), nous rencontrons une nouvelle fille, l’amie de Nathaniel, un des membres de notre cercle d’écriture. Appelons la Laurence. Moi, je fais une maxi crise d’angoisse, qu’il gère, pas très bien (mais il est difficile d’en vouloir à quelqu’un qui a du mal à gérer la crise d’angoisse d’un autre). Lui boude, parce qu’il aurait bien aimé discuter plus avec Laurence. Qu’à cela ne tienne : il passera la journée du lendemain avec elle.
Et moi je sens qu’il va recommencer à se passer quelque chose. Et ça me fait aller encore moins bien.

Arrive juillet et il rentre chez ses parents. Je sais qu’il passe un temps fou à discuter avec Laurence sur Skype. Il ne fait que parler d’elle. Moi je suis seule à l’appartement et j’invite des amis, souvent. Et je discute beaucoup. Ca me fait un bien fou. Et puis, il va sur ses vingt ans, alors je lui prépare un anniversaire dingue.
Je fais venir ses amis des quatre coins de la France, payant le trajet pour certains d’entre eux. J’organise un immense jeu de piste à thème, dans Lyon, totalement en secret. Je prépare une cagnotte pour son cadeau. Je prépare des déguisements, des mini-jeux, des décorations. Je mets une vingtaine de personnes dans le coup. Je stresse, un peu. C’est le plus gros coup de ma vie. J’ai vraiment envie de lui faire un cadeau d’anniversaire inoubliable, parce que je l’aime et que je tiens à lui, et que je sais ce qui lui ferait plaisir.
Ses amis sont fantastiques et m’aident beaucoup. J’hésite à inviter Laurence, parce qu’il parait qu’elle compte pour lui, mais le délai est très court. Finalement non. En revanche, j’invite une de ses amies très chères qu’il n’a pas vue depuis des années. Le jour J, il ne la reconnaîtra pratiquement pas. La journée se passe à merveille, tout s’enchaîne comme sur des roulettes. Enfin, je souffle. Plus de tensions, les gens s’amusent. Nous hébergeons ses amis et malgré le temps vraiment moche, passons un excellent moment avec eux. Pourtant, alors que j’essaie de me glisser à ses côtés, à plusieurs reprises, il me rejette. Parce que je suis trop présente. Parce qu’il ne voit pas souvent ses amis alors il aimerait bien en profiter. Il me verrait plus tard.
Je suis triste, mais je comprends l’argument. Plus tard.
Quand tous les invités sont partis, nous recommençons à nous engueuler. Je l’étouffe, alors il refuse que nous partagions le même bureau. Je finis dans le salon avec mon ordinateur, je réaménage tout mon coin. Il ne supporte pas que je fasse des commentaires quand je le vois parler avec Laurence, mais il est toujours en train de discuter avec elle, en permanence. Son téléphone affiche toujours soit des SMS soit sa session Skype avec elle — même pas besoin de fureter pour m’en rendre compte, il a toujours son téléphone à la main.

Le mois de juillet n’est qu’une succession d’engueulades, pour tout et rien, et moi qui vis mal le conflit, j’en finis par m’écraser. Et lui me dit que s’il est avec moi, c’est parce que je suis une battante, pas une fille lobotomisée. Alors je ne m’écrase pas, et je me fais écraser encore plus. J’essaie le plus possible d’inviter des gens, car quand des gens sont là, tout va bien. Enfin, mieux. Dès que les gens s’en vont, tout recommence encore et encore.
Un soir, je lui dis que j’ai l’impression que je ne suis rien, que l’on n’est rien, il me dit qu’on va sortir. Nous sortons ensemble : la sortie est un désastre. Nous ne pouvons que ressasser des souvenirs du passé. Le soir, nous tentons de parler, comme nous pouvions le faire un temps. Mais cela dure vingt minutes, vingt minutes de creux où rien ne sort, et il reçoit un coup de fil de Laurence.
Laurence est paniquée, Laurence est dépendante affective, Laurence a besoin de lui. Je laisse couler. L’abandon me serre la gorge. Ma phobie se réveille, je sais ce qui va arriver et ça me fait mal, et ça me terrorise. Parce que moi j’habite ici, maintenant, avec lui, et je l’aime et j’ai envie de passer ma vie avec lui et que tout aille bien. Même si de plus en plus j’écris que je ne l’aime pas, parce que je ne l’aime plus, mais son visage se décompose quand je lui dis que je ne l’aime plus, et le voir comme ça me rappelle combien je l’aime. Alors je tiens le coup. Jusqu’à début août.

La rupture

Nous allons passer le week-end chez mes parents, début août. J’ai l’impression que Narcisse s’entend bien avec mon père, même si je sais que ma mère ne l’encadre plus depuis quelques temps. Ca me rassure de voir qu’il s’intègre quand même à peu près bien. A la maison, il y a aussi mon cousin et sa petite amie, et ça me fait plaisir de les voir.
Laurence a prévu de visiter Lyon et Narcisse, bon ami, a promis de l’accueillir. Je me dis que c’est là le bon moment pour lui montrer que je peux lui refaire confiance. Il part de chez mes parents trois jours avant moi, pour accueillir Laurence, dont je préfère éviter la visite car les récents événements m’ont dégoûtée d’elle. Ce n’est pas tellement de sa faute à elle, mais Narcisse a tellement mal géré que je préfère m’occuper de mon côté et lui laisser cette amie sans m’immiscer.
Pourtant, le matin suivant, tout bascule. J’ai fait un cauchemar. J’ai essayé de lui écrire. Voir que je n’ai pas de message de lui m’interroge. Je commence à me douter de ce qui se passe.
Il m’appelle en panique pour me dire que Laurence a essayé de l’embrasser, qu’il voulait que je le sache. Mon cœur se serre. Très fort. Il n’est pas normal, le silence non plus n’est pas normal. Il se passe quelque chose.
Finalement, c’est un ami commun à Laurence et moi qui vient me parler. Me dire de ne pas croire Narcisse. Mais refuse de m’en dire plus.
J’abandonne les vacances tranquilles chez mes parents. Je ne suis pas tranquille. Je ne serai plus jamais tranquille. Je rue dans les brancards. Je force les gens à me parler. Je retrouve Narcisse sans même le prévenir que je rentrais.
Il m’accuse d’être rentrée. Me dis que je suis folle. Sort de l’appartement en courant. Je le suis. Je suis en rage. C’est tout ma confiance qui est détruite, il ne reste plus rien de moi. Je ne suis qu’une masse de tremblements, de douleur, d’incompréhension. Je voudrais ne pas être en train de vivre ce moment.

Je le rattrape. Et une première fois, je le frappe. Une tape derrière la tête. Puis plus fort. Toujours, derrière la tête. Et je l’insulte. Comme si j’étais incapable d’être rationnelle. Comme si tout ce que j’avais réprimé pendant presque deux ans voulait sortir. Et je me hais de le frapper mais je le hais encore plus fort que moi. Et je vais mal, tellement mal. Et je l’insulte. « Arrête de me frapper ». J’arrête. Il fait mine d’avoir peur de moi.
Je fais venir Laurence, et notre ami l’accompagne. Enfin, ENFIN, une fille a le courage de parler, alors que les autres sont venues me voir beaucoup plus tard, trop tard à chaque fois. Moins de cinq heures après m’avoir laissée chez mes parents, après un excellent week-end chez eux, Narcisse me trompait avec Laurence.
Dans mon lit.
En lui ayant fait promettre de ne rien dire.

Trop de choses qui ressurgissent, trop de similitudes avec tant de situations qui m’ont fait mal. Je n’ai plus les mots. Je refrappe. Puis j’arrête, je lâche. Je n’en peux plus. Je ne lui laisse pas le choix et je romps avec lui.
Il s’enferme dans la chambre et je ne le suis pas cette fois, je ne lui remonterai pas le moral, je ne l’aiderai pas à se lever, je ne lui dirai pas que je comprends. Je vais dormir chez Nathaniel, que je connais depuis un peu moins d’un an. Il a accueilli ma souffrance d’un coup, sans y être prêt, parce qu’il était juste là, au mauvais endroit au mauvais moment. Nathaniel paie beaucoup trop les pots cassés des autres.

Mais je dois retourner dans ce pastiche de « chez moi », cet appartement que je n’aimais pas, le territoire des rêves brisés. Le bail est à nos deux noms.
Nous décidons de vivre en colocation, sous la condition que ni l’un ni l’autre ne ramène de conquête à la maison. La période qui suit est coriace. Et moi, je me mens. Je suis soulagée de ne plus être en couple avec lui et pourtant je suis encore totalement sous son joug.
En vérité, j’espère. Je me dis qu’enfin, il va comprendre. Je parle avec lui, beaucoup. De tous mes ressentis, toute ma douleur. J’essaie de lui expliquer, de l’éduquer. Je me dis que s’il comprend, il ne me fera plus jamais mal. Alors je parle et il m’écoute, et il parle et je l’écoute.

A l’entendre, il a « oublié » ce qui s’était passé avec Laurence. Il a fait une crise en se rappelant.
Une crise après, il s’est rappelé la scène avec Rose.
Il « oublie », toujours, les mensonges. Et moi je vois ce qui se dessine. Je vois quelqu’un qui se ment à lui-même. Quelqu’un qui peut apprendre. Je vois dans le fait qu’il me parle une trace d’espoir, peut-être que quand il aura compris, peut-être qu’il sera prêt à tout avouer, tout admettre, peut-être que nous nous remettrons ensemble. Je vois qu’il a besoin d’une aide, aussi, psychologiquement. J’essaie de l’envoyer chez un psy. Parce qu’il y a définitivement quelque chose qui a raté dans son développement, parce que ce besoin d’attention et ces mensonges, ce n’est pas normal chez quelqu’un comme lui.
Alors je parle, j’éduque, et je l’aime. Mais je ne le touche plus, je le repousse, malgré ses tentatives. Et ça me coûte.

Les violences physiques s’installent. Je l’ai frappé, et lui qui au début refusait de me frapper (j’en étais venue, en crise, à lui demander de me gifler pour avoir un stimulus physique qui arrêterait la crise. Après une heure à tergiverser, il l’a fait), s’est retrouvé à avoir la baffe facile. J’ai le souvenir cuisant d’une gifle claquante sur un quai de gare après que je lui ai fait remarquer qu’il y avait toujours un gouffre entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait. Je me suis demandé si les gens sur le quai allaient réagir.
Non.

Nous devions partir en randonnée avec ses amis. J’aime beaucoup ses amis, et la perspective de la randonnée me plaisait énormément. Alors nous partons malgré tout, dans une situation pire qu’étrange, moi en état de choc mais contente de pouvoir voir les paysages et profiter de tout ça. Nous parlons beaucoup à ces moments-là, les soirs avant de partir, et j’ai l’impression de retrouver le Narcisse d’avant, celui avec qui je pouvais discuter de tout. Mais je sais que dès que je baisserai ma garde, il recommencera.
Alors je profite de ce voyage – surtout quand nous ne sommes pas dans la même voiture pour y aller.

Malheureusement, les nuits, les cauchemars reprennent le dessus. Je ne dors pas, je n’y parviens pas. En plus, il fait très froid. Toutes les nuits, je m’éloigne du camp. J’ai un peu envie de me perdre, de me laisser mourir. A quoi bon, de toute façon ? J’avais mon avenir avec lui, j’avais mon chez moi avec lui, et je n’ai plus ni chez moi ni avenir. Mes études ne m’intéressent plus, je n’aime pas mon boulot, je ne vois plus l’intérêt de tout ça. Je me sens comme une bête prisonnière, au bout du rouleau, dans une impasse. Il n’y a plus lieu d’avancer. Je suis contente d’avoir vécu jusque là.

Une nuit, il me rattrape, furieux. Je craque. Je l’insulte. Je le frappe à nouveau. Tous ses mensonges, toutes ses trahisons, ma confiance brisée, tout est mort à l’intérieur. Je n’ai plus rien. Je suis morte. Je craque. Finalement, nous trouvons un coin, et établissons un accord. S’il me prouve qu’il ne refera jamais de conneries, nous nous remettrons ensemble. Si jamais il fait la moindre connerie, je me tue. Je lui confie ma vie. Il la prend. Il promet.

Et il me demande ce qu’il doit faire. Moi, je ne parviens plus à parler, je suis vide. Dans un premier temps, je lui dis, on trouve un endroit. Et on se bat. J’ai besoin de frapper. J’ai besoin d’évacuer. J’ai besoin de te frapper, toi.

Alors nous nous battons au clair de lune, jusqu’à ce que je lui arrache un lambeau de peau du bras, jusqu’à ce qu’il me mette à terre d’un coup de genou dans le ventre. C’est comme un fight club, avec un safe word. Et je ne m’étais pas sentie aussi vivante depuis longtemps. Ce moment-là, je le sais, a créé une nouvelle relation entre nous. Et m’a fait du bien. Je n’arrive pas à l’expliquer. J’ai l’impression d’avoir dépassé un cap.

Quand nous rentrons, j’en parle à mes amis, qui sont terrorisés, affligés. Me proposent de m’héberger, de m’aider à fuir. Moi, je n’ai pas envie de lâcher. Parce qu’on va y arriver, on est dans une pente ascendante. Et puis… je l’aime toujours. Je n’ai pas envie qu’il m’abandonne.
Et en même temps je ne l’aime plus. Et une partie de moi le méprise, une autre à peur de lui. Mais principalement, je voudrais y croire. Je persévère. Et puis, c’est chez moi ici. Même si tous les soirs je m’endors en espérant que ce ne soit qu’un cauchemar. Et tous les matins je me réveille en pleurant, en ayant perdu tout le sens que je pouvais avoir, que ma vie pouvait avoir. Il n’y a aucune issue au cauchemar que je suis en train de vivre. Je déteste me réveiller.

Les jours passent. Nous reparlons. J’essaie de lui faire comprendre qu’il ne peut pas vivre une relation exclusive, pas comme il fonctionne. Il me dit que si, que lui c’est absolument tout ce qu’il souhaite, et qu’il souhaite que ce soit avec moi. Il me promet que quand il aura regagné ma confiance, il me demandera en mariage. Une fois par jour ou presque, il me demande d’être sa petite amie. Des « propositions propres pour contrebalancer notre première mise en couple ». Il m’écrit une chanson pour me reconquérir. Et moi je pleure, parce que voudrais le croire mais je sais que c’est faux, et je le hais et je l’aime. Je suis totalement dissociée. Et je souffre sans pouvoir l’exprimer. Et nous recommençons à nous engueuler. Parce que « malgré tout lui n’a jamais cessé de m’aimer ». Parce qu’il voudrait que nous nous remettions ensemble. Et je n’arrive plus à extérioriser. Alors, sur un coup de rage, je m’arrache les cheveux. Puis je prends une paire de ciseaux, les coupe et les lui jette à la figure. « Même comme ça, t’arrives à être belle. » Et je recommence à me scarifier, et ça lui fait mal, mais qu’y puis-je ? Je n’arrive plus à parler. A plusieurs reprises, je tente de me jeter du balcon. Il s’impose, devant moi, me retient physiquement.

A côté, il me flique. J’invite des amis et il surveille mes conversations, même quand j’ai la porte fermée. Il se veille à ce que personne ne s’approche trop de moi. Il surveille mes interactions avec d’autres gens. Il se logge sur mon PC (bonne poire, je lui avais laissé le mot de passe), lit mes conversations Skype, va fouiller dans ma boîte mail. Il instaure un climat de terreur pour moi. Quand je le prends sur le fait, c’est ma faute. Quand j’ai des doutes, il ne se rappelle de rien. Pour lui, « c’est toujours moi qui veux tout compliquer, qui ne veux pas aller bien ».

Le saut de l’ange
(Titre des plus ironique quand on sait que le deuxième prénom de Narcisse est Ange…)

La rentrée arrive, et j’en profite pour penser à autre chose. Pour me préserver, je me noie dans le boulot, boulot, boulot, pour avoir du fric, pour faire plaisir à ma mère, pour entrer dans la vie active et ne plus avoir le temps de cogiter, je cumule la fac et trois boulots différents.
Je passe vingt heures par semaine dans les transports en commun. Je ne mange plus. Je dors beaucoup, et quand je ne dors pas, je travaille. Je pars à 7h30 les matins, rentre à 21h30, suis à quatre endroits différents par jour. Il faut que je travaille. J’accepte toujours plus de missions, toujours plus de cours.
Et dès que nous nous croisons, nous nous engueulons. Parce que je lui en veux, parce que lui m’en veut de lui en vouloir, il « voudrait juste être heureux », il pleure, je lui dis qu’il n’est qu’un connard…

Arrive une semaine, à la mi-septembre, où je craque et je lui dis que je ne veux plus qu’on se parle de la semaine. Pour tester. Voir si ça me manque ou pas. Ca ne devrait pas me manquer.
Les trois premiers jours se passent, atroce. Mes cours de psychologie me font ressasser tout ce qui dysfonctionne chez moi. J’ouvre un fichier texte où j’écris tout ce que je voudrais lui dire mais ne peux pas. Mais je travaille, j’en tire les satisfactions que je peux, et je n’ai pas de temps pour moi. Alors ça va. Jusqu’au soir du concert d’Alestorm. 17 septembre 2014.
Je devais y aller mais j’ai décidé de prévoir autre chose : je me fais inviter à manger et une amie et revends ma place pour le concert. Je ne veux pas être dans la même salle que lui. Je ne veux pas le voir faire le malin devant d’autres filles. Parce que ce connard claque des doigts et a toutes les filles qui lui tombent entre les bras. Moi c’est un peu moins le cas.

