L’art de respirer

Inspiration… expiration.

Bon.

J’ai arrêté de prendre mes médicaments.

Je sais, c’est mal.

Je n’ai même pas vraiment fait exprès. J’étais entrée dans une nouvelle grosse période de dépression et de stress, j’avais l’impression de marcher face au vent, j’étais prête à tripler les doses, et puis je me suis dit « bwarf », j’ai eu la flemme de les prendre ou je les ai oubliés un jour, puis deux, puis trois, puis une semaine, puis… j’ai eu mal à la tête, très, des migraines atroces qui duraient des nuits durant.
Et puis j’ai recommencé à dormir normalement.
Genre, pas vingt heures par nuit. Juste huit ou neuf heures.
Et puis j’ai arrêté de me sentir oppressée H24.

Il est probablement un peu simplet d’établir une corrélation entre mon arrêt des médicaments et le fait que ça aille mieux. Je pense qu’il y a plein de choses qui entrent en compte : ma sortie d’un environnement qui m’était devenu toxique, le retour des beaux jours, des envies d’avenir…

Le week-end dernier, j’ai enfin pu participer à un shooting photo avec Lorelei, que nous avions prévu en novembre dernier mais que mon burnout m’avait forcée à annuler.
Cela fait un mois que, lentement mais sûrement, je peux retourner voir mes amis les Negitachi et chanter avec eux, au lieu de passer mes lundis à dormir. (Enfin ça c’est quand je ne suis pas clouée au lit avec une bonne grippe, évidemment.)
Ces dernières semaines, je tremble moins en allant au boulot.

Tout n’est pas soigné, tout n’est pas près d’être soigné. Je sens que ça prend du temps. Mais je sens les choses revenir petit à petit.

Je m’autorise à être en colère, et je sens cette colère qui me porte, parfois. Et j’ai recommencé à pleurer. Je pleure tout le temps. Rien qu’écrire le mot pleurer me fait pleurer. J’ai l’impression de retrouver mes sentiments.

Je ne suis plus une boule d’anxiété qui n’arrive pas à avancer. Et j’ai du temps… bon, pas assez d’énergie pour le remplir, mais je redécouvre ce que « vivre » veut dire.

J’apprends à me laisser vivre.

Un jour, j’étais chez le psychologue, on venait de finir un protocole d’ICV (c’est curieux, l’ICV. C’est un peu comme de l’hypnose qui fait voyager dans le temps. Et on va parler aux éléments abîmés qu’on trouve sur le chemin temporel, les rassurer, montrer que ça va. Je vous raconterai peut-être un jour plus en détails), on allait passer à de la méditation en pleine conscience (ça aussi, c’est curieux, d’ailleurs). Et puis, dans un instant de flottement où il ne se passait rien, je me suis rendu compte que je respirais.

C’est magique de respirer. C’est un truc dingue. On n’y pense pas, mais c’est le plus beau geste qui soit.

Allez-y, respirez.
Inspiration. Expiration.
Voilà, vous vivez.

C’est pas beau, ça ? On n’en a même pas conscience, mais on vit. On ne s’arrête pas assez sur ces choses-là.

Bref. Je vis. Je respire.

Le burnout étant ce qu’il est, j’ai quand même besoin d’être active. Je continue à travailler, alors que je ne devrais pas, ma boîte mail ouverte sur le côté, je m’empêche d’être trop réactive, mais voilà. A côté, je cherche du travail, parce que j’ai besoin d’être rassurée, besoin de me dire qu’il va y avoir quelque chose après. Et j’essaie de régler les choses administratives, parce qu’il faut que ça bouge, il faut que je me sorte de ma situation actuelle.

Ce sont les seules choses dans lesquelles j’arrive à mettre de l’énergie. C’est socialement plutôt bien, j’imagine, nul doute que Manu Croncron serait fier de moi, malade mais opérationnelle, prête à faire avancer la start-up nation.
(A la réflexion, oubliez : je fais partie de ces fichus assistés qui profitent indignement de l’argent théorique de la CAF. Et en plus à côté, je suis contractuelle de la fonction publique (pour former des futurs chômeurs créateurs de dette). MA VIE EST LITTÉRALEMENT FINANCÉE PAR VOS IMPÔTS.)

Bon, je suis active professionnellement, je sauve les meubles toujours. Mais d’un point de vue personnel, le reste suit difficilement. J’aurais envie de faire tous les jeux vidéo de ma liste Steam, finir de regarder tous les anime que j’ai en retard, lire tous les livres de ma PAL, dessiner et surtout, écrire, écrire, écrire… Mais je n’y arrive pas. Je n’ai pas l’énergie. Donc je me contente d’être assise et de respirer, et d’attendre, le regard dans le vide.
Attendre quoi ? Je ne sais pas. Attendre qu’enfin l’impulsion revienne.

Inspiration. Expiration

En apprenant à vivre, je commence à renouer avec mon corps. Je tente de me faire à manger. Lentement. Un repas par jour. A vingt huit ans, j’ai découvert ce qu’était « avoir faim ». Si je l’ai déjà su, j’avais oublié. C’est désagréable, cette sensation de tiraillement au ventre, cette faiblesse si on ne mange pas, cette impression de défaillir… Je me demande si je ne préférais pas quand je n’avais pas besoin de manger ? Et en même temps, cette sensation me rassure et m’ancre dans mon corps.

Comme ma grippe actuelle. Ça fait tellement du bien d’être malade physiquement, de manière légitime, de pouvoir me dire « je vais aller voir le médecin et il pourra faire quelque chose pour moi, facilement, rapidement », plutôt que ce tâtonnement permanent qu’est la souffrance psychique. Et ça fait du bien de me dire que mon corps est capable de ressentir des choses, même si ce sont des choses négatives, même si j’ai chaud et froid et chaud et froid et l’impression que je vais vomir mes poumons et que ma gorge a triplé de volume au point de m’empêcher de dormir. Ça va. C’est juste une grippe. Ça ne m’empêche même pas de me lever !

Voilà, il me semblait, visiteurs de l’Erreur, que vous méritiez d’avoir une petite mise à jour de mon état. J’apprends à vivre. Et parce que ça prend du temps, en attendant, je respire. Que du positif, finalement, non ? Qui sait, peut-être que d’ici quelques temps, je me remettrai même à écrire…

Maintenant il ne me reste plus qu’à inspirer un bon coup… et prendre rendez-vous chez le médecin pour lui avouer que j’ai arrêté les médicaments.
Et vu comme j’ai peur de le faire, je crois qu’il me reste encore un bout de route avant la sortie du tunnel. Mais j’avance.

 

Published byLia

Hobbite berserk à la plume acérée, aubergiste itinérante, éleveuse de peluches, geekàlunettes, mélomane, linguisticomane et psychocentrée : tant de centres d'intérêts, si peu de temps.

1 Comment

  • @now@n

    26 juin 2018 at 5 h 12 min Répondre

    Bonjour Lia !

    Je passais sur ton blog parce que je viens de remarquer que ça fait très longtemps que je n’ai pas vu un tweet de toi dans ma TL. J’espère que tu vas bien et que tu continues ton réapprentissage de la vie.

    Si tu peux faire un coucou public, je ne suis peut-être pas la seule qui se pose des questions ?

    Enfin tu fais comme tu veux et comme tu peux.

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