Garder courage

« Mlle Guillaumet ? »

La salle d’attente est pleine, bruyante. La médecin prend sans rendez-vous, nous sommes mercredi matin. Il y a des enfants malades partout, et j’essaie de me faire la plus petite possible sur ma chaise.
Cela fait deux jours que je rate mon train pour aller à Lyon. En soi, ça arrive, ce n’est pas la fin. Mais cela fait un mois que je ne me réveille plus, que je dois parfois appeler le boulot en catastrophe, que j’annule des rendez-vous parce que je n’arrive pas à me lever, pas à sortir…
Et ça, c’est beaucoup plus ennuyeux.

La médecin me reçoit enfin, après deux heures d’attente. Elle est douce, à l’écoute, et alors que j’essaie d’expliquer mes antécédents, les hospitalisations, le combat, et que ça allait mieux, que j’avais arrêté les médicaments, mais que maintenant je ne me réveille plus, que je n’en peux plus, je me sens m’effondrer.

La médecin me tend un mouchoir, m’arrête pour une semaine, me prescrit des nouveaux antidépresseurs, me réconforte.

« Gardez courage ».

En sortant, je salue ma chance d’avoir une telle médecin en bas de chez moi.

Je passe la semaine à dormir, et la semaine suivante, elle m’arrête à nouveau.

*

C’est le week-end de Pâques et c’est une fête importante pour ma famille. La famille qui vit à cinq heures de route d’où j’habite. Les transports me tétanisent. Devoir affronter le métro, puis le train, puis le bus…
L’idée de décevoir ma famille me tétanise encore plus. Je cède. Métro, train, bus ce sera.
Je dissocie. Je me regarde valider mes titres de transport les uns après les autres, dire bonjour au contrôleur, remercier le chauffeur. Du haut de mon poste d’observation privilégié, je regarde mon corps trembler et puis s’affaisser, comme pour faire oublier qu’il est là, qu’il existe. Ma tête est loin, ailleurs, dans un délicieux coton où le bruit ne m’atteint pas.
Je retrouve ma famille et je tiens, vingt-quatre heures, le rythme des conversations bruyantes à table. Tant qu’on ne me demande pas comment ça va, tout va bien. J’arrive à accrocher les sujets des autres, j’arrive à afficher un sourire, j’arrive à donner le change.

Jusqu’au dernier matin, le jour du départ. J’appréhende le trajet. Six heures de route, avec un inconnu au volant. Avec les grèves, pas d’autre solution que le covoiturage. Je suis sur les nerfs.

Alors quand on me demande, cette fois-ci, je n’arrive pas à dire que ça va. Je me sens m’émietter, sombrer, et avant que je le sache, je pleure à gros sanglots dans les bras de cette personne que je n’ai pas serrée dans mes bras depuis au moins quinze ans… Je pleure, et je pleure, et je m’en veux de pleurer parce que je la vois pleurer aussi, et je n’arrive pas à m’arrêter, et je serre les dents, et je me vois, de haut, me redresser, présenter mes excuses, ne plus savoir quoi faire.
Je la remercie. Et puis « ça va aller ».

Ça va toujours aller, dans ce genre de cas. On ne dit pas aux gens que c’est peut-être la dernière fois qu’on les voit, parce qu’on ne sait pas comment on se lèvera le lendemain.

*

Chaque semaine, la médecin m’arrête une semaine de plus. Alors que j’ai tenté de contacter le travail pour leur parler, continuer à les aider dans une situation plutôt critique, je sens que tout me glisse entre les doigts. Je n’y arrive plus.

Je me saborde sous les yeux de mes colocataires.

« Il faut que tu donnes des nouvelles. Les gens m’en demandent. Souvent. »

Je sais.

« Maman aimerait bien que tu répondes à ton téléphone. »

Je sais. Je sais.

« Objection ! »

Les seules personnes qui ont des nouvelles sont ceux qui habitent avec moi et les personnages de mon jeu. En février, j’ai recommencé Ace Attorney. Je n’avais fait que le premier jeu, il y a presque dix ans de ça. Les heures de jeu filent à toute allure –elles ont le mérite de ne pas me prendre trop d’énergie, et elles m’ancrent.

« Il faudrait vraiment que tu rappelles A., elle s’inquiète… »

Mon téléphone est abandonné dans la chambre, noyé, en silencieux, j’essaie de ne plus le regarder, il m’angoisse trop. Je ne m’approche plus de l’ordinateur –maintenant que nous hébergeons mon frère, je n’ai plus de bureau ni de coin où m’installer vraiment. Je reste, assise sur le canapé, à creuser mon trou, à jouer. Ma DS est le seul équipement électronique dont j’ose m’approcher. Les personnages dans les jeux deviennent mes amis proches, des connaissances dont je sais tout, des tropes faciles à cerner. Des gens qui ne me demandent pas comment je vais, des gens qui ont leurs propres problèmes qui ont l’air à des kilomètres des miens, et que j’aide à résoudre de manière bien plus simple que les miens.
Je joue compulsivement, un jeu après l’autre, à toute allure, parce que c’est tout ce que j’arrive à faire. Au moins, j’arrive à faire ça, c’est un pas en avant, non ?