Ce soir-là, je disjoncte. Le lendemain, je commence un nouveau boulot, une formation d’anglais pour personnes aveugles, et ça me stresse énormément. Les nouveaux boulots ça me stresse toujours, et là, c’était particulièrement difficile : je n’avais jamais enseigné à des aveugles et je n’avais pas confiance en ma méthode. Mais je voulais essayer. Je voulais être en forme. Alors je ne rentre pas trop tard de chez mon amie : je vais me coucher tôt.

Pourtant, au milieu de la nuit, je suis réveillée par sa voix, qui discute avec celle d’une fille. Je me doute de ce qui se passe.

J’entends leur conversation. Il a l’air très intéressé par le fait qu’elle ait déjà couché avec chacun de ses colocataires. Il lui parle de notre relation. Il lui dit que oui, que si j’étais prête à lui pardonner il serait prêt à m’épouser.
A l’entendre lui est le chevalier servant, et moi la femme ingrate. Parce que, vous voyez, il a fait « des écarts » et du coup je l’ai quitté.
Je pète un câble : il a ramené une fille face à qui il se pavane alors qu’il n’en avait pas le droit. Au début, je m’immisce l’air de rien, pour lui rendre un livre. Mais finalement je romps la digue du silence et demande à lui parler. On s’engueule, bien sûr. C’est ma faute, je me mêle de ce qui ne me regarde pas, il est chez lui. Il fait ce qu’il veut. Il va retrouver la fille, une « gamine », de ce qu’il me disait d’elle il y a quelques mois. Je vais finir par croire qu’il les aime, les gamines.
Je lui demande de revenir pour qu’on parle sérieusement, il essaie de m’amadouer, je disjoncte de le voir si faux, l’engueulade recommence : ils vont s’isoler dans le hall de l’immeuble pour « discuter » (probablement se rouler des palots, à moins qu’il ne lui déballe tout son charme d’homme battu et incompris).
Entre ça et le stress du lendemain, j’ai trop besoin de dormir, et je suis désespérée, et je ne veux pas être où je suis, et je ne veux pas être ce soir, ni demain.
Assise sur le rebord de la fenêtre, du haut du sixième étage, je pleure et j’hésite. Mais non, je ne peux pas me donner la mort, pas comme ça.
Alors j’ouvre la boîte de Lexomil qu’un psy m’a conseillée quand je suis allée le voir pour mon mal-être en novembre 2013, et je me tape la boîte entière. Glop, première bouchée. Glop, deuxième. Glop, troisième.
Je m’allonge, en sachant qu’au moins, il ne me réveillera plus.

Je me réveille… je ne sais plus. Ces jours-là se sont effacés de ma mémoire. Je ne me souviens que de quelques bribes qui reviennent parfois… J’oubliais, de 24h en 24h.
Il paraît que j’étais réveillée le jeudi, mais je ne m’en rappelle pas.
Il paraît que j’étais réveillée le vendredi, mais je ne m’en rappelle pas.

Ce que je sais, c’est que le mercredi où j’ai pris tous ces médocs, j’avais envoyé des appels au secours à 3h du mat, par sms à des amis, sur Facebook, sur Twitter.
Et personne n’avait pu me répondre. A 3h du matin, en même temps…

Mais le lendemain matin, à 7h, Aurore venait tambouriner à la porte pour vérifier que j’étais toujours en vie.
Et elle a trouvé Narcisse et cette fille dans la salle de bain juste à côté de ma chambre, probablement en train de fricoter d’un peu, très, près (mais à ses dire, il « nettoyait son arcade sourcilière qui avait pris un poc pendant le concert ». A 7h du matin alors qu’il était rentré depuis un moment. Sachant qu’il était trempé et que la fille était sous la douche).
Grande classe.

Moi, j’étais juste endormie. Aurore a vu que je dormais, elle est repartie.

Je suis restée un peu à l’hôpital, d’abord en intensif dont je ne me souviens d’absolument rien, puis dans l’aile psy. J’ai failli devenir complètement folle : je devais aller au boulot, il fallait que j’aille au boulot, je ne pouvais pas rater des heures de travail.
Ca revenait sans cesse dans mon discours de fille encore sous l’emprise des médicaments.
Et puis je demandais en boucle pourquoi Narcisse était un pareil connard, pourquoi il ne comprenait pas. Et je ne pouvais pas sortir. Ils me maintenaient dans ma chambre, en fait. J’étais aux urgences psychiatriques.

Finalement, mon entourage a pris la relève et a interdit à Narcisse de m’approcher, de me parler, de tenter quoi que ce soit.
Le numéro d’urgence qu’il avait donné était le sien. Il n’avait pas prévenu mes parents. C’est mon amie qui l’a fait. Ils sont arrivés en urgence. Il paraît qu’il « avait peur de se faire engueuler ». Il paraît qu’il a dit que « mes amis l’avaient agressé ». Il paraît qu’il avait « attendu, éploré, pour me voir, et n’avait pas pu me voir plus d’un quart d’heure parce que les infirmières l’ont fait sortir ».
Quand on voit l’état dans lequel il me mettait, il n’y a pas besoin de chercher très loin pour comprendre pourquoi.

Et pourtant, honnêtement, il levait le petit doigt, il marmonnait une excuse, je lui retombais dans les bras. Je l’aimais, vous savez ? Et je demandais en boucle pourquoi il était un connard, et pourquoi il ne comprenait pas.
Et lui me détruisait parce qu’il me maintenait sous son emprise tout en m’assénant saloperie sur saloperie quand je lui montrais ce qu’il avait fait. Parce que, vous comprenez, « ce n’était pas lui qui avait pris des médicaments », et « il avait bien assez de choses à gérer, il ne pouvait plus, là ».

Les choses à gérer c’étaient sans doutes celles qui bougeaient sur mon lit, sous ma couette quand mes parents sont allés récupérer des affaires à moi à l’appartement… Ou le concert auquel il a assisté le soir suivant, pas plus dérangé que ça.

Un jour, il a appelé, furieux : ma mère avait appelé la sienne, en lui disant que pour l’appartement, ce n’était pas possible, que ça ne pouvait pas continuer. Sa mère n’était au courant de rien. Il l’avait appelée pour lui dire qu’il était malade.
Honnêtement, je crois que s’il y a une personne à qui il a plus menti que moi, c’est bien sa mère. Pour « la protéger », sans doute.

Un autre jour, mon père m’a dit que Narcisse avait énoncé, cash « qu’il était hors de question qu’il se remette en couple avec moi de toute façon ». Alors qu’il m’avait dit le contraire. Furieuse, j’ai fait venir Narcisse à l’hôpital. J’ai demandé à mon père de se cacher. Quand Narcisse est arrivé, je lui ai demandé, s’il était prêt à ce qu’on se remette ensemble. Oui oui oui si je voulais bien de lui. Mon père est entré dans la pièce à ce moment-là. Narcisse est devenu violent. Je suis devenue l’hystérique qui faisait tout pour le piéger. Il ne pouvait pas compter sur moi.
Il ne comprenait pas. Jamais. Rien. Il avait « oublié ». Et tout était ma faute. Toujours.

Malgré tout j’avais le cerveau totalement lessivé… Je l’aimais à la folie, en fait, alors que je n’avais plus aucune confiance en lui, et je le haïssais du plus profond de mon cœur.

J’étais totalement disloquée. Perdue. Je ne savais plus qui j’étais. La Lia qui travaillait, la Lia qui aimait, si je n’avais plus l’un ou l’autre, je n’étais plus qu’une fine bulle de savon prête à éclater sur un simple « plop »…

Remonter la pente savonneuse

J’ai passé encore un week-end à l’hôpital. Un week-end infernal. J’ai failli devenir complètement cinglée. A ne pouvoir voir aucun psy parce que c’était le week-end alors que j’avais tellement besoin de parler, de savoir. Ma camarade de chambrée avait ses propres problèmes, mais a beaucoup ramassé à cause des miens. Nous avons parlé, beaucoup. Elle a essayé de me canalyser. Nous nous sommes promenées pour évacuer. Nous avons prié, aussi – elle était fervente chrétienne, et moi je me raccrochais à ce que je pouvais.
Et heureusement, mes amis sont venus me voir. En masse. Et m’ont raconté ce qui s’est passé, car j’oubliais tout. Il paraît que j’ai beaucoup parlé, avoué beaucoup de choses, fait preuve de peu de pudeur…
En réalité, je ne me rappelle de rien. Je dois tout aux témoignages de tous ceux qui sont venus me voir et ont accepté d’écrire ces quelques jours pour moi. Et qui sont étrangement très différents de celui de Narcisse… Quant à la fille qu’il avait ramenée, elle devait m’envoyer son témoignage, mais ne l’a jamais fait.

Enfin, le lundi, j’ai pu voir une vraie psy. Plusieurs même, je crois, mais je n’en suis pas sûre. Dans ma tête il y en avait trois…
Contrairement aux autres qui me maintenaient enfermée, elle m’a écoutée. Elle a compris que je refusais de reprendre des médicaments, quand je lui ai dit que si elle me donnait quoi que ce soit, je savais que je recommencerais. Elle a vu mon état et m’a dit qu’on allait me sortir de l’hôpital, à condition que j’accepte d’être suivie.
C’était tout ce que je demandais. Il fallait juste que j’aie un endroit où loger. J’ai squatté alternativement chez Aurore et chez Nathaniel. Ensuite, elle m’a dit de m’adresser à un foyer d’accueil psy.
J’ai eu un moment de flottement de trois semaines. Moment que Narcisse a mis à profit pour tenter de reprendre contact avec moi.
En m’accusant de ne pas lui faire confiance, en m’accusant de lui mentir quand je refusais de lui dire où j’étais.
Grâce à Aurore, j’ai coupé court à la conversation.

Début octobre, nous mettions Narcisse hors de l’appartement pour empaqueter tous mes cartons, tous mes meubles, tout déménager. Nous étions une fine équipe : tous mes amis étaient venus me donner un coup de main, et tout ça me faisait vraiment chaud au cœur. Il ne restait plus à Narcisse qu’un matelas, un sac de couchage, quelques affaires de bric et de broc et son ordinateur quand nous sommes partis. Parce que tout le reste était à moi.
Malgré tout, il a trouvé le moyen de faire traîner le moment de trouver un nouvel appartement pendant deux mois, où mes parents ont accepté de payer ma part du loyer alors que je n’y étais plus.

Après le déménagement, j’ai reçu un message affreux de Narcisse, qui m’accusait de tout son malheur d’être dans un appartement vide. Alors qu’on m’avait conseillé de laisser couler, j’ai senti la moutarde me monter au nez. Je lui ai fait un mail avec tout ce que j’en pensais. J’ai décidé de ne plus laisser couler, et de dire, tout simplement. Lui rappeler à quel point il avait agi comme un connard, et à quel point j’avais bien l’intention de ne plus me laisser me marcher sur les pieds.
Après cela, il a contacté plusieurs de mes amis pour leur demander « pourquoi j’étais si agressive envers lui ».
On se le demande.

Une semaine après, j’intégrais un foyer psychothérapique en internat. C’était… L’endroit idéal, je crois. Pour moi, à ce moment-là, en tout cas. J’ai habité là-bas deux mois. J’étais libre d’aller et venir, j’ai même pu un tout petit peu reprendre le travail (j’avais démissionné de 2 boulots sur les 3). On se retrouvait juste pour les repas de 11h30 à 14h et 18h30 à 21h30.
Ca me paraissait interminable, surtout parce que je n’aimais toujours pas manger. Alors que j’avais l’impression de ne faire que manger, tout le temps. Et il y avait le couvre-feu à 22h. J’ai perdu pas mal de vie sociale à ce moment-là, mais je crois qu’au fond ça m’a pas mal aidée à me recentrer.

J’ai raté tout mon premier semestre, du coup, mais j’ai pu le rattraper. Et ce qui est chouette, c’est qu’il y avait des psychologues tout le temps : je pouvais discuter quand je voulais avec eux, c’était formidable pour moi qui avais un tel besoin d’être écoutée.
Même la nuit, je pouvais les réveiller si ça allait mal. Et j’avais un rendez-vous psychiatrique et un rendez-vous psychothérapique par semaine. La psychologue que je voyais toutes les semaines était très bien, et je me suis prise d’affection pour une des psychologues stagiaires qui était là alors, qui a sans doute, indirectement, fait office de figure de mère le temps de mon séjour.
C’était vraiment de l’intensif, pour une période de crise… et quand bien même j’avais envie de frapper à chaque fois qu’on me disait qu’il « fallait que je me pose », ça m’a fait un bien fou.

J’y suis restée deux mois, le temps du séjour, et j’ai enchaîné avec des séances chez la psychiatre-psychothérapeute toutes les semaines, qui a accepté de me suivre en connaissant le problème.
Hélas, en sortant du foyer j’avais déjà recommencé à construire le petit masque du « je vais très bien ne vous en faites pas ». Il a fallu quelques (moindres) autres coups durs pour que je m’autorise beaucoup plus à craquer. Je rechute, parfois : je verrai comment les choses seront quand j’aurai une situation stable.

Une histoire qui finit bien… je crois ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que je m’en sors… bien. Très bien, même. Je crois que j’ai une chance exceptionnelle : celle d’avoir pu m’entourer au fil des ans de gens qui sont prêts à m’écouter, m’épauler. La deuxième, c’est peut-être celle d’avoir eu les bons déclics au bon moment — on ne chemine pas tous de la même manière et tout ça aurait pu finir beaucoup plus mal.
Enfin, certes, les déclics sont arrivés un peu tard… mais avant qu’il ne soit trop tard.

Je n’ai jamais regretté ma tentative de suicide. Mais, avancée notoire, je ne regrette plus de m’être réveillée. Bien sûr que tout aurait été beaucoup plus simple, mais quand je vois comme j’ai avancé, je crois que finalement, ça valait le coup de rester en vie encore un peu. Surtout que maintenant, j’ai une tonne de projets — résolument, je ne peux pas mourir tout de suite.

Comme je le disais sur Ask :

Je suis sortie grandie de tout ça. Pour autant, les traces restent, lourdes. J’en parle souvent.

Le stress post-traumatique

Je bataille toujours — je n’ai pas fini de batailler. Après le choc, j’ai oublié. Tout. Une suite de presque 5 mois dont j’ai effacé tout petit à petit. Mes amis m’ont rappelé des choses, j’ai retrouvé des photos, des écrits, alors je me souviens vaguement. Mais tout est flou. Cette amnésie a été un traumatisme : un temps, j’écrivais dans un journal TOUT ce que je faisais la veille pour le relire le lendemain matin. L’amnésie jour-par-jour a duré presqu’un mois. Maintenant, ça va mieux : j’ai juste oublié cette période. Si vous m’avez rencontrée entre septembre 2014 et janvier 2015, il y a de grandes chances que je ne me rappelle plus de vous. Encore maintenant, je fixe beaucoup moins bien les souvenirs qu’avant.
Les rêves perdurent, également. Je rêve naturellement de manière vivide, je ne sais pas pourquoi, il en a toujours été. Pendant des mois, j’ai revécu pendant les nuits des scènes d’avant, et encore maintenant, je me réveille avec des palpitations, une angoisse dont je mets quelques minutes (voire quelques heures dans les cas les pires) à me remettre.
Les rêves les plus durs demeurent ceux où en me réveillant, je me rappelle clairement avoir « réglé mes comptes » avec Narcisse. Dans le sang, dans la douleur. Alors je pleure et je me demande ce qu’il a fait de moi, où est mon innocence, et pourquoi je dois encore et encore et encore frapper jusque dans mes rêves…

On voit passer tellement de triggers warnings « génériques » maintenant. J’ai un trigger générique, celui de tout ce qui touche aux pervers narcissiques, comme je l’expliquais au tout début. Mes autres triggers sont autrement plus incongrus : une chanson d’Alestorm, des lieux à Lyon et ailleurs, un bruit de clés jetées sur une planche en bois, un son lancinant et trainant comme un violon qui me rappelle un ton de voix geignard que je ne pouvais plus supporter au mois d’août 2014, son nom écrit quelque part, les transports en commun…
Des manières de s’adresser à moi également : les « ma belle » par exemple, les « je suis là pour toi » ou pire, « fais-moi confiance ». Mais aussi plein d’autres termes imprévisibles, qui peuvent revenir dans la conversation de tous les jours et me faire me figer brutalement.

Ca n’est absolument pas rationnel : la sueur froide, le coeur qui bat, les hallucinations sonores et visuelles… La dissociation et la perte de repères également, l’impression de replonger, la panique d’y être encore, le besoin de mettre de la distance avec des choses qui m’étaient très proches avant, l’impossibilité de me rendre dans certains lieux…

Tout ça est encore d’actualité. Et je me bats contre, au quotidien. C’est le stress post-traumatique. Je vous en ai déjà parlé quelques fois.
Mais grâce à mon entourage, et grâce à d’autres choses. Je continue d’avancer.
On me dit que cela prend du temps. J’attends. Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre.

Attends Lia. Y a un truc que je comprends pas. Pourquoi t’es restée, pourquoi tu t’es pas barrée quand t’as réalisé que t’en pouvais plus ?

