So long, Chester…

Le besoin de faire quelque chose pour te rendre hommage me prend aux tripes. Si je savais dessiner, je dessinerais. En l’occurrence, je ne sais même pas ce que je pourrais dessiner. Si je savais composer, je ferais une chanson que je te dédicacerais.

Mais je ne sais qu’écrire. Je vais donc t’adresser ces mots que tu ne liras jamais, lettre ouverte à toi mais surtout à moi-même.

Maigre hommage face à tout ce que tu as pu consolider en moi.

Comme beaucoup de personnes de mon âge, Linkin Park occupe une place importante dans la bande originale de ma vie. Je ne compte pas ce groupe parmi mes fondateurs, mais il faut lui reconnaître deux choses.
La première, c’est qu’il y a eu beaucoup de choses qui se sont beaucoup mieux passées qu’elles n’auraient pu grâce à lui.
La deuxième, c’est que Linkin Park, quelle que soit la chanson qu’on nomme, ce n’est que des bons souvenirs.
J’aurais du mal à donner une chanson préférée dans la discographie tant elles sont toutes emblématiques. Si je devais vraiment choisir, ce serait, bon gré mal gré, peut-être Faint. Je me revois découper les paroles dans un magazine en 2004. Je ne me rappelle plus le titre du mag, mais c’était LE mag à avoir à propos du Seigneur des anneaux, de Harry Potter, de Kyo, d’Evanescence ou de Linkin Park.
So 2004.
« I can’t feel the way I did before
Don’t turn your back away, I won’t be ignored »
Quand on a peur de l’abandon, c’est réconfortant d’entendre et de pouvoir hurler ces mots en chœur…
Chester, savais-tu que je me rappelle encore la première fois que j’ai entendu Numb à la radio ?
Chester, savais-tu que c’est ta voix qui m’a fait aimer Rage Against the Machine ?
Chester, savais-tu que c’est ta voix qui m’a fait opérer la transition vers le metal ?
Chester, savais-tu que c’est ta voix qui nous a réconciliés musicalement, mon cousin et moi, au point de nous pousser à poser les bases d’un groupe que nous monterions des années plus tard ?
Chester, savais-tu que c’est ta voix qui m’a aidée à tenir quand je hurlais les paroles de Don’t Stay dans la maison vide, en frappant dans les murs pour évacuer l’injustice du collège et de la maladie de mon frère et de ma place, ou plutôt ma non-place dans tout ça ?
Chester, as-tu la moindre idée d’à quel point tu vas me manquer ?
Non, tu ne le sais pas évidemment, tu ne le sauras jamais, mais ça n’a aucune importance : je sais que tu as déjà entendu tout ça. Je ne suis pas un cas isolé, nous sommes des milliers à avoir partagé de tels vécus autour de Linkin Park. Vos chansons sont entrées dans l’imaginaire collectif d’une génération.
C’est drôle, j’ai acheté Meteora sur un vide-grenier il n’y a pas un mois, et le CD est encore dans mon lecteur. C’est drôle, après avoir raté de mauvaise grâce le Hellfest et le Download, je m’étais juré qu’un de mes prochains concerts serait Linkin Park. C’est drôle, j’en parlais encore il y a deux jours, à Las Vegas, en voyant une affiche qui indiquait que vous y joueriez le 1er septembre prochain.
C’est drôle comme tout ça n’est pas drôle et comme j’ai besoin de pleurer et comme je pleure en écrivant ces mots alors que je ne te connaissais même pas et ne t’ai même jamais vu, finalement.
La nouvelle est arrivée comme une énorme baffe dans ma gueule, quand, perdue au milieu du Far West, le réseau a refait son apparition et ces mots ont été les premières nouvelles du monde à me sauter au visage. Tu t’étais tué. Tu n’avais que la quarantaine. Tu étais mort, Chester. Une des voix de mon adolescence avait disparu. Ça y est, j’ai atteint ce point de la vie où on enterre ses idoles… Mais toi, c’était un peu tôt. Tu en avais parlé, Chester, de ton combat contre tout ça. Finalement, comme tant d’autres, ça t’a embarqué. Trop tôt.
Alors so long, Chester. On se recroisera peut-être, plus tard, pas tout de suite, dans une autre vie. C’est bizarre de me dire que je ne suis qu’à quelques centaines de kilomètres de toi. Peut-être que si j’avais été de l’autre côté de l’Atlantique ça m’aurait moins frappée. Sans doute pas.
So long, Chester. J’aurais aimé pouvoir te voir au moins une fois dans ma vie. Sur scène, ou pour te serrer la pince, discuter avec toi. Tu avais l’air d’un type intéressant et drôle, tu avais l’air d’avoir des choses à dire. Ça aurait été chouette que tu puisses les dire.
So long, Chester. Merci pour tes prises de position. Merci pour la puissance de tes mots, ta voix, ton personnage. Merci pour ta chaleur et ton humour. Merci pour ta musique.
So long, Chester. Je ne sais pas si Linkin Park se relèvera de ton absence. Je le souhaite, quelque part, je souhaite que la vie continue, je souhaite qu’ils nous montrent à leur tour qu’on peut se relever de tout. Mais tu demeureras irremplaçable. Tu es l’emblême d’une génération, et tu resteras dans les mémoires et dans les cœurs.
So long, Chester.
« When my time comes
Forget the wrongs that I’ve done
Help me leave behind some reasons to be missed
And don’t resent me
And when you’re feeling empty
Keep me in your memory
Leave out all the rest
Leave out all the rest »

Published byLia

Hobbite berserk à la plume acérée, aubergiste itinérante, éleveuse de peluches, geekàlunettes, mélomane, linguisticomane et psychocentrée : tant de centres d'intérêts, si peu de temps.

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