*

« Les médicaments ne fonctionnent pas. »

La phrase tombe, comme une sentence, mais sans vraiment de surprise. Après un mois allongée, à avoir réussi à me forcer pour deux grands trajets, à essayer de conserver mes interactions sociales, je suis vidée. Nous sommes mi-avril, je n’ose plus regarder mon téléphone depuis une dizaine de jours, cela fait aussi longtemps que je ne suis pas sortie.

La médecin me regarde, me jauge, évalue l’affaissement de mes épaules, la rougeur de mes yeux, le gras de mes cheveux -depuis combien de temps ne me suis-je pas douchée, je ne me douche plus, je n’y arrive plus, pourquoi me doucherais-je de toute façon ?

« Je vais vous envoyer chez un spécialiste. »

Devant moi, elle prend le téléphone. Elle fait le numéro. Et devant moi, elle prend rendez-vous, pour moi, avec un psychiatre en qui elle a confiance, pour la semaine suivante, au fin fond du XVIe arrondissement.

« Allez-y. C’est quelqu’un de bien. Il saura quoi faire. »

La semaine suivante, mon colocataire m’accompagne dans le métro, me tient l’épaule pour m’ancrer dans la réalité, et me voilà dans une salle d’attente plus grande que mon salon, avec deux cheminées, des canapés bien trop moelleux, et Fip en fond sonore.

Il est à l’heure. Il est aimable. Il m’écoute pendant vingt minutes, puis résume. Fluoxétine, duloxétine, paroxétine, prazépam, quatre molécules et pas une seule n’a fonctionné sur le long.

« On va tenter quelque chose de différent. »

Il prend le temps, m’explique, puis fait un e-mail à ma médecin en me mettant en copie.
En rentrant chez moi, je google « IMAO ».

Oh.

Je suppose que ça veut dire que je ne vais encore pas boire d’alcool pendant quelques années.

*

Le CMP est en bas de chez moi –littéralement à deux numéros de la porte de mon immeuble. En rentrant de chez la médecin, alors que je passais devant, je suis entrée impulsivement pour exposer mon cas. On m’a donné un rendez-vous infirmier la semaine suivante, où j’ai une fois de plus tout déballé.

Puis j’ai oublié.

Il faudra attendre un mois pour avoir un coup de fil.

« Vous avez déjà un suivi médical et psychiatrique dans le cadre de votre ALD, on ne peut pas vous prendre en charge. Et puis nous avons des cas beaucoup plus sérieux à faire passer en priorité. »

C’est vrai que mon cas est simple, il y a des gens dans des situations bien pires que la mienne. Je devrais être soulagée.

Je pleure quand même.

*

Les posters respirent. De mon point d’observation privilégié, allongée sur le canapé, je les regarde, incrédule. Ce n’est pas possible, c’est que je bouge, c’est ça ? J’arrête de respirer, je m’assure de ne plus bouger, mais non, ils continuent.  Un effet du vent peut-être ? Mais la fenêtre est fermée.
J’élimine les possibilités les unes après les autres mais finalement, le doute n’est pas permis : les posters sur mes murs respirent. Je vois leur corps de papier se gonfler, se dégonfler, à rythme régulier, même si je ne respire pas de la même manière.

Je détourne le regard. J’essaie de les prendre par surprise. Hop !
Mais ils continuent. Se gonflent, se dégonflent.

Bientôt, ce sont les murs entiers qui se mettent à respirer.

*

« Pourquoi je vis, pourquoi je meurs ? »

Mon subconscient a le chic pour me mettre dans la tête des chansons que je n’ai pas entendues depuis des lustres.
Les nuits sont longues, depuis les IMAO. Les médicaments ont le mérite de me tenir éveillée.

Ce n’est pas la première nuit que je passe assise sur le lit, à regarder par la fenêtre les quelques étoiles qui parviennent à percer la pollution lumineuse de la région parisienne.

Ces moments sont les pires et les meilleurs. Alors que tournent en boucle dans ma tête les paroles du SOS du Terrien en détresse, je me sens sereine comme jamais. Le silence de la nuit est comme une validation de ce que je ressens. La chaleur lourde du mois d’avril (comment peut-il faire aussi chaud en avril ?) me soulage du poids que j’ai en moi.
Rien n’a de sens. Je pourrais disparaître du jour au lendemain, et ce serait tout. Une telle libération…

La douce torpeur qui m’enveloppe n’a rien de celle de l’endormissement. De temps en temps, je pleure un peu, avec cette certitude qui s’ancre en moi.
Je vais mourir.