Je vous l’ai dit : je ne suis pas toute blanche dans tout ça. Vu de l’extérieur, et maintenant que j’ai fini mon témoignage, je le reconnais : les signes étaient évidents, mon épuisement aussi.
Pourtant je suis restée jusqu’au bout.
C’est un peu de ma faute, aussi, toute cette histoire : je ne sais pas d’où je sors ça, mais je me suis toujours dit que si je faisais assez d’efforts, mon couple pourrait marcher et ce malgré les pires coups durs.
Et j’y croyais, dur comme fer. Je me disais que peut-être que je ne voyais pas les efforts qu’il faisait comme lui ne voyait pas les miens. Pour moi, c’était normal. C’était comme ça qu’un couple fonctionnait.
Je rationnalisais tout en me disant « Ça va aller. C’est une question de temps. »
Je voulais y croire très fort : il n’y avait pas d’autre issue pour moi. Et puis, je me disais toujours « Il y a quand même des fois où c’était bien ». Et je m’y suis raccrochée. Pas mieux qu’une femme battue.

Les fois où j’en parlais, on me disait « Je ne sais pas comment tu as la patience. » On me disait qu’on serait parti depuis longtemps. Je me disais que si le couple survivait à ça, il survivrait à tout.

Il y a aussi le souci de l’interlocuteur privilégié. Vous savez, comme quand vous partagez tout avec votre meilleur ami, mais si vous vous engueulez, vous vous retrouvez avec plein de bêtises à dire… Mais personne à qui les raconter.
J’avais besoin de cet interlocuteur. Du lui de « quand ça va bien ». Quand on est en couple, quand on a une relation fusionnelle, on finit toujours par créer une espèce de mythologie de couple. On a nos mots-clefs, nos private jokes, tout un univers qu’il est difficile d’abandonner. Pour moi qui ai autant de mal à partir, j’avais envie de conserver cet univers pour moi. Parce qu’il existait encore, une fois sur vingt certes, mais toujours. Je ne pouvais pas me résoudre à l’abandonner. C’aurait été perdre mon dernier refuge, même s’il était illusoire.

Alors à aucun moment je n’ai réussi à lâcher prise. J’avais l’impression de voir les mécanismes à l’œuvre mais aussi de les comprendre, de savoir comment faire pour que ça aille mieux. Ce que je refusais de voir, c’était que Narcisse ne changerait pas de fonctionnement pour moi. Ca l’aurait mis en danger, après tout.

Un point sur la personne de Narcisse

Honnêtement, ce gars, si vous discutez avec lui, vous pourriez devenir potes. Facilement. Et vous pourriez l’adorer, parce qu’il est hyper sympa.
Il a l’air serviable, honnête, et il n’a aucune conscience de ce qu’il fait. Mais c’est aussi un connard fini. Soit c’est un énorme connard volontaire, soit c’est un mec qui a un énorme problème dans sa tête.
Ca ne m’empêche pas de comprendre de mieux en mieux.

Narcisse, je vous l’ai dit : c’était un peu le prince charmant improbable, celui que je n’osais espérer. Le mec parfait sur tous points : grand-beau-fort-intelligent-sensible et tutti quanti. Du genre que vous auriez du mal à refuser dans votre vie. Il avait la même phobie de l’abandon que moi, et des travers que je comprenais et qui le mettaient en mesure de comprendre les miens. On en avait passé, des heures, à discuter de nos troubles, à nous centrer l’un sur l’autre pour oublier l’extérieur !
Maintenant, je repère mieux son fonctionnement. Sans lui chercher des excuses (je l’ai bien trop fait), je comprends encore mieux les troubles et les éléments qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille chez lui.

En fait, Narcisse, c’est un prédateur. Et ses proies sont toutes des « gamines », comme il dit : des filles plus jeunes, ou alors un peu paumées. Plutôt bien fichues. Beaucoup qui ont aisément les yeux qui brillent de‎vant lui. D’autres qui lui font briller les yeux et qu’il a envie d’impressionner, aux yeux desquelles il voudrait briller.

Je crois qu’il n’existe pas, Narcisse, en fait. Ou plutôt, il n’existe qu’à travers le regard des autres. Au fond, c’est une vie terriblement triste.
Erreur dans sa construction personnelle ? Toujours est-il qu’il n’a pas grand chose « à lui », pas grand chose qui le « fait ». Terriblement influençable, extrêmement fluctuant, il s’insérait dans des cercles « qui lui correspondaient » pour qu’enfin le regard des autres se pose sur lui.

Tout pour se sentir vivant et exister, envers et contre tout, jusqu’aux pires extrêmes qu’il pouvait atteindre sans même se poser de question — mais sans parvenir à les admettre, parce que ça nuisait à sa « ligne de conduite », l’idéal qu’il voulait renvoyer aux autres.

Narcisse, c’est erreur sur erreur. C’est l’histoire d’un mec qui veut tellement renvoyer une image idéale de lui et briller qu’il s’est persuadé qu’il est cette image et qu’il n’en démordra pas, jamais : ce serait reconnaître qu’il n’existe pas en tant que personne, qu’il n’est qu’une coquille vide. D’aucuns mordraient pour moins que ça.

Et tant pis s’il entraîne d’autres personnes dans sa chute.
Pas de chance, dans cette histoire, l’autre personne, c’était moi.
Alors maintenant, je ne le prendrai plus en pitié.

La colère qui demeure

Il y avait l’incompréhension, à l’hôpital, mais maintenant j’ai compris. J’ai beaucoup cherché à excuser — un trait caractéristique, il paraît : la victime chercherait toujours des excuses au manipulateur.
Mais j’en ai assez d’être « l’ex hystérique, agressive, qui l’a jeté à cause d’une rupture trop douloureuse ».

Alors certes, il n’y a pas une seule vérité. Tout ce que je dis là est évidemment lié à mon affect — et je me doute que, vu son fonctionnement, tout ce qu’il pourrait dire de son côté serait la stricte vérité pour lui. Je me targue toutefois d’être en mesure de donner des faits réels, et non des mensonges par omission ou même des mensonges éhontés.
Pour autant… A qui la faute ?

Rétrospectivement, je m’en veux d’être tombée dans un panneau aussi évident.
Dans l’épineuse question du fou qui tue la femme volage, les débats ont lieu encore et encore pour que finalement on conclue que ce n’est la faute de personne.

J’aimerais conclure que ce n’est la faute de personne. Mais même plus d’un an après, c’est encore trop frais. Alors les choses sont claires dans ma tête.
C’est un peu ma faute. Je n’ai pas été toute blanche dans cette histoire : pas facile à vivre, trop dépendante affective, et sans doute même que je l’ai encouragé dans tout ça.
Mais n’empêche. C’est beaucoup la sienne, de faute.

J’ai hâte de m’en moquer. En attendant, je ressasse, je panique et je souffre inutilement pour quelqu’un qui n’a rien compris parce qu’il ne veut pas comprendre, parce que la remise en question serait trop dangereuse pour son intégrité, pour la cohérence de l’ego qu’il s’est construit.

Alors pour le moment, je suis encore en colère. Et je canalise cette colère comme je peux — par des activités créatrices, par l’écriture. Il paraît que l’écriture est ma manière de canaliser. C’est mon ancienne psy qui me l’a dit.

Et si je lâche cette colère, je commence à culpabiliser. Parce que j’en fais trop, vous savez. Je me montre victime alors qu’il n’avait juste rien compris, qu’il n’y était pour rien…
On culpabilise toujours dans ce genre de cas.

J’ai beaucoup culpabilisé en écrivant cet article. Il m’a coûté de l’écrire. Je l’ai commencé le 1er novembre à minuit, et chaque mot a été arraché à mes doigts. Il m’a fait brasser dans des choses que j’aurais préféré oublier. Et les articles suivants sur ce thème risquent d’être dans sa continuité. Il me faudra du temps pour m’atteler à la tâche, d’ailleurs.
Pour autant, je suis contente d’avoir écrit. Parce qu’il était important qu’enfin, j’en parle de manière officielle. Pas pour me plaindre, mais pour présenter les choses, une bonne fois pour toutes.
Et ne plus avoir à le refaire.

Je sais que Narcisse est là, dans la nature, qu’il est dans des cercles qui sont communs aux miens. Qu’il s’implique dans des milieux féministes – la bonne blague – et littéraires. Des communautés de jeunes écrivains. Des endroits où j’ai peur d’aller car je ne veux plus jamais le recroiser.
Je ne sais pas ce que je ferais si je le recroisais. Je me dis qu’il faudrait que je fasse ce qui serait le pire, pour lui. Faire comme s’il n’existait pas. L’ignorer, le snobber. Le mettre face à sa transparence, à son caractère insipide.
Car tant qu’il n’aura pas compris, c’est ce qu’il restera. Une personne transparente.
Hélas, une personne également profondément toxique et nocive pour tous ceux qui l’approcheront de trop près. Tous ceux sur l’attention de qui il pourra compter. Alors j’écris, en conservant l’anonymat. Je ne veux pas afficher. Je veux juste avertir. Et j’espère que mon entourage saura distinguer le vrai du faux.
Soyez sur vos gardes. « Mon » Narcisse traîne toujours. Mais je n’ose pas imaginer combien d’autres rôdent également.
Alors tentez de faire un pas sur le côté, de regarder les choses différemment. Parfois, un Narcisse peut même se cacher dans votre cœur, dans votre fonctionnement. Je pense qu’en d’autres circonstances, avec mes ratées de construction personnelle, j’aurais pu devenir une Narcisse moi-même.

Alors si vous vous apercevez que vous vivez pour les autres… Si vous vous rendez compte qu’il vous faut à tout prix un regard pour exister…
Et surtout, si vous vous apercevez que trop souvent, vous avez abandonné quelque chose qui vous tenait à cœur pour quelqu’un qui ne le méritait pas…

Dites non.
Le premier non est le plus difficile.
Dites juste : non. Et partez.

La vie vaut la peine d’être vécue, hors des griffes de ceux qui voudraient nous la voler parce qu’ils n’en ont pas pour eux.

Un point sur l’écriture : Projet Bradbury, NaNoWriMo, le blog…

A seulement quelques jours du lancement du NaNoWriMo, après une grosse pause dans les articles consacrés à l’écriture, il serait grand temps de faire un point.

Maintenant que mon site a été intégralement retapé (même s’il me reste encore beaucoup de choses à remplir pour qu’il soit enfin complet), j’ai mis à jour hier la page de mon Projet Bradbury avec toutes les nouvelles que je n’avais pas postées au fur et à mesure.
Je n’ai pu que constater l’étendue du désastre : j’en suis à 19 nouvelles, alors que je devrais en être à 44. Dans les 8 ou 9 semaines qui nous séparent de la fin de l’année (déjà ? J’ai l’impression que 2015 est passée à toute allure…), il faudrait que j’écrive 33 nouvelles pour rattraper mon retard. Ce n’est pas insurmontable, bien sûr, tant qu’on ne me demande pas de toutes les relire ou les retravailler au fur et à mesure. Malgré tout, c’est compliqué, et quand bien même je le ferais, l’intérêt serait moindre : l’idée de base était quand même de me fixer des temps d’écriture réguliers pour réussir le défi.
Il ne me reste plus qu’à réessayer l’année prochaine — je le ferai sans doute.

Pour autant, je ne regrette pas un instant d’avoir tenté le coup. Tout comme le NaNoWriMo, le Projet Bradbury était un défi personnel, un marathon. Et chaque nouvelle écrite est une nouvelle en plus pour moi qui n’en écris d’habitude qu’une ou deux par an. En quelques mois, j’ai retrouvé pourquoi j’aimais réellement l’écriture. Je suis désormais à l’aise avec mon « jardinage », mes nouvelles écrites à l’ordinateur avec des vrais bouts de phrases pas finies, laissées en plan n’importe où pendant que j’écris ailleurs, pour revenir tout au début du texte, sauter en bas de la page le temps d’écrire la phrase finale, et faire du remplissage jusqu’à compléter l’histoire… Mais je suis également plus à l’aise avec le fait d’écrire avec papier et crayon au fil de la plume, sans trop savoir où je vais mais sans rien effacer, une faculté que j’avais perdue depuis mes études littéraires.
A trop étudier les effets de style, on dirait bien que j’avais fini par oublier à quel point il était important de ne pas sur-réfléchir chaque phrase pour le premier jet. Rien que pour ça, et malgré mes 33 nouvelles de retard, le Projet Bradbury de cette année a été un immense pas en avant.

En plus, grâce à la relecture fréquente que Rain a faite de mes textes, et moi des siens, j’ai appris à distinguer les points qui alourdissaient un texte, les points qui le rendaient plus fluide, et surtout, globalement, ce qui différenciait un « texte qui marche » d’un « texte qui retombe comme un soufflé ». Et ça se ressent à la lecture de tout ce que j’ai pu écrire ces derniers temps : on voit l’évolution entre janvier et maintenant.

Cela fait depuis 2012 que je tente de « renouer avec l’écriture ». Après 2006 et le début de toutes mes grosses galères psychologiques, je n’avais pratiquement plus écrit que pour évacuer mes trop plein, sans aucune portée narrative. A chaque fois que je tentais de retourner à l’écriture, cela finissait immanquablement en introspection pseudo-narrative plus ou moins dégueulasse.
On dirait bien que 2015, enfin, a été l’année qui m’a permis de retrouver les vraies joies du récit fictif… J’ai retrouvé le bonheur de l’écriture pas forcément pompeuse, ni académique, ni centrée sur moi-même (malgré les 50 000 mots de #LiaEnScandinavie, qui n’ont pas définitivement pas été les plus épanouissants que j’ai écrits cette année, même s’ils constituent un sacré achèvement personnel). Par exemple, un projet comme celui que j’ai lancé pour le Ray’s Day aurait été inimaginable il y a un an ou deux. Cette année, non seulement il a été réalisé, mais en plus j’y ai pris un plaisir fou.

Alors cette fois-ci, j’attaque le NaNoWriMo bien plus sereinement que toutes les fois précédentes : j’ai atteint les 50 000 mots l’an passé, j’y parviendrai cette année. Je suis toujours angoissée par la responsabilité de gérer une région, mais l’auteur en moi, elle, sait que tout va bien se passer. Et que même si je ne fais pas 50 000 mots, chaque mot écrit sera un mot de plus.
Et puis, cette année, je ne vais pas me poser des attentes impossibles ou partir dans un roman ultracomplexe au plan foireux. Je me lance dans une NaNo-rebellion des familles, avec au programme plein de petites réjouissances.

Tout d’abord, la rédaction du jeu de rôle Archéonirie, qui me trotte dans la tête depuis juin dernier. J’en ai déjà pas mal parlé autour de moi, j’ai pu recueillir plusieurs points de vue sur les mécanismes et en tirer quelques idées qui devraient bien fonctionner une fois l’univers posé et aussi stable qu’il peut l’être. Mais cela risque bien de ne pas dépasser les quinze ou vingt mille mots.
Ensuite, une série d’articles de blog, afin de tenter de prendre l’habitude de poster plus régulièrement. La plupart des articles suivront le thème « Exorciser ses démons » : ça parlera de Narcisse, mais pas que, et j’espère que ça m’aidera à continuer à avancer. On ne se débarasse pas de l’écriture-introspection si facilement. Mais d’autres seront moins personnels : cela fait longtemps que j’ai envie de vous parler de mes coups de coeur culturels, et il est grand temps que je prenne l’habitude d’écrire à leur sujet ! Alors si le NaNoWriMo peut me forcer à être plus régulière dans le post de blog, autant en profiter. Même si ce ne sont pas des romans. (Je ne me sens pas encore prête pour un roman, de toute façon. Il faut que je mette des points finaux à d’autres choses avant. Mais j’ai hâte de m’y mettre, vraiment hâte, maintenant.)
Enfin, des nouvelles à foison pour essayer de sauver la face avec mon Projet Bradbury. Je ne prétends pas atteindre les 52 nouvelles en tout, mais si je pouvais en faire au moins 30 que je retravaillerai pour tenter de les envoyer à des appels à textes, j’en serais très satisfaite. Les publications c’est comme les tatouages : quand on le fait une fois, on n’a qu’une envie, recommencer…

Le tout va être de ne pas faire comme #LiaEnScandinavie (dont la plupart des chapitres ont été écrits entre 1h et 5h du matin) ou comme le Projet Bradbury et mon rythme d’écriture erratique : il va falloir que je me trouve vraiment une régularité d’écriture. Et ça, grâce à tout le chemin que j’ai déjà fait, je pense que ça ne peut pas être si difficile. Si ? Novembre nous le dira : il sonne comme un mois d’aventure, grâce au NaNoWriMo, et grâce à la nouvelle vie qui s’annonce et dont j’aurai sans doute beaucoup à vous dire plus tard.

Bref : tout reste à écrire… et tout ça me met en joie comme jamais.

#LiaEnScandinavie, interlude 2 : Le Ray’s Day, ou « un univers facile, étape par étape »

A la transition entre Suède et Finlande, je vous propose un deuxième petit interlude écriture, cette fois-ci consacré au Ray’s Day !
Comme je dois m’éloigner un peu de l’internet cette fin de semaine, j’étalerai donc cet interlude entre aujourd’hui et dimanche. Un Ray’s Day sur 5 jours, c’est pas si mal, non ?

Voilà comment ça va se passer :
Jour 1. Descriptif de la création du monde (ci-dessous)
Jour 2. « Des nouvelles de l’extérieur », première nouvelle longue
Jour 3. « Taillefeu », deuxième nouvelle longue
Jour 4. Première partie des 13 mini-nouvelles envoyées par cartes postales
Jour 5. Deuxième partie des 13 mini nouvelles envoyées par cartes postales

Vous êtes prêts ? C’est parti pour le jour 1, à savoir la genèse de tout ce joli bazar.

Tout d’abord, rappelez-vous : avant de partir, j’ai annoncé que je participerais au Ray’s Day et enverrais une carte postale avec une mini-nouvelle à quiconque me donnait son adresse.

La veille au soir, j’avais une petite dizaine de demandes. Rien d’insurmontable. J’ai commencé à en parler un peu avec Rain, chez qui j’ai squatté avant de prendre mon train par souci de proximité géographique.
Je ne sais plus comment nous en sommes venus à l’histoire de Nathaniel Taillefeu, explorateur poltron, mais l’idée me plaisait beaucoup et lui semblait plus que dubitatif. A ce moment-là, j’ai donc pris le pari de lui raconter l’histoire de Nathaniel Taillefeu en lui envoyant une carte postale à chaque étape où je pourrais (cinq en tout).
J’ai alors commencé à visualiser un explorateur spatial, d’une parce que Rain est très branché exploration spatiale, de deux parce que ça me faisait penser aux Chroniques Martiennes et que c’était très adapté à mon goût. C’est à partir de là que j’ai commencé à évaluer les possibilités de faire toutes mes nouvelles indépendantes les unes des autres, mais dans un même univers, avec une trame spatiale.
Bon, ça impliquait juste de créer un univers complet en moins de dix jours. Ca ne pouvait pas être si difficile, si ?

J’ai cogité la chose, puis me suis attelée à la tâche dès le premier voyage en train. En arrivant à Lille, j’avais déjà une bonne base : un début pour Nathaniel Taillefeu, qui, vu la chaleur ambiante, avait décidé qu’il n’aimait pas le soleil. J’ai brodé à partir de là.

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La première partie de Taillefeu (spoilers!), écrite donc dans le train entre Paris et Lille.

Ensuite, j’ai décidé qu’il allait se passer des trucs, donc j’ai écrit n’importe quoi en vrac. Je fais partie de ces gens qui « jardinent » quand ils écrivent : plein de texte, plein de texte, et après on élague et on fait des ponts entre les morceaux écrits à la base.
Du coup, ça a donné ça.

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Tout commencer, rien finir, ne garder que ce qui est intéressant.

LE truc intéressant, dans ces bouts de texte jetés au hasard, c’est une idée de tour qui deviendra centrale. A la base, j’ai eu l’image de quelqu’un qui regardait les planètes s’éloigner les unes des autres du haut d’une tour qui défiait les lois de la physique. Ensuite, j’ai cherché comment rendre ça plausible. J’ai eu la notion d’ « Ere astrale » dans la tête très rapidement, juste parce que ça sonnait bien.

A partir de là, j’ai fait un plan mettant en scène la Tour à différentes étapes de l’évolution de la vie sur Terre.

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Et ça a donné la page de droite (celle de gauche étant issue de l’étape précédente)

Déjà, j’avais une chronologie, des points de repères, et des événements de fond. Il ne me restait plus qu’à mettre des personnages et des situations plus précises qui découlaient de la trame générale.
Une Tour, elle se décide, elle se construit, elle s’inaugure, elle sert de phare, elle se détruit…

Et puis, dans l’avion, j’ai eu l’idée d’une misanthrope qui se serait fait construire un hôtel particulier dans les airs. « Des nouvelles de l’extérieur » était née. La nouvelle n’a pas pris longtemps à écrire : un vol Paris-Stockholm. C’est alors que je me suis dit que j’allais essayer de faire des personnages qui se recoupaient parfois. J’ai décidé de garder Mina.

Dans le train pour Falun, Nathaniel Taillefeu a ensuite continué son voyage sans que je sache trop bien ce que j’allais en faire ; à Falun, des cartes postales avec des gros tournesols dessus m’ont donné des idées : Iris s’est pointée très rapidement.

J’ai gardé tout ça en tête et en ai parlé régulièrement avec Hime, tout au long du voyage. Le simple fait d’en parler m’a aidée à établir des liens entre tous les personnages, même s’ils n’étaient clairement pas tous de la même époque. La Tour, les Souterrains, l’Exploration… Tout s’est mis en place petit à petit. Mais cela restait encore un peu dans ma tête.

 

Vous l’aurez compris en me lisant : j’ai passé beaucoup de temps à écrire. Enfin, « beaucoup »… c’était ma manière à moi de faire une pause, d’avoir quelque chose qui me permette de contraster un peu avec des quotidiens de « courir partout, en voir et faire le plus possible ». Un peu comme quand je prenais le temps de tweeter… J’étais installée à un endroit, et je me concentrais sur une seule tâche : soit la communication vers les proches et moins proches (Twitter), soit un temps pour me retrouver un peu moi (l’écriture). La plupart du temps, pendant que je faisais ça, Hime, elle, lisait. En Suède, j’ai surtout écrit des cartes postales aux amis, à la famille. J’ai seulement complété trois nouvelles : Catching the Transmission, au fil de la machine à écrire, Des nouvelles de l’extérieur, avec Mina, et Taillefeu, l’histoire de Nathaniel Taillefeu, donc. Tout le reste est resté dans ma tête.
En arrivant en Finlande, j’ai décidé de calmer un peu le rythme et me suis donc octroyé plus de temps pour écrire. C’est à ce moment là que j’ai pu compléter les cartes postales à mes amis/famille, et commencer à élaborer mes nouvelles de manière plus précise.

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(N’agrandissez pas si vous ne voulez pas de spoilers) Mon plan ressemblait donc à ça : une date d’une période, un nom de personnage, un événement plus ou moins lié à la Tour ou au changement de période. De quoi poser un petit univers, quoi…

Une fois ces bases enfin clairement posées, j’ai pu rédiger mes nouvelles. J’ai écrit un peu n’importe où : au bord de la mer, dans la salle commune de l’auberge de jeunesse, dans un café, sur une colline, dans mon lit avant de dormir… Chaque fois que j’avais besoin de me poser un quart d’heure, j’écrivais. Pour chaque nouvelle ou presque, j’ai d’abord écrit la phrase de début, puis la phrase de fin, et rempli le milieu ensuite. Sur des textes aussi courts, ça ne posait pas trop de problème.

Au final, j’ai donc pu compléter treize mini-nouvelles, parfois un peu similaires (pas facile de faire treize textes totalement différents en si peu de temps, surtout vu les contraintes de longueur et d’univers que je m’étais posées…) et deux nouvelles plus longues (dont une écrite comme un feuilleton en cinq épisodes) dans cet univers. Je ne sais pas si je m’en resservirai un jour, mais j’aime bien cette Tour, alors je la garde dans un coin.

Et je la prête à qui veut, bien sûr.

Voilà pour la Genèse de cette petite « saga de la Tour ». Une saga qui n’a donc rien de révolutionnaire dans le monde de la science-fiction, mais qui m’aura permis de renouer avec l’écriture « au fil de la plume » et de ponctuer un voyage qui m’en a déjà mis plein les yeux avec de quoi rêver d’autres horizons. Je crois que je recommencerai à écrire en voyage : en fait, ça fonctionne très, très bien pour moi.

Vous avez désormais accès à tous les textes. J’espère que vous aimerez lire les différents textes écrits autour de la Tour et rencontrer tous les personnages que je viens de mentionner !
Et si cela vous dit, vous pouvez aussi jeter un oeil aux autres participations au Ray’s Day !

Bonne lecture !

#LiaEnScandinavie, interlude 1 : Catching the Transmission

Etant donné que le rythme de parution devient difficilement soutenable, notamment à cause de certains aléas de la vie qui me privent parfois du temps d’écriture que j’avais prévu, j’ai pris la décision de m’octroyer deux interludes dans la rédaction de ces carnets de voyage.

Pour autant, je ne vous laisserai pas sans lecture ! Je vous propose donc de partager ce que j’ai écrit durant le voyage.

Hier, je parlais de « gueule de bois Falunesque ». Pour aider à la digérer, je vous poste aujourd’hui le texte que j’ai écrit sur la machine à écrire de notre hôte de couchsurfing, S. Il m’a par la suite envoyé un message pour lui dire qu’elle lui avait beaucoup plu, lui avait fait penser à 1984 (après tout, je n’écris que de l’anticipation en ce moment, alors c’est un plutôt beau compliment…), et m’a proposé le titre « Catching the Transmission », librement traduit en « Intercepter la transmission ».

Vous trouverez donc ici la version originale, restée intouchée. (Je n’ai corrigé que les fautes d’orthographe.)
Et pour les non-anglophones, ici, la version traduite (avec quelques retouches ici et là.)

Bonne lecture, merci beaucoup d’être au rendez-vous à chaque chapitre, et à demain pour le chapitre 10 !

#LiaEnScandinavie, avant d’embarquer : Le Ray’s Day 2015

A l’aube pluvieuse de mon départ pour la Suède, il est l’heure de dépoussiérer un peu le blog pour un nouvel article.

 (Je ne poste résolument pas assez. J’aimerais promettre que je corrigerai ça, mais je n’y crois pas trop moi-même. Il faut croire que c’est un rythme qui me convient !)

 

 Tout d’abord, le Ray’s Day, qu’est-ce que c’est ?

J’opte pour la solution de facilité (ne m’en voulez pas, je décolle bientôt) en vous renvoyant vers la page du Ray’s Day pour en savoir plus ! ‎‎

‎Maintenant, pourquoi faire le Ray’s Day ?

Plein de raisons, pour moi. Déjà, ceux qui me connaissent d’un peu près savent que Ray Bradbury, j’aime d’amour sa philosophie d’écriture et ses oeuvres. Lui rendre hommage, c’est un must. (Pas pour rien non plus que j’ai sauté à pieds joints dans le Projet Bradbury, dont la page n’est toujours pas à jour d’ailleurs)

Et puis, le Ray’s Day, c’est aussi un événement culturel chouette qui colle bien à ma vision des choses : passion de la lecture, partage littéraire, célébration des mots…‎

Alors cette année, c’est décidé, je participe.
Problème logistique : le jour du Ray’s Day, je serai perdue en Suède, probablement à Stockholm sauf changement de plan, sans ordinateur et potentiellement sans accès Internet. Ça rendait une participation numérique assez complexe ; j’aurais pu programmer quelque chose à l’avance, mais au niveau timing, c’était délicat. (Et je n’étais pas à l’aise avec ça.)

J’ai donc cherché quelque chose de plus proche de mon mode de fonctionnement.

J’ai envisagé un premier temps d’envoyer un exemplaire de Fahrenheit 451 à toute personne qui ne l’a pas lu et manifesterait l’envie de le lire ce jour-là mais 1. logistiquement c’était encore plus compliqué qu’une nouvelle numérique et 2. de toute façon, c’est quelque chose que je fais déjà tout le reste de l’année, même si de manière moins étendue. Pas assez original ni en accord avec ma vision de l’événement : j’aurais partagé la prose de Bradbury, dont les textes ont été certes fondateurs pour moi, mais je n’aurais pas participé vraiment en tant qu’auteur.

Finalement, l’idée a frappé pendant que je faisais la liste mentale de tous ceux à qui je souhaitais envoyer une carte postale.

La carte postale, c’est le support idéal : elle restreint quand même son texte à un tout petit nombre de caractères, me forçant à tenter un exercice de style auquel je ne m’adonne pas assez souvent.

(J’avoue que la « semaine du drabble » de Rain qui lui a permis de pondre 11 textes en moins de 10 jours m’a un peu inspirée.)

Et puis une carte postale c’est chaleureux. C’est personnalisé. Je peux m’impliquer dedans, et c’est important pour moi. Ça fait partie du partage, après tout. Enfin, dans tous les cas, c’est ma philosophie.

 

Voilà donc ma proposition : tous ceux (on m’a posé la question donc je confirme : oui, tous sans limite de nombre) qui m’envoient leur adresse postale soit par DM sur Twitter, soit par MP sur Facebook, soit par e-mail à lia[point]mornelda[at]gmail[point]com recevront une carte postale sur laquelle j’aurai écrit une micro-nouvelle.

(Si vous me contactez par e-mail, précisez votre pseudo sur Facebook ou Twitter !)

 

Pour ceux frileux à l’idée de donner leur adresse postale (ce qui serait entendable), je propose de me donner une adresse e-mail et je tenterai des cartes postales numériques qui arriveront cependant en retard, étant donné que je ne suis pas sûre d’avoir du réseau le jour même.

Afin d’être certaine de pouvoir avoir le temps de récupérer toutes vos adresses, je vous laisse donc jusqu’au 17 août à 20h (dernier moment où je suis à peu près sûre de pouvoir trouver un wifi) pour m’envoyer vos adresses et recevoir une micro-nouvelle 🙂

Ce sera un Ray’s Day avec un petit décalage, forcément, dont la durée dépendra surtout des performances de la Poste.*

J’ai hâte de me lancer dans ce projet fort motivant (et un peu la pression, j’avoue). J’espère que vos nouvelles vous plairont, et surtout : joyeux Ray’s Day et bonne lecture à tous !

(Et pardon d’avance à tous ceux qui auront à décrypter mes pattes de mouche ! 🙂 )

Et vous, vous faites quoi pour le Ray’s Day ? ‎

*Rappelons que je suis un peu poissarde pour tout ce qui touche à la Poste. Cette expédition de cartes postales va aussi être un moyen de voir combien arriveront sur la cinquantaine que je me retrouverai à envoyer. J’espère que toutes celles que j’écrirai pour le Ray’s Day arriveront tout de même ! ‎

Le match d’écriture des Imaginales 2015 ou la méthodologie de l’urgence.

Imaginales 2015 : ma première visite de ce festival dont la réputation n’est plus à faire. J’ai passé trois jours absolument incroyables et j’aurais bien mille et mille retours à écrire… mais cela prendrait beaucoup de temps et j’ai un peu peur de me perdre.

Je préfère donc me concentrer sur le point qui m’avait convaincue de venir en premier lieu : le match d’écriture.

Un petit historique pour mieux comprendre : les 6, 7 et 8 mars derniers, la ville de Meyzieu accueillait le deuxième festival des Oniriques. Parmi les participants, le club Présences d’Esprits, qui organisait le vendredi après-midi un match d’écriture.

Intriguée par le concept, je m’étais inscrite, en équipe avec Rain et Vestrit. Notre nom d’équipe, choisi un peu sur le tas, représentait finalement bien nos racines NaNoLyonnaitesques, puisque nous étions les Torthéières.

Finalement, même si nous nous en étions bien tirés (Vestrit avait eu les faveurs du jury toutes catégories confondues avec Inspiration – cliquez sur le bon onglet pour lire – une nouvelle particulièrement déjantée, et j’étais de mon côté sortie favorite du public dans mon thème « Le dernier ordinateur » avec Un Bip au crépuscule, que je retravaillerai un jour…)

L’expérience a été ultra-enrichissante et le festival aussi, d’ailleurs : j’en suis ressortie avec une motivation nouvelle, plein de bonnes idées, et la promesse faite de me rendre aux Imaginales, deux mois et demi après, pour renouveler l’expérience du match d’écriture et retrouver des gens que j’avais rencontrés.

Chose promise, chose due : un airBnB, des covoiturages, et en route pour les Imaginales.

Premier exemple de la méthodologie de l’urgence : attends la dernière minute pour organiser ton voyage. Tu peux t’en tirer avec des choses à vraiment pas cher, si, si. Et puis comme ça tu peux négocier jusqu’au dernier moment « J’y vais, j’y vais pas, oui mais, non mais »… Bref. L’organisation spontanée, il n’y a que ça de vrai.

On en arrive donc aux Imaginales. Super festival, superbes rencontres, immenses coups de coeur (mentions spéciales à Marion et Magali de Griffe d’Encre, Sylvie Lainé, et Solenne Pourbaix et Poin-poin, et Raphaël « nom-à-coucher-dehors » Granier de Cassagnac), et le fameux match d’écriture.

Alors. Un match d’écriture, c’est quoi ?

1. Un exercice pour écrivains 100% masochistes
2. Des équipes de 3 personnes, 3 thèmes imbuvables tirés au sort, 1h30 pour rédiger un texte complet sur le thème, ni plus, ni moins.
3. La possibilité de prendre une contrainte de circonstance (temps/lieu) et une contrainte d’objet/personnage à inclure dans le texte, pour obtenir 15 mn de rédaction supplémentaire par contrainte.

Si vous voulez en savoir plus, Présences d’Esprits en a fait une description plus précise ici. Ca sonne bien, hein ?

En vrai, pour moi, c’est l’éclate. J’adore ça. Ce n’est un secret pour personne qui me connaît un tant soit peu : je bosse particulièrement bien sous la pression horaire. En fait, même, j’ai souvent besoin d’une contrainte horaire pour pondre un truc complet / de qualité. Souvent, je m’impose des contraintes.

Alors un cadre pareil, pour écrire, c’est le pied.