Je ne sais pas quand, mais bientôt.

*

J’ai perdu le compte des semaines. Elle signe à nouveau l’arrêt. Je ne retournerai pas au travail, pas cette fois encore.

« C’est long. Ça prend du temps. Gardez courage. »

Je lui serre la main, comme d’habitude. A la semaine prochaine.

*

On est le premier mai deux mille dix-huit. Demain, nous serons le deux mai deux mille dix-huit. Une date qui n’a aucune importance pour personne, un jour comme un autre, alors pourquoi ça me secoue autant ?

Demain, cela fera vingt ans qu’hide est mort.
Vingt ans.
Vingt. Ans.

Je n’ai jamais connu hide. Il est mort quand j’avais huit ans, dans un pays dont j’avais seulement vaguement la notion de l’existence à l’époque.
Je n’ai jamais rencontré hide. Je ne l’ai jamais vu sur scène. Je ne lui ai jamais serré la main.

hide n’est rien pour moi. Juste une star morte sept ans avant que je prenne conscience de son existence. Rien de plus qu’un ami imaginaire, quelqu’un que j’ai pleuré année après année, quelqu’un dont j’ai une image figée. Quelqu’un à qui je me suis confiée quand je n’arrivais plus à me confier à personne. Quelqu’un qui m’a fait me lever les matins, juste avec un solo de guitare –je déteste la guitare –oui mais c’était hide. La seule personne dont je parvienne à identifier les solos de guitare au monde.

hide n’est rien pour moi. La dernière fois que j’ai commémoré sa mort avec des amies, j’avais seize ans. Je vais en avoir vingt-huit.
Vingt-huit.
Cela fait douze ans que je n’ai pas réellement grandi sur le sujet. Impression de ne pas avoir avancé d’un iota.

Je déteste le deux mai deux mille dix-huit parce que ça fera vingt ans que quelqu’un qui était probablement une star pompeuse et déconnectée de la réalité est mort. S’il n’était pas mort il aurait eu cinquante-quatre ans. Il serait devenu un vieux con imbu de lui-même. Il n’aurait plus rien eu à voir avec la star qui déambulait sur scène.

Oui mais c’était hide. hide qui avait seulement trente-quatre ans à l’époque, hide qui répondait personnellement aux mails de ses fans, même ceux qui lui disaient simplement « bonjour » ou « bonne nuit », avec des petits mots d’encouragement.

Je n’ai jamais envoyé d’e-mail à hide.
J’ai passé des nuits à lui parler, dans une langue qu’il ne parlait pas, ne comprenait pas, dans des milieux où il ne pouvait pas m’entendre.
Il ne m’a jamais répondu.

Le deux mai deux mille dix-huit, je ne me réveille pas avant dix-huit heures, et je vais me coucher à vingt heures. C’est bien assez d’heures d’éveil pour une journée pareille.

Peut-être que le trois mai, je serai moins hantée par la moi de quinze ans qui a besoin de pleurer toutes les larmes de son corps.

Stupide hide.

*

De temps en temps, je lève les bras et je sursaute. Au bout, là, loin, il y a… des mains. Mais ce ne sont pas mes mains. Ce sont… des mains. Des mains inconnues. Trop longues, trop grandes. A qui sont elles ? Je baisse les bras, elles les suivent.
Plusieurs fois par jour, plusieurs fois par heure, je lève ces mains, les tourne, les inspecte. C’est étrange. J’effleure le canapé, je touche mon épaule, griffe mon bras.
Ce sont mes mains ?

Mais elles changent de forme devant mes yeux. Et les ongles sont si… longs ? Courts ? Puis longs à nouveau ?

Ce sont mes mains ?

Au bout de quelques jours je me rends à l’évidence. Je ne reconnais plus mes mains. Alors, de temps en temps, je les lève vers mon visage, les inspecte.
Je me rappelle qu’il y a une quinzaine d’années, une de mes plus grandes peurs était de me faire couper les mains.
Mais non, elles sont toujours là. Elles continuent à répondre à mes injonctions, même si je ne les reconnais plus.

Cela dure environ trois semaines. Et puis, à force de vérifier, de toucher, de griffer, j’admets.

Je peux tranquillement recommencer à me ronger les ongles, maintenant qu’ils ont arrêté de changer de taille quand je les regarde.

*

« Il y a trois facteurs. La dépression, l’anxiété et le sommeil. Dans votre cas, il semblerait que les IMAO fonctionnent pour le premier facteur. Maintenant, il faut que nous réussissions à stabiliser les deux autres. Pour l’instant, vous n’êtes pas assez stable. C’est normal. C’est difficile. C’est comme pour une personne diabétique : il faut trouver les bons dosages. »

Je lui serre la main.