En mars dernier, je découvrais l’exercice. Pour rappel, voilà les thèmes et contraintes que mon équipe a tirés :

– « Le dernier ordinateur », avec pour contraintes « la nuit du solstice » et « une machine à désendoctriner »
– « Qui a appuyé sur le bouton rouge ? », avec pour contraintes « un parchemin intouchable » et « une métamorphose »
– « Principe de précaution anté-natal », avec pour contraintes « une prison sans porte » et « une bombe psychédélique » (non, vraiment : lisez le texte de Vestrit, Inspiration. Elle mérite une médaille pour s’en être sortie aussi habilement).

Le tout en 1h30, moins les obligatoires 8 minutes de réflexion « sans toucher le clavier », plus 30 minutes grâce aux contraintes.

Je me rappelle avoir beaucoup cafouillé, commencé à taper n’importe quoi comme ça venait, dans le désordre, avoir trouvé une idée pour la fin…

Je suis quelqu’un qui n’est pas très organisé dans son écriture. C’est valable pour tous les textes : je suis incapable d’écrire totalement au fil de la plume, de faire les choses chronologiquement. Souvent, les phrases s’imposent à moi, et je les écris. Souvent aussi, la fin débarque alors que je ne suis qu’à deux lignes du début, et je l’écris à la suite. J’exploite et sur-exploite la formidable possibilité qu’offrent les traitements de textes de couper, coller, comme si j’écrivais sur un tas de post-its que je passais mon temps à ré-organiser. Je suis de ceux qu’on appelle les jardiniers : je pose tout sur le papier, puis je taille dans le tas, je fais une bouture ici, je replante là, et j’organise mon texte au petit bonheur la chance, comme ça vient. Et une fois que j’ai un squelette de texte, je remplis les trous. (Bon des fois il y a des ratées, j’oublie de remplir et il manque des bouts de phrases ici ou là. Si vous avez l’habitude de me lire, vous avez sans doute eu l’occasion de le remarquer…)

Bref, en mars dernier, j’avais écrit tout ce qui me passait par la tête dans le désordre, beaucoup trainaillé, activement participé au vidage des assiettes de gâteaux sur la table, tweeté un peu, et fini par trouver une ligne directrice pour mon texte, un effet de style que je voulais utiliser, pour boucler tout juste à la fin des 2h, sans possibilité de relecture.

Ma méthode avait fonctionné : j’avais à la fin du match un texte qui tenait debout (j’ai pour habitude de relire mes passages avant de les remettre en ordre, donc il n’y avait que peu de fautes et trous), dont j’étais assez fière finalement, même s’il transpirait Asimov par tous les points à mon goût. Ma seule déception avait été de ne pas avoir pu relire, faute d’avoir pu gérer mon temps comme il fallait.

Ensuite, il y a eu les 24h de la nouvelle, où j’ai cette fois-ci affiné ma méthode d’écriture (tout en ne gérant absolument pas mon temps et en bouclant, comme d’habitude, au dernier moment, mais avec relecture tout de même), et dont les retours m’ont permis de réaliser que mon style commençait à fonctionner. Soulagement et impression d’avancer, petit à petit… Je commence à me dire que je vais retaper mes textes, commencer à répondre à des AT, et dans la folie, je me lance même dans la mare de CoCyclics. (Gasp !)

Maintenant, place au match d’écriture des Imaginales. Cette fois-ci, je connais l’exercice, je sais mieux comment je fonctionne, j’ai un peu plus confiance… Mais je connais aussi quelques-uns de mes adversaires. Entre certains contre qui j’avais déjà concouru en mars, les vainqueurs de l’an passé, et les professionnels (parmi lesquels des auteurs devant lesquels je me sens toute petite, petite, petite…), ne nous mentons pas : je n’en mène pas large.

En vrai, je me mets même une pression monstre. Mais le moment des thèmes tirés, la machine habituelle se met en place. Au fond, un match d’écriture, c’est un peu YOLO, non ? Et on est tous dans la même galère. Surtout avec les thèmes qu’on se tape.

Petit rappel :
– « J’ai avalé un trou ! »
– « Mon univers grandit de seconde en seconde… je crois ? »
– « La planète aux idées perdues »

Pas facile de se mettre d’accord sur quel thème choisir : ils sont tous aussi casse-gueule les uns que les autres. Finalement, une idée se pointe et je me lance dans le premier. Rain prend le deuxième, Vestrit le troisième, et comme nous sommes joueurs, nous sommes le seul groupe à choisir tous de piocher deux contraintes :
– pour moi, « à la mort de l’Empereur » et « une brume vengeresse »
– pour Rain, « l’action se déroule sur 5 ans » et « un caisson de dessication »
– pour Vestrit, « une télévision satanique » et « l’action se passe la nuit »

Le tout, en un total de 2h. Pendant les 8 minutes sans clavier, nous nous pitchons nos idées. La mienne est assez claire, j’imagine tout de suite le trou-dans-le-mur vivant (initialement réminiscences, je l’avoue, de longues parties de King’s Quest VI à râler après l’étrange animal, je finis par me l’approprier totalement), d’autant que j’avais oublié mon Poui au B&B et que j’avais donc fait le serment de l’intégrer à mon texte. Vestrit me prévient que mon univers est riche et peut-être un peu ambitieux, mais tant pis, je me lance dans la bataille avec la confiance typique de l’inconsciente.

J’effectue à nouveau mon travail de jardinier : écrire, laisser des trous, déplacer des paragraphes, poser la phrase de fin, relire des paragraphes, combler des trous, relire le début, relire la fin, écrire le milieu, déplacer encore des morceaux… Le texte est difficile à pondre et je ne suis pas satisfaite du plot. Pourtant, je suis contente de ma méthode, et du déroulement. J’ai l’impression que je n’ai pas fait trop d’incohérences temporelles, et que j’ai su gérer mon temps : en relisant partie par partie, en faisant attention à poser des limites, en prenant même le temps pour une ultime relecture du texte entier. Au final, mon récit est assez abouti et autant je n’en apprécie pas l’histoire, autant je suis vraiment fière de la manière dont j’ai su gérer son écriture. J’ai l’impression d’avoir pris le coup.

C’est la remarque que je fais à Rain à la fin. Il a l’habitude de me relire et a vu mon style évoluer ; il me rassure sur le fait que ça reste un texte écrit en deux heures. (Oui mais je suis, rappelons le, quelqu’un qui a tendance à pondre ses nouvelles d’une traite en rarement plus de deux heures, et qui a du mal à les retravailler après…)

Bref, j’en ressors avec un goût aigre-doux dans la bouche. Je fais relire mon texte à Rain, je relis le sien. Je suis surprise par la longueur et la qualité du développement de ce qu’il a fait étant donné les circonstances. Je sais bien que nous ne sommes sans doute pas à la hauteur, l’un comme l’autre nous avons ce sentiment d’avoir fait « quelque chose qui tient la route sans rien apporter de plus ».

Le week-end se passe, riche en temps forts et rencontres, je mets un peu tout ça de côté, même si j’en parle quand même beaucoup : un match d’écriture ce n’est jamais anodin ! J’en profite pour en reparler avec Sylvie Lainé, Mathieu Rivero et Jeanne-A Debats, à qui j’ai des choses à faire dédicacer, et qui sont tout à fait adorables.

Puis dimanche, 13h. Nous prenons place dans la jolie tente Magic Mirrors 2, toute l’équipe sur la même rangée. Personnellement, je ravale ma déception à l’avance. Je n’y crois pas/plus. Le texte que j’avais fait en mars était autrement plus sympa, et il n’avait pas eu les faveurs du jury ; alors pour le coup, je ne me laisse aucune chance.

Et finalement, premier coup : ma nouvelle sort favorite du public ex-aequo avec « Ma dernière bataille » dans sa catégorie. Mes deux comparses de galère ne seront pas appelés. Puis on annonce que les favoris du jury dans chaque catégorie sont les membres d’une même équipe. Et les Torthéières sont appelées sur scènes. Ca fouillasse dans le rang, on n’en revient pas. Tous favoris du jury, chacun dans notre catégorie, c’est dingue. On est face à des pros quand même. Même si les pros ont l’habitude de perdre face aux amateurs.

Montée sur scène, remise de diplômes, on est contents. Puis l’annonce de la meilleure nouvelle selon le jury… J’attends de voir qui va nous rejoindre sur scène. Un pro, sûrement. L’an passé, c’était Sylvie Lainé. Ca ne me surprendrait pas que ce soit encore elle. Et puis Mia, organisatrice du match, lance le titre. Moment de flottement. Je réalise avec un petit délai. Soyons honnêtes : mon titre, je l’ai donné à l’arrache, je n’en étais pas satisfaite, je l’ai oublié dès le moment où j’avais fini de l’écrire. Alors voilà : sur le moment, je l’ai un peu oublié, enfin, je ne l’ai pas remis tout de suite. C’est quand Mia finit sa phrase sur mon nom que ça tilte. Le moment de flottement ne dure pas trop longtemps.

Alors là, bonjour l’émotion. Dix ans que je tente de faire reconnaître un texte quelque part, dans les AT que je trouve, que je me mange des murs, et boum, là, alors que j’avais déposé les armes, je me retrouve, rouge comme une pivoine et les larmes au bord des yeux, devant quelques pros que j’admire, une bande d’amis mi-fiers mi-hilares (j’avais tellement descendu mon texte quand j’en parlais…), à bredouiller dans un micro avec un sourire crispé.

Ma première publication, putain. Le choc. La dernière fois que j’ai eu cette halte brutale, ce coup de froid puis très chaud, c’était quand j’avais appris que j’avais gagné un concours qui me permettait de rencontrer et d’interviewer Simone Simons. Sauf que cette fois-là c’était juste un tirage au sort. Alors qu’aux Imaginales, c’était mon texte, celui que j’avais produit, moi-même toute seule. Alors forcément mon syndrome de l’imposteur me pousse direct à dire « non mais le coup des trous-dans-le-mur, c’est pas vraiment de moi, c’est un peu inspiré de King’s Quest VI et du Poui », et que « non mais voilà c’était juste deux heures et j’ai eu de la chance en tirant mes contraintes, ça collait avec mon idée de base »… Mais là, je balance un coup de marteau entre les deux yeux de mon syndrome de l’imposteur parce que cette fois-ci, c’est grâce à moi-même, il y a sans doute un peu de chance là-dedans aussi, mais même, j’ai su « relier les points » (comme dit Amanda Palmer) et en faire une histoire cohérente, et ce en peu de temps, et en ne mangeant même pas tant de gâteaux qu’il y avait au centre de la table cette fois-ci.

Tout ça confirme ce dont je commençais à me douter (surtout vu ma production hasardeuse pour les 24h de la nouvelle) : la contrainte horaire et les contraintes de thème, sur un texte de ce genre, ça peut mener à quelque chose de pas mauvais, voire de franchement exploitable, et c’est probablement une méthodologie que je conserverai même lorsque j’écrirai seule.

Finalement, mes méthodes de jardinière que je trouvais peu conventionnelles fonctionnent peut-être. Finalement, je commence peut-être à me trouver mon chemin dans l’écriture. Et c’est tellement encourageant.

Toutefois, je garde la tête froide : si la méthodologie de l’urgence me permet de pondre des textes qui tiennent la route, ils n’en restent pas moins bons « pour le temps dans lequel ils ont été écrits ». Maintenant, la route est longue : il me faut apprendre à relire et corriger, organiser mes buissons de ronces en  jolies haies bien taillées, pour avoir enfin un texte abouti et présentable…

Mais j’ai enfin l’impression d’achèvement qui indique que ça y est, cette première étape est passée. En outre, après de longues conversations avec Rain (notamment dans le covoiturage), je me trouve maintenant un peu plus confiante même face à mes projets de romans. Alors, au fond… qui sait, peut-être qu’un jour ?…

Bref, ces premières Imaginales resteront sans doute inoubliables (et pas que pour le match, d’ailleurs), et une sorte de tournant dans mon développement en tant qu’auteur. Une chose est sure désormais : je prévois mon billet pour l’an prochain. Et je serai là au match pour défendre mon titre !

Merci à toute l’équipe des Torthéières, à tous les autres participants, et à Présences d’Esprits. Mine de rien, tout ça ne me donne que plus envie d’écrire et écrire encore. Et j’ai hâte de continuer à avancer.

La Brûlure sociale

Je n’aurais pas pensé ouvrir cette section sur un tel article. J’en ai des tonnes d’autres en réserve, sur les réflexes défensifs, et sur la fleur qui a failli détruire ma vie, évidemment – je pensais même ouvrir le bal avec un article de description du Narcisse.

Finalement, il vous faudra attendre un peu plus pour tout ça. Dans mon humeur actuelle, cet article-là me semble beaucoup plus important.

Aujourd’hui, j’ai quitté le travail rongée par la culpabilité, en pleurant. Culpabilité de partir plus tôt que prévu, mais incapacité à y rester une minute de plus. Les larmes étaient nerveuses, douloureuses, un mélange d’amertume, de terreur, de réviviscence… Un joyeux cocktail.

Pour ceux qui me lisent sans en savoir plus, je suis en dernière année de licence de psychologie,‎ spécialité ergonomie et travail.

Ça veut dire que je ne suis pas vraiment une disciple de Freud (enfin, dans la limite possible quand on est étudiant en psycho) mais surtout que je ne m’amuse pas à trifouiller dans vos têtes pour établir quel genre de névrose vous pouvez avoir. Je suis celle qui vient sur votre lieu de travail et qui observe, silencieuse, dans un coin, pour trouver des points d’amélioration dans votre travail, voir comment augmenter votre moral et votre efficience.

Je parle de « travail » plus haut, mais comme je suis en fin d’études, je suis en stage, en fait. Un micro-stage, même, qui me fait découvrir les joies des réalités en entreprise.

Bon, j’ai déjà un peu d’expérience de l’entreprise. Pas des masses, mais mine de rien, j’ai un pied dans la vie active depuis 2011, quand même. Je connais les situations de crise, les absences complètes de communication, les périodes de stress intense qui vous rongent jusqu’à la moelle et vous privent de toute forme de vie personnelle. On a beau connaître tout ça, se placer en observateur dans une entreprise, sans être un acteur à temps plein, ça ouvre les yeux sur plein de choses. Des trucs très chouettes, hein. Et aussi des réalités bien dégueulasses.

Je me place dans la catégorie des utopistes. Des idéalistes. Des rêveurs, aussi, sans doute. Moi, dans la vie, j’aime bien rendre service aux gens. J’ai une fibre sociale assez forte ; dans l’ensemble, je cerne assez bien, et assez vite, les gens. (Il y a toujours des exceptions, et non, ça ne veut pas dire que je place les gens dans des cases au premier regard, crénom.)

Ca fait de moi quelqu’un de chouette avec qui discuter, parce qu’en plus, je suis curieuse, et j’aime bien en savoir plus sur les gens qui m’entourent, et les écouter, et voir comment je peux les aider. Oui oui ! Je veux aider les gens. C’est un peu ma raison d’être depuis… depuis longtemps, en fait.

Et voilà qui m’amène au sujet précis : dans ma petite utopie personnelle, je me disais que ce serait chouette de faire un métier dans lequel j’aiderais les gens à mieux vivre. De par mon expérience personnelle, pouvoir soulager des employés et les aider à être mieux dans leur travail, c’était permettre à d’autres de ne pas vivre ce que j’ai vécu. Vous savez, ce moment où le boulot vous use jusqu’à la corde, où vous perdez goût à tout, où vous n’en faites jamais assez ?

(Ah ? J’en vois au fond qui commencent à voir le lien avec le titre. Au bout de 500 mots, en même temps, il était temps que je commence à en venir au fait. Remarquez que ce n’est pas un hasard si je tourne autour du pot : d’abord, il y a un lourd contexte à remettre ; ensuite, je suis morte de trouille parce que je sais que quand j’arriverai vraiment dans le vif du sujet, je vais me mettre à pleurer.)

Bon. Aujourd’hui, donc, je suis revenue à la réalité. Aider les gens, c’est une noble ambition ; mais à un moment il faut voir la vérité en face : globalement, la société ne veut pas qu’on aide les gens. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, les enfants, un peu de réalisme.

Aider les gens, ce n’est pas rentable. [1]

Je ne jetterai pas la pierre à ceux qui essaient de faire vivre leurs entreprises coûte que coûte ; même ceux qui recrutent des stagiaires avec au moins trois ans d’expérience me semblent « excusables » dans la réalité économique actuelle. La vérité c’est que pour maintenir une entreprise en vie, il faut faire beaucoup avec très peu pour tenter de gagner assez.

Alors au lieu de former un employé supplémentaire à sa sortie de l’école, de le garder, de le chérir, d’en faire une partie intégrante de la boîte, on cumule les stagiaires. On profite des volontaires – il y en a toujours : trop de demandeurs, pas assez d’emplois, après tout. Alors le travailleur devient un produit de consommation comme un autre, et il doit faire sa propre promotion : dans de nombreux domaines, les salariés ne le sont plus de manière stable, ils deviennent des sortes de micro-entrepreneurs, toujours en quête de missions, cumulant les CDD parce que les CDI ça coûte trop cher, cherchant à en faire toujours plus, à se donner à fond pour pouvoir s’accomplir en tant que personne intégrée socialement.

Car en voilà un, d’accomplissement ultime : avoir un travail stable, vivre sans précarité.

On me dit dans l’oreille que ça commence à sentir le vinaigre… Vous avez raison. J’arrive, attendez. On n’en est même pas encore à mille mots, après tout. Je crois que cet article va être long.

Je ne sais pas trop ce qui nous pousse ainsi, mais je crois qu’on est un peu tous à être en quête de quelque chose. Personnellement, j’ai jamais trop compris pourquoi j’étais sur cette Terre, et pour être honnête, je n’ai de fait pas toujours bien vécu d’être en vie. Alors j’ai fait comme tout le monde, j’ai suivi les sentiers qu’on me proposait.

Pourquoi vivre ? Pour être heureux.

C’est quoi être heureux ? C’est être accompli : dans son travail, dans une famille qu’on fonde… c’est avoir une place à soi où on se sent bien.

Ca y est, maintenant vous froncez franchement les sourcils. Je vous comprends. Moi aussi. Pourtant, j’ai beau me dire que tout ça, tous ces bonheurs préconçus auxquels on nous fait croire dès notre plus jeune âge, c’est un peu des conneries, au fond, c’est ancré à moi, et je ne m’en dépêtrerai pas si facilement.

Vivre, donc, c’est s’accomplir. OK. Alors allons-y mes p’tits, moi je vais m’accomplir, je vais me donner à fond, jusqu’au bout, je vais aller au maximum de mes capacités pour être heureuse dans ce que je fais.

Je vais être heureuse à me rendre malade !

J’ai essayé plein de trucs. D’abord, le relationnel. Je suis allée dans des extrêmes relationnels que j’aborderai dans d’autres articles, sinon je ne suis vraiment pas couchée. C’a failli avoir ma peau, c’était chouette. (Notez que je suis cynique, mais c’est un réflexe défensif. Si jamais je lâche là-dessus, je craque avant même d’avoir vraiment abordé le sujet que je voulais aborder).

Voyant que ça ne fonctionnait pas – il paraît qu’on ne peut pas vivre pour les autres – je me suis rabattue sur l’idée de vivre pour moi. D’être une personne accomplie dans mon travail ; m’insérer dans la société, glorieusement, en faisant un truc que j’aimerais, à fond.

Ca tombe bien, la société aime bien qu’on fasse les trucs à fond. Tous ces idéaux qu’on nous balance à la gueule, au fond, ils mettent bien en avant qu’on vit par ce qu’on fait et pas par ce qu’on est. Je veux dire, on ne vaut rien, si on ne fait qu’être, n’est-ce pas ?

Alors il faut faire, faire à fond.

Allez, lancez les citations.

Pour gagner et réussir, il faut mettre de côté une partie de soi-même. L’organisation opérant une confusion entre le faire et l’être et ne reconnaissant l’individu que pour ce qu’il fait, celui-ci se trouve pris dans la nécessité de répondre aux exigences de son entreprise : survalorisation de l’action, challenge permanent, obligation d’être fort, adaptabilité et disponibilité permanente… C’est cette nécessité d’adaptation de soi-même à la logique managériale qui peut finir, dans certains cas, par consumer l’individu.
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence

Voilà, ça y est, on entre dans le vif du sujet. Toute à mes interrogations, au beau milieu de mon stage, voilà que je décide de faire la partie théorique de mon rapport d’étonnement. J’ignore si je dois remercier ou maudire mon enseignant de m’avoir conseillé ce livre, qui, par ailleurs, a paru en 1991. Il y a 24 ans, donc. On pourrait se dire qu’en un quart de siècle, les choses auraient évolué – mais j’y viens.

Mon stage est chouette. L’équipe est très sympa, l’organisation semble idyllique à mes yeux de non-initiée qui vient de débarquer. Je ne vais pas trop déballer, parce que vous savez, Internet est une place publique. Allons donc pour le minimum : une start-up bien dynamique, créative, le genre qui fait envie pour la place qu’elle laisse à l’innovation (mais si) et la liberté qu’elle donne aux employés. Une petite adhocratie à tendance configuration missionnaire, à en croire Mintzberg et ses structures organisationnelles : beaucoup de liberté, beaucoup de créativité, une idéologie bien présente (quelle qu’elle soit), vouée à devenir de plus en plus bureaucratique à mesure qu’elle s’éloignera de son statut de start-up. C’est une fatalité, ça, la bureaucratie, on dirait. Mais bon, en attendant, quand on ne se penche pas trop sur le truc, ça fait vachement envie.

(Et même, par rapport à mille et mille autres entreprises, ça fait envie. Je ne crache pas dans la soupe et tiens à rappeler que je ne tape pas sur cette boîte en particulier, mais bien sur l’idéologie générale qui semble régner sur l’intégralité du monde du travail.)

Et puis ensuite il y a la douche froide. Le rappel que, hé, c’est bien beau une entreprise fondée sur des bonnes idées, mais il y a une réalité économique dernière. On ne peut pas embaucher n’importe qui. Il faut que chacun fasse le boulot de quatre personnes. Il faut se donner à fond et plus qu’à fond.

Ah ? On en revient à se donner à fond. Car oui, même dans une petite structure à l’apparence utopique, on y revient. Il n’y a pas d’utopie, le retour de bâton de la réalité est bien présent. On n’échappe pas aux discours guerriers. Mais si, vous savez, ceux qui disent qu’il faut conquérir le marché. Ceux dans lesquels on établit un « war plan ». C’est toujours la guerre, toujours, et jamais il n’y a de consensus, jamais de possibilité de paix : quand on a vaincu une étape, on part à l’assaut d’une autre. Ca ne s’arrête jamais, et au milieu de tout ça, les employés sont les guerriers qui donnent tout ce qu’ils ont. Ils s’adaptent à cette exigence, pour faire toujours mieux, pour que l’entreprise avance.

Devereux parle de « modèles d’inconduite socialement admis dans les sociétés où prévaut une idéologie construite sur la réussite à travers le travail ». On y est : l’achèvement personnel passant par le travail, on ne compte plus ses efforts. Il y a un idéal à atteindre, vous comprenez.

Et puis soudain, ça y est. Les feux de la guerre nous atteignent.

On brûle.

C’est comme ça que Freudenberger en a parlé la première fois : la brûlure interne. En anglais, le burn-out.

Ce qui était auparavant un complexe plein de vie n’est plus maintenant qu’une structure déserte. Là où il y avait un édifice bourdonnant d’activités, il ne reste plus que quelques décombres pour nous rappeler toute la vie et l’énergie qui y régnaient. Peut-être quelque pan de mur reste-t-il encore debout, peut-être même distingue-t-on encore quelques fenêtres ; peut-être même que toute la structure extérieure est encore intacte, mais si vous vous hasardez à l’intérieur, vous serez frappé par l’ampleur de la désolation qui y existe… Les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous l’effet de la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte.
— H. Freudenberger, L’Epuisement professionnel, la brûlure interne

Vous le voyiez venir, n’est-ce pas ? Je vous entends déjà.

« Ah bah oui, ça, le burn-out, c’est la maladie de l’époque ! »

Pour sûr, on en entend beaucoup parler ces derniers temps. Bon, je vous rappelle que Freudenberger, c’était il y a 30 ans, quand même. En 30 ans, on aurait pu faire des progrès, vous ne croyez pas ?

Hé bien non, au contraire. C’est de pire en pire.

Mais le vrai pire du pire, vous savez ce que c’est ? C’est que cette idée de feu qui dévore tout et laisse vide, c’est pas nouveau. La notion de burn-out a pris le pas sur une autre notion, qui, bien qu’elle fut nommée en 1869 par Beard, a été observée et étudiée depuis l’Antiquité, rien que ça : la neurasthénie. L’épuisement nerveux, quoi. Si je vous parle de Marcel Proust ou de Virginia Woolf, je suis sure que ça vous évoquera deux-trois trucs.

Mais bon, la mode de la neurasthénie est passée. Place au burn-out.

« J’en ai marre que tu fasses rien à la maison, que tu sois tout le temps épuisée, franchement je vois pas de quoi tu te plains, t’as un boulot pépère, t’en fais pas tant que ça, t’es gonflée. »

(Quoique la citation ne soit pas 100% juste, car je l’ai effacée au mieux de ma mémoire, Narcisse n’a pas été doux avec moi sur beaucoup de points. Mais il exprime le point de vue de beaucoup de gens : faire un burn-out c’est être faiblesurjouer la fatigue, c’est un échec inadmissible.)[2]

J’étais prof d’anglais. Les profs, c’est bien connu, ils n’en foutent pas une. Alors je n’avais pas de raison d’être épuisée.

A une époque, j’ai été prof dans trois organismes différents, qui me faisaient passer une vingtaine d’heures dans les transports.

Je devenais cinglée, je pleurais tout le temps, j’annulais des cours de plus en plus souvent. Et pourtant, chaque fois qu’on me proposait des nouvelles missions, des nouveaux clients, je disais oui. Parce qu’il fallait que je fasse ces heures, ce travail, c’était le mien. C’était comme ça que j’allais m’en sortir. Il fallait travailler pour exister.

C’était ce que la société m’avait appris, après tout, non ? J’en voulais, moi. Je voulais réussir.

Ce mal semble lié à la société dans laquelle nous vivons. Il paraît découler de la lutte constante que nous menons pour donner un sens à notre vie : les idéaux d’excellence qui caractérisent notre société semblent ici directement en cause. […] L’individu se trouve en quelque sorte enfermé dans une spirale infernale, obligé de courir toujours plus vite dans une vie où tout change si rapidement qu’il ne reste plus rien de stable sur quoi s’accrocher pour reprendre son souffle : un peu comme Alice au pays des merveilles, nous nous apercevons maintenant « qu’il faut courir de toutes tes forces pour pouvoir rester au même endroit. Si tu veux aller ailleurs, il te faudra courir au moins deux fois plus vite ».
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence [3]

Alors moi j’ai couru, couru, couru… Un premier tour à l’hôpital n’a pas suffi, je suis repartie de plus belle, en courant. Les premiers signes n’ont pas suffi. Ca traîne, ce genre de choses…

Le sentiment de brûlure interne ne se produit en général pas d’un seul coup, il s’installe peu à peu, le feu couve longtemps avant de flamber d’un seul coup, et des personnes qui avaient été pendant la plus grande partie de leur vie pleines d’enthousiasme, d’énergie et d’optimisme se mettent progressivement à éprouver une grande lassitude et une absence de vitalité. « Leur énergie se transforme en ennui, leur enthousiasme en colère et leur optimisme en désespoir. »
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence

Et ensuite, on finit par ne plus voir de but en quoi que ce soit. Et on finit à l’hôpital une deuxième fois. Et cette fois-ci, personne ne s’y attendait parce que, hé, c’est vrai qu’on était fatigué ces derniers temps, mais après tout on était tellement plein de vie !

Bon, enfin, si tout ça semble lié à la société en général, alors pourquoi ne sommes nous pas tous en burn-out ? Aubert et Gaulejac apportent la réponse, en citant à nouveau Freudenberger.

La particularité de cette maladie est qu’elle atteint en général des gens nourrissant un idéal élevé et ayant mis le maximum d’efforts en oeuvre pour atteindre cet idéal. La plupart de ceux qui deviennent la proie de cette maladie sont des gens qui ont travaillé énergiquement pour atteindre un but : « Leur horaire est toujours plein et, quel que soit le travail à faire, on peut être certain qu’ils feront toujours plus que leur part. Ce sont généralement des leaders qui n’admettent pas qu’ils ont des limites et ils se brûlent à force d’exiger trop d’eux-mêmes. Tous ces gens avaient de grands espoirs et n’ont jamais voulu faire de compromis en cours de route. » En fait, si cette maladie atteint cette catégorie de personnes, c’est parce qu’elle est, spécifiquement, la maladie de l’idéalité. Selon Freudenberger, il est pratiquement impossible qu’une personne sans grand idéal ou qu’un individu vivant au jour le jour parvienne jamais à cet état. Les risques d’incendie semblent exclusivement limités aux hommes et aux femmes dynamiques « qui ont des aptitudes de leaders et de nombreux objectifs à atteindre », quelle que soit d’ailleurs la nature de ces objectifs, que l’individu les ait placés dans son mariage, dont il exige qu’il soit des plus réussis, dans son travail, qui doit être parfaitement accompli, ou dans ses enfants, pour lequels il espère une réussite brillante. Bref, il s’agit de gens qui s’engagent à fond dans tout ce qu’ils entreprennent, qui en éprouvent d’ailleurs pendant longtemps une profonde satisfaction et qui ont témoigné jusque là d’une énergie à revendre. »
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence

Voilà. Des gens dévoués, qui en veulent, qui se battent, et qui finissent par tout lâcher. Je vais arrêter les citations, vous aurez compris que ce chapitre 5 du Coût de l’excellence m’a drôlement remuée.

Pour résumer la suite, Aubert et Gaulejac continuent dans leur analyse en plongeant dans la psychanalyse. C’est compliqué et un chouia technique, mais en gros, le burn-out arrive au moment où le travail n’est plus une récompense en soi : quand la déception s’installe petit à petit. 

Ils mettent tout cela en parallèle avec une problématique narcissique ; la construction d’un Soi idéal, suite à une pression qui « pousse à devenir quelqu’un d’autre ». Elle peut être due, par exemple, à des parents qui transfèrent leur idéal sur leur enfant, le poussant à se surpasser, mais aussi être « interne et déclenchée par l’admiration portée à telle ou telle personne idéale ». Ou simplement par une société qui nous montre des idéaux maison-famille-jardin en campagne-appartement en ville à longueur de temps, dans tous les médias, au point que cela devient une sorte de norme à suivre.

On a désormais un cocktail explosif : une société qui nous impose un modèle d’excellence, et… oh, je ne résiste pas à vous mettre une dernière petite citation. Promis, après, j’arrête : de toute façon, je n’arrive pas au bout de ce chapitre 5 sans pleurer, et je pense m’être assez auto-flagellée pour aujourd’hui.

 La peur et la honte qui s’attachent à l’échec dans la société narcissique qui nous entoure sont des sentiments omniprésents qui empêchent l’individu d’échapper à la pression du succès. […] Dans un tel contexte, l’individu est, plus qu’avant, conduit à développer et à poursuivre une image de lui-même en conformité avec des standards extérieurs d’excellence et de réussite, au détriment de sa personnalité réelle.
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence [4]
Voilà. Le Soi idéal, imposé par l’entourage et surtout la société, et qui, peu à peu, remplace le Soi réel. Au bout d’un moment, le Soi réel est parti, disparu, « aux oubliettes ». Pourtant le Soi idéal n’est pas réel, et la personne, à mesure qu’elle avance dans son parcours (professionnel mais pas que, d’ailleurs : il y a des burn-outs relationnels, comme je le sous-entendais plus tôt) s’en rend compte et fait face à des déceptions. Ce autour de quoi elle s’est construite n’existe pas réellement. Les pièces s’éparpillent petit à petit, jusqu’à éclatement de l’idéal ; mais ce qu’il y avait avant est perdu.

Voilà donc les dangers de l’excellence. Depuis ces combats qu’on veut nous pousser à mener au sein d’une entreprise, pour qu’on donne le maximum, toujours, au point d’oublier tout le reste, d’oublier que nous ne sommes que des êtres humains, jusqu’à l’image même de la vie que nous donne la société dans laquelle nous évoluons.

Et c’est ainsi que je me retrouve. Je m’appelle Lia, j’ai un quart de siècle, la société m’a formée, modelée, détruite, et maintenant je ne sais plus qui je suis.

On est beaucoup, comme ça. Il n’y a pas d’âge. Il n’y a pas de genre. Il n’y a pas vraiment de statut social. Tout le monde peut être touché, désormais ; car on nous encourage, on nous pousse à suivre ces fameux idéaux, cette idée d’excellence socialement construite. [5]

L’avantage, c’est que malgré les baffes psychologiques que je me suis mangées ces dernières vingt-quatre heures, je suis désormais capable d’y voir un peu plus clair. Il y a quelque chose, quelque part, en moi, qui me pousse à m’accrocher encore à ce Moi idéal qui déconne complètement, que je passe mon temps à détruire violemment et reconstruire malgré tout, sans jamais parvenir à trouver où est la vraie Lia ; mais désormais, je sais un peu mieux ce que je cherche. Et surtout, je comprends. Je vois le chemin que j’ai parcouru. Je vois mieux mes erreurs, et je sais ce que je combats. Et je peux diriger ma colère, mon sentiment d’injustice, vers une entité. Je ne suis plus en colère contre la société parce qu’elle ne me donne pas ce que je mérite ; je suis en colère contre la société parce qu’elle m’a poussée vers un idéal irréalisable en termes humains, et qu’elle continue à le faire.

Franchement, je ne plaisante pas quand je dis que je n’ai aucune idée de ce que je suis. Je ne sais pas ce que j’aime. Je ne suis même pas sûre de réellement vouloir aider les gens, peut-être que ça aussi, c’est un idéal que je m’impose. Je n’arrive pas à distinguer les moments où je me sens réellement bien des moments où je veux juste aller bien, parce que « ce sont des moments où on va bien normalement ».

Et je ne suis pas la seule dans mon cas.

Alors maintenant, la vraie question, c’est…

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Car c’est là réellement la conclusion du livre d’Aubert et Gaulejac. Voyons quelle réponse ils ont à y apporter…

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Le premier paragraphe est clair : nous savons ce qui ne va pas. Mais on n’a rien pour le résoudre.

Nous avons nous-mêmes creusé notre tombe – construit une société d’être humains qui n’aura bientôt plus rien d’humain – et maintenant, nous sommes coincés. [6]

Une piste de réflexion, pourtant, dans cette conclusion…

Il est urgent de reprendre un débat approfondi  sur le capitalisme et sur la mission de l’entreprise, afin de sortir de la logique de guerre qui détermine actuellement tous les discours produits sur ce thème. Mais comment contrebalancer la logique du profit ?
— N. Aubert et V. De Gaulejac, Le Coût de l’excellence

Tout est dit. Je vous laisse vous interroger ; moi, j’ai une psychothérapie à suivre, histoire d’essayer de retrouver qui je suis. Je recommencerai à m’investir réellement dans la société une fois que j’aurai compris comment m’investir dans moi-même avant tout. Après tout, c’est un peu ce qu’on nous apprend aussi : moi avant les autres.

Hé bien voilà, presque cinq mille mots, ma foi ! J’ai fait quelques digressions mais dans l’ensemble, je suis contente de cette reprise de blog. Espérons que les prochains articles seront moins espacés.

En attendant, n’hésitez pas à me faire part de vos réflexions ou de votre vécu. Vous pourrez même me dire que j’en fais trop ou que je suis trop pessimiste. Vous ne seriez pas les premiers. C’est vrai qu’au fond je décrie beaucoup sans apporter de réponse : je n’en ai pas moi-même. Je suis totalement ouverte au débat, après tout, je n’ai pas plus de réponses que les auteurs des livres ; et je crois que nous sommes, quelque part, tous concernés.

Merci d’avoir lu, et rendez-vous au prochain article.

Lia

Point bibliographique :

(J’aime pas faire les bibliographies, alors vous aurez le minimum, désolée. Les normes bibliographiques me collent des boutons… Le cauchemar des mémoires.)

  • Beard G., « Neurasthenia or Nervous Exhaustion« .
  • Devereux G., « Ethnopsychoanalytic Reflections on Neurotic Fatigue » in Basic Problems in Ethnopsychiatry.
  • Freudenberger H., L’Epuisement professionnel, la brûlure interne.

[1] Sur ce point, une petite anecdote : j’avais accompagné un ami à Pôle Emploi Spectacles, à Lyon. Pendant qu’il avait son entretien avec son conseiller, j’ai pu apprécier le travail de la personne à l’accueil, un petit bout de femme énergique qui indiquait clairement aux gens ce qu’ils avaient à faire et les aidait au maximum, même si parfois, certains haussaient le ton, l’agacement prenant le dessus. Au bout d’un moment, je suis allée la voir, ai présenté mon cursus, et lui ai demandé comment on faisait son job. Elle a soutenu mon regard et m’a asséné des mots que je ne suis pas près d’oublier.

« Vous avez un master ? Vous êtes trop diplômée. Ils ne veulent pas des gens qui réfléchissent trop. Je vois votre profil, on est beaucoup comme vous ici. Si vous voulez vous faire insulter à longueur de temps, par les gens qui viennent, par vos supérieurs, si vous voulez passer votre journée à courir, si vous voulez faire des journées de 10h non-stop malgré ce qu’il y a écrit sur votre contrat, si vous voulez ne jamais pouvoir faire ce pour quoi vous avez signé, si vraiment vous tenez à ne jamais avoir un poste stable, alors vous êtes au bon endroit. Mais si vous voulez aider les gens, réellement, alors ne postulez pas à Pôle Emploi. Je vous le redis. Vous pourrez peut-être trouver d’autres organismes plus réglo, je n’en suis pas sûre. Mais pitié. Tout, mais pas Pôle Emploi. Ca vous détruirait. »

Je n’ai pas insisté. Je suis retournée m’asseoir, j’ai observé les gens. Tous, les mêmes interrogations, les mêmes préoccupations, les mêmes sujets de rancoeur. Je l’ai observée, elle, qui faisait son travail, et j’ai compris ce qu’elle m’a dit. Ils ne sont plus assez, dans cette usine à gaz, et on en enlève encore. Plus de chômeurs, moins de conseillers. Et le but n’est pas d’aider les chômeurs. Le but est de faire un bon chiffre. Quitte à les envoyer n’importe où.
Sinon, avant ça, j’ai voulu être conseillère d’orientation-psychologue. Devinez quoi ? Petit à petit, le métier disparaît : de plus en plus, on demande aux profs d’assurer ce rôle. Ca tombe bien, les profs, ils n’ont que ça à foutre, ils ne rament pas déjà assez. Et puis j’ai vu la formation dispensée par l’Education Nationale aux COP. Autant dire qu’avec un truc pareil, à moins d’être dévoué corps et âme et franchement masochiste, on n’aide personne. Encore que, remarquez, c’est peut-être mon profil au fond. Je commence à vraiment me poser des questions.
En vrai, je commence à me dire que si je veux aider les gens, j’ai meilleur temps d’aller directement dans la rue et de parler aux gens. Mais ça, ça me fera pas bouffer, vous comprenez. C’est toujours une histoire d’argent.

Quand même fascinant comme ces histoires de fric nous font perdre toute préoccupation humaine…

[2] Autre exemple pas plus tard que ce matin : dans le bus, cette femme au téléphone derrière moi, parlant d’une connaissance. « Ben non, ça va pas bien au boulot, elle aime plus ce qu’elle fait, elle est à moitié folle, elle est triste, à 47 ans c’est la honte quand même. » Voilà : la honte. Et ce n’est pas une opinion isolée : c’est celle de la majorité. Mais à quoi pensons-nous ?

[3] La citation vient en réalité du magistral De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva de Lewis Carroll. Quand je l’ai étudié, en master d’anglais, je n’y ai à vrai dire pas particulièrement vu une critique sociale, en tout cas pas sur ce point. Maintenant, j’aurais bien envie d’en faire une énième relecture. Il faudra que je vous poste des bouts de mon mémoire, à l’occasion, tiens.

[4] Franchement, la suite du paragraphe est passionnante, tout ce chapitre est extraordinairement éclairant et d’actualité malgré ses 25 ans d’âge, mais je n’ai pas la force de tout vous mettre. D’une, ce serait sans doute indigeste pour vous, et de deux, ça me renvoie à plein de souvenirs douloureux. Pour moi. Pour Narcisse, à qui j’arrive encore à trouver des excuses (tout est explicable en psychanalyse, après tout ; mais bordel, ça n’excuse rien et ça n’excusera jamais rien). Et puis bon, on rentre dans la psychologie clinique, et je vais être honnête avec vous : la psychologie clinique, ça farfouille, ça trifouille, je n’y comprends pas grand chose et pourtant ça me rend affreusement agressive. Lire du Freud me donne envie de tuer des gens. Ce n’est pas un hasard ; c’est ce qu’on appelle un réflexe défensif (ah tiens ? J’en aurai parlé dans cet article finalement), l’agressivité comme système de protection (vous n’avez jamais remarqué à quel point les gens en tort pouvaient se montrer violents ?). Moi c’est un peu mon « ultime rempart », alors quand je suis en colère, je fais tout mon possible pour m’écouter.

[5] Imaginez un enfant à qui on donnerait un paquet de cartes, et, pointant le château de Chambord, on lui dirait « Tiens, fais un château comme ça avec ces cartes, tu verras, ». L’enfant, toute à son imagination, bataille pour mettre ses cartes les unes sur les autres, et quand enfin il a plusieurs étages, il commence – dans son émerveillement enfantin – à être fier de sa construction, la société balance un grand coup de pied dedans en disant « C’est nul ! Ce n’est pas aussi beau que l’original ! Tu devrais avoir honte ! » Voilà, les idéaux sociaux, c’est ça. Un truc totalement inaccessible, mais qu’on nous présente au départ comme facile d’accès. Ca ne s’applique pas qu’au travail, bien sûr. Je suis sûre que vous saurez trouver d’autres applications : il n’y a pas besoin d’aller bien loin.

[6] Tant Freudenberger qu’Aubert et Gaulejac établissent un parallèle avec le mythe d’Icare : nous sommes ceux qui avons construit nos ailes pour nous approcher au plus du soleil et maintenant nous nous y brûlons. Le terme de burn-out ne vient pas de nulle part.

#MoissonDePrintemps : Moissonneurs, félicitations !

Hé bien voilà, nous y sommes.

Après 20 jours à partager nos bonheurs quotidiens, le jour J, le 20 mars. Beaucoup de choses, aujourd’hui ! Le jour de l’éclipse, la journée sans viande, le jour où je peux enfin télécharger la dernière MàJ des Elder Scrolls Online (hyyyyyype !), la journée mondiale du bonheur, Thanks God It’s Friday mais surtout, ce qui nous intéresse le plus ici…

 

Le printemps !

(audio tiré de la très mignonne histoire audio qu’on trouve ici)

 

Alors tout d’abord, un petit récapitulatif pour ceux qui sont arrivés en cours de route : la Moisson, c’était quoi ?

Un aveu : l’idée, à la base, m’est venue du gratitude journal qu’un psy m’avait conseillé de tenir, il y a quelques temps. Tenir un gratitude journal, pour moi, c’était me poser à un moment de la semaine, et écrire, dans un carnet, cinq choses qui m’avaient fait du bien, dont j’étais fière, qui m’avais rendue heureuse. Tous les jeudis, à midi, dans le métro en transit entre deux boulots, j’écrivais mes cinq chose. Ca me permettait, pendant la semaine, d’apprécier plus les choses, de me dire que ceci, cela… je pourrais le noter dans mon carnet. Et pourtant, sur mon banc de métro, j’avais souvent du mal à trouver cinq choses, sur toute une semaine.

Alors une chose par jour ? C’était un véritable défi ! Certains d’entre vous ont d’ailleurs failli abandonner. Plusieurs fois, j’ai vu : « Aujourd’hui je vois pas comment je pourrais trouver une moisson ». Et pourtant vous avez tenu bon. Bravo.

 

Maintenant : comment ça s’est passé, en vrai ?

Finalement, nous avons été une vingtaine, pendant ces vingt jours, à utiliser le fameux hashtag #MoissonDePrintemps. Il y en a qui sont arrivés en cours de route, il y en a qui ont arrêté au milieu, il y en a qui ont participé de manière sporadique ; vous en avez parlé autour de vous, certains ont apprécié, d’autres rejeté. Comme pour tous les projets, finalement…
Certains ont décrié le processus. J’ai surtout vu paraître une forme de « gêne » à étaler son bonheur à la face des autres. Pourtant, c’est aussi un moyen de faire comprendre aux autres que si on parvient à trouver des petits plaisirs dans nos journées grises et, pour certains, vraiment pas faciles, eux aussi peuvent le faire.

J’ai pris l’initiative de retweeter toutes les moissons que je pouvais, pour vous inviter à interagir. C’a beaucoup mieux fonctionné que ce que je pensais. J’ai pu observer des groupes se former, des liens et de l’entraide, des comités de soutien, des choses qui souvent m’ont réchauffé le coeur. Pendant ce temps, de mon côté, je moissonnais régulièrement.

moisson de printemps tableur

 

(Ca en jette, hein ? Oui, ça a pris du temps, mais je suis contente de ce tableur.)

 

Ensuite, j’ai fait une liste des choses les plus inspirantes que vous avez pu partager : morceaux de vie mignons, réflexions intéressantes…

doc moisson de printemps

 

(La liste n’est pas si longue mais si je fais une nouvelle par tiret, j’en ai déjà pour un moment !)

J’ai pu observer des grandes tendances dans vos moissons.

D’abord, la plus courante, c’était assurément celle de la nourriture. On dirait que la bouffe, ça corrige tous les bobos ! Ou pour citer @Ten_Tom « La vie, c’est le plaisir de manger des choses bonnes et faites avec passion ! » (Moisson du 8/03/2015).

Ensuite, il y a eu le beau temps. Un ciel bleu, un rayon de soleil, je crois qu’on en a tous parlé. Pas pour rien, au fond, qu’on attendait le printemps 🙂

Et puis il y a eu les interactions sociales. Les échanges agréables, les retrouvailles avec des gens, les soirées…

Il y a eu vos projets, qui sont nés pendant le mois, pour lesquels vous vous êtes entraidés, qui vous ont occupés et vous ont poussés à avancer, pour certains. Un projet, c’est toujours une force. N’abandonnez jamais.

Il y a eu les séries, les livres, les films aussi… Ces petits éléments de culture qui permettent l’évasion d’un quotidien pas encore assez ensoleillé.

Et des fois, il y a eu des vraies scènes cocasses. Comme @avestrit qui nous parlait dans sa Moisson du 5/03/2015 d’un « moëlleux aux noisettes acheté par hasard à un libraire », ou l’@ErmiteGeek qui racontait dans sa Moisson du 3/03/2015 une conversation téléphonique issue d’un faux numéro.

Toutes ces tranches de vie qui vous ont fait sourire – et moi aussi. Je les garde dans un coin, et ça m’inspire.

Et maintenant, quoi ?

De mon côté, maintenant, j’ai de quoi écrire, et hyper envie de m’y mettre. Alors vous pourrez trouver sur cette page le résultat de cette moisson, sous la forme de ma Cueillette d’été !

Je tâcherai de poster un nouveau texte chaque 21 du mois (sauf pour mars, on va dire 25, parce que bon, 21, c’est un peu juste…) et vous le transmettrai sous le hashtag tout bête #Cueillettedété.

Et j’ai beaucoup de cartes postales à envoyer, aussi, et peut-être quelques surprises au passage… Mais pour cela j’aurai besoin de vos adresses !

Alors @ten_tom, @Wolvesrealm33, @ophryise, @NegativeJolteon, @Imladrik, @Yotroll, @avestrit, @ErmiteGeek, @HandsBruised, @Lemondedugnome, @NathWoodcroft, @talpalevantis, @LeFoxLibre, @LilySnowcrash, @nyrelis, @lilibel, @shoc_acao, @katzenlyly, @tut_tuuut, @APatoune, @sarah_mellyna, @Athos__ et @MegaLalette, n’hésitez pas à m’envoyer vos adresses à lia[point]mornelda[at]gmail[point]com si vous voulez avoir vos cartes ! 🙂 (un petit intitulé « Moisson de Printemps » m’aiderait moult à m’y retrouver…)

Et vous alors ? C’est vraiment tout ?

Non, ce n’est pas tout. S’il y a une chose que j’ai remarquée, c’est que tous autant que nous sommes, nous avons a priori tous pris beaucoup de plaisir à échanger ces moments. Et vous m’avez bien fait comprendre aujourd’hui que c’était un crève-coeur pour vous que cette moisson se termine.

Mais pourquoi avoir toujours besoin du prétexte de la moisson pour partager ces petits bonheurs ? Pourquoi tout arrêter, si ça vous fait du bien ?

Vous n’aurez plus à le faire tous les jours, mais si vous aimez partager ces instants, si ça vous fait plaisir, si ça vous rend heureux, alors je vous propose de continuer à participer à la #MoissonDeVie. (Merci à @FavreauVincent pour la suggestion de ce hashtag joli et juste…)

Plus de cartes postales cette fois-ci, bien sûr. Votre seule satisfaction de pouvoir partager tout ça, entre vous et avec moi.

Vous êtes libres. Vous pouvez créer votre propre hashtag si vous le souhaitez, après tout. Je ne fais que proposer celui-là. Vous pouvez aussi bien vous dire que ça suffit, que maintenant que le printemps est là, ça ne sert plus à rien de partager tout ça… Moi, de mon côté, je crois que je vais continuer un peu. En fait, je crois que j’aime bien vous parler de mes bonheurs.

En tout cas, merci à tous d’avoir participé. J’ai passé 20 jours formidables, avec les hauts et les bas qui ponctuent toujours la vie, mais à chaque fois que je parcourais vos Moissons, c’était avec un sourire sur le visage.

Et c’est ça, des petites choses comme ça, qui font notre force dans la vie. Alors, moisson ou pas, n’arrêtez jamais de les remarquer !

Maintenant je vous laisse, j’ai des cartes postales à écrire…

La #MoissonDePrintemps : c’est quoi ?

Née de plusieurs remarques que j’ai pu faire, la #MoissonDePrintemps, c’est une petite expérience que je lance sur Twitter.

Tout d’abord, pendant mon voyage, j’ai remarqué que j’aimais bien envoyer des cartes postales, en fait. Ensuite, à travers mon activité sur Twitter, j’ai remarqué que j’aime bien lire les anecdotes amusantes du quotidien des gens… et que des fois, ça m’inspire, même. Enfin, j’ai aussi remarqué que, grâce au #ProjetBradbury, je prête beaucoup plus d’attention à plein de petites choses dans mon quotidien qui me collent le sourire et m’inspirent. Et que la plupart des gens de mon entourage passent souvent à côté de ça ou ne comprennent pas pourquoi je rigole bêtement parfois puis me jette sur mon carnet pour prendre des notes. Honnêtement, ma vie est beaucoup moins triste depuis que je cherche toujours des sujets de nouvelles à écrire. Pourtant, on me reproche de faire des histoires trop « sombres ».

Alors tout ça, comme ça, ça ne paraît pas très lié. C’est ici qu’on lance le truc. Nous sommes le 1er mars. En comptant aujourd’hui, le printemps est dans 20 jours. Trois semaines, en gros.
Trois semaines pendant lesquelles on va briser la monotonie de la fin de l’hiver ensemble, et chercher nos rayons de soleil au quotidien.

Voilà donc le deal : je propose une #MoissonDePrintemps. L’idée, ça va être que pendant ces 20 jours, vous préparez le printemps en partageant vos rayons de soleil quotidien : la phrase entendue par hasard qui vous inspire une histoire, la blague de merde qui vous a fait sourire, n’importe quoi qui a égayé le gris de la journée. Et moi, je fais la moisson : je récolte vos rayons de soleils, je les mets dans un coin et j’essaie de m’en servir pour certaines de mes histoires. Pensez inspirant, pensez cocasse, pensez divertissant mais surtout positif : après tout, il est question pour mes histoires d’être moins sombres !
Outre le fait que j’essaierai d’inclure un maximum de vos anecdotes dans mes histoires, pour vous remercier de m’inspirer, j’enverrai une carte postale à tous ceux qui tiennent les 20 jours. Ce n’est pas grand-chose, mais ce sera ma manière de fêter le printemps avec vous 🙂

Bon alors, concrètement, ça veut dire quoi ?

– Chaque jour, vous twittez votre #MoissonDePrintemps (je le ferai aussi, ne vous en faites pas).
– De mon côté, j’écris, bien sûr (et je tâcherai de les poster aussi, tant qu’à faire)
– Pour ceux qui tiennent le coup 20 jours, je vous envoie une carte postale mignonne comme je sais si bien les faire <3

Je me dis qu’il y a de grandes chances qu’on gagne tous un peu d’inspiration là-dedans… Alors, vous êtes avec moi ? 🙂

Le Projet Bradbury

A la venue du nouvel an, on prend tous des résolutions plus ou moins malignes. La mienne, c’était de faire le Projet Bradbury en 2015.

Bon. C’est bien beau, mais le projet Bradbury, c’est quoi ?

Il s’agit d’un projet initié par Neil Jomunsi qui le décrit très bien dans cet article de blog. En gros, pour faire simple, il s’est lancé le défi d’écrire une nouvelle par semaine pendant un an, pour un total de 52 semaines. Puis, une fois son projet terminé et le bilan fait, il a invité ses lecteurs à faire de même.

Alors moi, bien sûr, un tel projet, ça m’a parlé. Outre le fait que Bradbury, c’est un peu un de mes héros littéraires, je tiens à rappeler que quand bien même je m’inflige le NaNoWriMo tous les ans, je suis nouvelliste à la base. Une nouvelle par semaine, tu parles d’un plan génial pour écrire et me forcer à travailler ma narration !

J’ai donc tweeté ma bonne résolution, et me suis trouvé quelques comparses de galère pour tenter de relever le défi avec moi. Vous pourrez notamment retrouver les nouvelles de Rain sur son blog d’écriture, Les Contes de la pluie.

Quant aux miennes, elles sont sur cette page.

Pour l’heure, l’écriture n’est pas évidente et je prends du retard, mais l’exercice est intéressant et enrichissant, et je compte bien le mener à bien. On verra où j’en suis le 31 décembre 2015 !

En attendant, n’hésitez pas à prendre le train en marche et à faire votre propre Projet Bradbury à votre tour !

[Traduction] Chuck Palahniuk – Conseils d’écriture

En pleine préparation du NaNoWriMo 2013, je prends tous les conseils qui passent. Certains, meilleurs que d’autres…

Au détour d’un énième recoin de l’Internet, j’ai pu découvrir quelques fort bons conseils de Chuck Palahniuk qu’on oublie trop facilement, concernant les « verbes de pensée ».
(Surtout moi et mes hélas trop célèbres envolées lyriques qui empêchent un peu tout bon déroulement d’une histoire. Mais cette année est la bonne : je suis motivée, absolument prête, je n’ai absolument pas le temps de me consacrer à l’écriture -ce qui ne devrait que me motiver encore plus à écrire, procrastination oblige- et comme d’habitude, je n’ai qu’une idée très vague de ce que sera mon NaNo, mais j’ai encore une semaine pour préparer !)

Mais comme il s’avère que moult connaissances miennes ont du mal avec la langue de Shakespeare, j’ai pris un moment pour faire une rapide traduction (que Mathieu et Tûtie ont gentiment corrigée, merci à eux !)

Je vous laisse donc sur ces mots de sagesse…

Dans six secondes, vous me haïrez.

Mais dans six mois, vous serez un meilleur écrivain.

A partir de cet instant précis et au moins pour les six mois à venir, vous ne devez plus utiliser les verbes « de pensée ». Parmi ceux-ci sont inclus : penser, savoir, comprendre, réaliser, croire, vouloir, se rappeler, imaginer, désirer, et encore un millier d’autres que vous adorez utiliser.

La liste devrait aussi inclure : aimer, et haïr.

Elle devrait égalemet inclure : être et avoir, mais nous y viendrons plus tard.

Dès maintenant et jusque dans six mois, vous n’avez plus le droit d’écrire « Kenny se demanda si l’idée qu’il sorte la nuit déplaisait à Monica… »

A la place, vous devrez développer cette idée, jusqu’à obtenir quelque chose de ce genre : « Les matins qui suivaient ces nuits où Kenny restait dehors, plus tard que le dernier bus, de sorte qu’il lui fallait jouer les autostoppeurs ou payer un taxi pour rentrer à la maison et trouver Monica qui faisait semblant de dormir, faisait semblant parce qu’elle n’était jamais aussi calme quand elle dormait, ces matins-là, elle mettait seulement sa tasse de café à elle dans le micro-ondes. Jamais la sienne, à lui. »

Plutôt que vos personnages sachent quoi que ce soit, vous devez maintenant présenter les détails qui permettent aux lecteurs d’en prendre connaissance. Plutôt qu’un personnage qui voudrait quelque chose, vous devez maintenant décrire les choses de sortes que les lecteurs le souhaitent aussi.

Au lieu de dire « Adam savait que Gwen l’aimait. »

Il vous faudra dire : « Entre les cours, Gwen était toujours appuyée sur son casier quand il allait l’ouvrir. Elle avait l’habitude de rouler les yeux et de pousser un pied en arrière, laissant une marque de semelle noire sur le métal peint, mais elle laissait aussi derrière elle l’odeur de son parfum. La chaleur de son corps restait sur le cadenas à combinaison. Et à la pause suivante, Gwen était à nouveau appuyée là. »

En bref, ne prenez plus de raccourcis. Que des détails sensoriels bien spécifiques : des actions, des odeurs, des goûts, des sons et des émotions.

Typiquement, les auteurs vont utiliser ce genre de verbes « de pensée » au début d’un paragraphe. (Sous cette forme, on peut les appeler des « déclarations de thèse », et je m’en prendrai à eux plus tard). D’une certaine manière, ils établissent l’intention du paragraphe. Et ce qui suit les illustre.

Par exemple :

« Brenda savait qu’elle ne parviendrait jamais à respecter l’échéance. Le bouchon partait du pont, et s’étendait sur environ huit ou neuf sorties. La batterie de son téléphone était à plat. A la maison, elle devrait sortir les chiens, ou il y aurait besoin d’un sacré nettoyage. En plus, elle avait promis d’arroser les plantes de son voisin… »

Vous voyez combien l’ouverture en « déclaration de thèse » diminue l’impact de tout ce qui suit ? Ne faites pas ça.

Si vous vous trouvez vraiment coincés, alors coupez la phrase d’ouverture, et mettez la après toutes les autres. Encore mieux, transplantez la et changez la en « Brenda ne parviendrait jamais à respecter l’échéance. »

La pensée est abstraite. Savoir et croire sont intangibles. Votre histoire sera toujours plus forte si vous montrez simplement les actions physiques et les détails de vos personnages en permettant ainsi à vos lecteurs de savoir et de croire. Et d’aimer et d’haïr.

Ne dites pas à votre lecteur : « Lisa détestait Tom. »

A la place, construisez votre argumentation comme un avocat face à une cour, détail par détail. Présentez chaque preuve. Par exemple :

« Pendant l’appel, lorsque le professeur prenait une inspiration juste après avoir dit le nom de Tom, à ce moment précis qui précédait sa réponse, juste alors, Lisa murmurait sans discrétion « cul-terreux » au moment même où Tom répondait « présent ». »

Une des erreurs les plus courantes que font les écrivains qui se lancent juste est de laisser leurs personnages seuls. Quand vous écrivez, vous pouvez être seuls. Quand ils lisent, vos lecteurs peuvent être seuls. Mais vos personnages se doivent de rester aussi peu de temps que possible seuls. Car un personnage solitaire commence à penser ou à s’inquiéter ou à se poser des questions.

Par exemple : « En attendant le bus, Mark commença à s’inquiéter de la durée du voyage… »

Une meilleure présentation serait certainement : « Les horaires disaient que le bus allait passer à midi, mais la montre de Mark affichait déjà 11h57. On pouvait voir la route s’étendre sur une longue distance, jusqu’au centre commercial, et pas un bus n’était en vue. Sans aucun doute, le conducteur était garé vers le virage, tout au bout de la ligne droite, et faisait une sieste. Le conducteur dormait comme un bébé, et Mark allait être en retard. Ou pire, le conducteur était en train de boire, et ce serait ivre qu’il reprendrait le volant, et il réclamerait soixante-quinze cents à Mark pour le conduire à sa mort dans un accident spectaculaire… »

Un personnage seul doit plonger soit dans divers fantasmes, soit dans ses souvenirs ; mais même dans ce cas, vous ne pouvez des verbes « de pensée » ou un de leur nombreux parents.

Oh, et vous pouvez également oublier les verbes se souvenir et oublier.

Plus de transition du genre : « Wanda se souvint de la manière dont Nelson lui brossait les cheveux. »

A la place : « Durant leur année de première, Nelson avait pris l’habitude de lui brosser les cheveux, les lissant d’une caresse de la main. »

Une fois de plus, développez. Ne prenez pas de raccourcis.

Encore mieux, faites en sorte que votre personnage se retrouve avec un autre personnage, rapidement. Mettez-les ensemble et lancez l’action. Laissez leurs actions et leurs mots montrer ce qu’ils pensent. Quant à vous – sortez de leurs têtes.

Et tant que vous y êtes à éviter les verbes « de pensée », soyez très prudents en utilisant les fades verbes que sont être et avoir.

Par exemple :

« Les yeux d’Ann sont bleus. »

« Ann a les yeux bleus. »

Contre :

« Ann toussa et passa une main vers son visage afin d’éloigner la fumée de cigarette de ses yeux, des yeux bleus, avant de sourire… »

Plutôt que d’employer des déclarations fades à base de « être » et « avoir », tentez de cacher les détails de ce que votre personnage a ou est dans ses actions et ses gestes.

Ce sont les règles de base qui permettent de montrer une histoire, plutôt que de la raconter.

Et à partir de là, lorsque vous saurez comment développer vos personnages, vous détesterez toujours les écrivains fainéants pour qui il suffit d’écrire « Jim s’assit à côté du téléphone en se demandant pourquoi Amanda n’avait pas appelé. »

Je vous en prie. Pour le moment, détestez-moi autant que vous le voudrez, mais n’utilisez plus de verbes de pensée. Dans six mois, vous pourrez vous lâcher… mais je vous parie ce que vous voulez que vous ne le ferez pas.

Le chantier avance… à pas de tortue.

Bon, ça y est, cette fois-ci j’en ai eu marre : j’ai archivé la plus grande partie des posts passés.

Si vous cherchez bien (ça ne devrait pas être trop compliqué), vous pourrez trouver la majeure partie de mes diarrhées verbales écrites entre 2007 et 2012 sur Internet. Mais bon, au bout d’un moment, il faut tenter de renouveler : tout ça n’avait plus guère d’intérêt.

Je laisse quand même mes vieux textes ici, par excès de sentimentalisme. On ne se refait pas !

 

Bon, ça reste un gros chantier, tout de même, ici. Mais maintenant que les premières briques ont été posées, le haut de la charpente ne tardera pas à suivre.

(C’est pas comme ça qu’on construit une maison, en vrai, hein ? Bon. Je n’ai aucune idée de comment on construit une maison.)

 

Poster les dessins, finir les « à propos », transformer tout ça en « vrai site » plutôt qu’un « vrai blog ». Il y a du boulot ; j’aimerais boucler tout ça avant le 31 octobre. J’y crois !

NaNoWriMo : J-9…

Les Tournesols, écriture libre en 40 mn

On voit des choses étranges au quotidien parfois. Des petits détails qui pourraient sembler anodins, mais qui pourtant sont une source inépuisable d’histoires pour quiconque a une imagination un peu active.
On croise des gens et des choses qui n’ont aucun nom pour nous, aucun rapport avec nous, mais qui par leur allure nous en disent bien plus sur eux qu’une simple conversation le ferait.

J’ai par le passé croisé une amoureuse éplorée, abandonnée par celui qui lui avait donné rendez-vous. Habillée très élégamment pour l’occasion, elle tenait à peine debout sur des talons dont on voyait qu’elle n’avait pas l’habitude. Je discutais avec un ami sur les marches de la fontaine près de la Part Dieu, et elle était face à nous, attendait. Au bout d’un moment, elle s’est assise. Elle attendait toujours. Elle avait petite mine. Nous nous sommes demandé si nous devions aller la voir, lui parler. Nous ne l’avons pas fait, peut-être aurions-nous dû. . Elle a mis la tête dans les mains, a paru sangloter un moment. Puis est repartie.
Maintenant, je crois que je regrette de ne pas lui avoir parlé.

J’ai par le passé croisé une jolie Anglaise touchée par la chance. Dans le métro, un trèfle à quatre feuilles à la main (mais où avait-elle trouvé un trèfle à quatre feuilles au milieu de Lyon ?), un sourire sur les lèvres. Je l’ai admirée de loin.

La semaine dernière, j’ai rencontré un roi déchu. Le visage fier, un peu sévère, bien marqué, des yeux lumineux et un regard captivant, mais vêtu de vêtements très pauvres, et d’un manteau en bien piteux état, aux couleurs ternes et qui n’avait plus de forme. C’était une personne fascinante, le genre de personne qu’on pourrait imaginer sur un trône, mais dont la tenue laissent penser qu’on sera finalement plus à même de le retrouver sous un pont. Un fier monarque destitué, qui aurait tout perdu pour finalement devoir se résoudre à mener la vie du commun des mortels. Et prendre le bus en même temps que moi. J’avais un livre dans les mains ; en une demi-heure de trajet, j’en ai lu deux pages. Le reste du temps, je le dévisageais, et je laissais vagabonder mon esprit.
Une fois n’est pas coutume, en descendant du bus, je lui ai adressé la parole, pour lui dire ma fascination et mon admiration. Une métamorphose a eu lieu devant moi : son visage s’est détendu, et s’est illuminé. C’est fou comme un sourire peut transformer une personne…
Je ne sais ni son nom ni qui il est réellement, mais je garde ce souvenir comme celui de ma première rencontre avec un roi.

Et pas plus tard que ce matin, alors que j’attendais le tramway, une fille est passée. Pas vilaine, pas non plus un canon de beauté. Assez banale en somme, suffisamment pour que je ne me souvienne plus vraiment de sa tête. Son écharpe m’a marquée, une jolie écharpe violette qui faisait écho à la mienne. Mais ce détail-là n’est pas celui qui a nourri mon imagination.
Mes yeux se sont posés sur elle comme ils se poseraient sur n’importe quel passant, puis se sont tournés vers le bouquet de tournesols qu’elle avait à la main. Orange et flamboyant, on ne voyait que les fleurs qui dépassaient d’un papier vert, mais cela suffisait à attirer le regard.

Des tournesols à cette période de l’année, voilà qui était assez peu commun. Sans doute en trouve-t-on chez les fleuristes, ou peut-être à la campagne, dans les champs. Mais dans la grisaille de la ville, dans un matin plutôt froid et tristounet, un seul tournesol suffisait à créer l’effet d’un rayon de soleil. Alors un bouquet entier ! C’était le printemps, l’été qui revenait, une promesse de canicule dans trois fleurs et demie…

L’image m’a fait sourire. Je me suis imaginée une dame Nature, emmitouflée dans une écharpe et un manteau banals, qui tente de faire régner à nouveau ses droits dans une ville un peu trop terne. L’image a grandi dans mon esprit. Sous ce manteau, sa peau serait brillante et rayonnante comme le soleil qui se lève un matin de printemps, toute douce comme les feuilles sous la rosée, elle irradierait une légère lumière verte et diffuserait un parfum de fleur. Une fée camouflée sous un manteau de ville, qui attend son heure.

C’est fou comme l’imagination peut aller loin en suivant ces petits détails qui, finalement, sont assez communs.

Je ne sais pas exactement quelle était l’origine de ces fleurs, ni leur but. Les avait-elle achetées pour offrir ? Pour se les offrir ? Un anniversaire, un remerciement… Un futur mariage ? (Mais qui se marierait par un temps pareil ?) Ou alors venait-on de lui offrir ? Un petit-ami, une copine, par amour, pour une occasion particulière…
Je n’ai pas cherché à savoir. Elle est passée, a filé, je n’ai même pas vu son visage de près ; elle était sur l’autre trottoir.
J’ai juste vu ces tournesols qui me sont restés dans la tête, et je me suis dit que voir une fée, de bon matin, quand on s’est un peu levé du pied gauche et qu’on est en retard, ça n’est finalement pas une mauvaise manière de commencer la journée.