« Gardez courage. »

En sortant, j’explique à mon colocataire que c’est un peu comme si j’avais un cancer de la pensée. Mes pensées se bouffent elles-mêmes et vont bientôt détruire mon corps si ça continue.

Il sait déjà, mais le fait que j’arrive à mettre des mots dessus le rassure.

*

« Objection ! »

Le jeu se termine sur cette dernière exclamation. Ça y est, j’ai fini Ace Attorney. Les six jeux, les deux spin-off, « Investigations » et le crossover « Professeur Layton vs. Ace Attorney ». J’ai poncé la franchise, comme on dit. Testé tous les objets, sauvegardé et testé toutes les possibilités de réponses, observé minutieusement chaque environnement.
Je connais les personnages et l’histoire par cœur. J’ai appris les dates, comme si elles avaient la moindre importance. J’ai appris certaines répliques parce qu’elles m’avaient marquée.

Il y a quelques semaines, j’ai juré par tous les diables à mon colocataire que non, jamais, je n’entrerais pas dans un nouveau fandom, j’en avais déjà assez, et que si je le faisais, ce ne serait certainement pas Ace Attorney.

Mais quand même, il faut que je vérifie… comment coïncident deux affaires, la relation entre certains personnages…

Je reprends mon téléphone pour la première fois depuis des lustres. J’accède à Internet. Je fais mes recherches. Je tombe sur Tumblr.
Il n’en faut pas plus.

Ça y est. Après Harry Potter, Gundam Wing, FullMetal Alchemist et X Japan, me voilà dans un nouveau fandom.

Je ne m’investis pas, je ne prends part à aucune conversation. Je ne fais que lire, parcourir, découvrir le canon encore plus en détail, découvrir les headcanons. Je suis simple spectatrice, mais le fandom de Ace Attorney est encourageant en soi. Passionné et tolérant. Clay Terran est en vie, Phoenix ne cesse d’adopter des enfants, et Miles a un « Nghoooh » très caractéristique qui n’a de cesse de me faire sourire.

Peut-être que j’avais besoin de ça ?

Au moins, j’ai à nouveau mon téléphone en main. Même si j’ai désinstallé les principales applications et coupé le réseau pour n’user que le wifi. Même si j’évite avec panache tous mes réseaux, c’est peut-être… Un premier pas vers l’extérieur ?

Mon colocataire se moque de moi, mais je sens que ça lui fait plaisir de me voir à nouveau discuter, et pas de manière cynique ou suicidaire. Même si ce n’est que pour parler d’Ace Attorney.

*

Il est trois heures du matin. Je viens de finir de lire une fanfiction de plus. Celle-ci faisait quatre-vingt mille mots.
Je fais le calcul rapide. Quatre-vingt mille mots en quatre heures. Vingt-mille mots en une heure. Environ trois cents mots anglais par minute. Presque mille mots toutes les trois minutes.

En anglais, il me faut bien une demi-heure pour en écrire autant. Dix fois plus de temps.

J’ai le vertige et du mal à étouffer un rire cynique. Ce calcul n’a aucun sens. Lire et écrire, ce n’est pas pareil.
Pourtant, cela me tient éveillée toute la nuit.

Même en me débattant comme un beau diable, je ne pourrai jamais écrire plus que je lis, parce que je lis trop vite, je n’écris pas assez vite, tout ça n’a aucun sens. Je n’ai aucun sens. Ma vie n’a aucun sens. On ne vit pas pour lire, on ne vit pas pour écrire.

Je suis très sereine dans ma réalisation. Cette nuit encore, je la passe à observer l’étoile que je vois de ma fenêtre, avec des chiffres dans la tête. Tous les mots que je n’écrirai pas.

Je ne peux pas me jeter de la fenêtre. Cette mort serait sale, et surtout, méchante pour qui retrouvera mon corps. Je ne veux pas que ma mort fasse souffrir des innocents.

Je réfléchis. Je suis sereine. Je n’écrirai jamais autant que tout ce que j’ai lu. Et de toute façon, ça n’a aucune importance : je vais mourir.

Quelques jours plus tard, on me prescrit des somnifères.

*

Quand le gamin de l’étage au-dessus est arrivé au bout de son précédent morceau de piano, j’étais satisfaite. Il allait enfin apprendre quelque chose de nouveau.
Quelques jours plus tard, les premières notes de la Lettre à Elise passent notre fenêtre. Enfer.

Tous les soirs, petit à petit, charcutée, la Lettre à Elise résonne. Encore plus les mercredis après-midis et les week-ends.

Mais on ne joue pas du piano à trois heures du matin. Pourtant, la Lettre à Elise résonne malgré tout dans mes oreilles. En permanence. Comme si on la jouait à côté de moi.

« Oh oui, les somnifères peuvent donner quelques hallucinations. »

Super, après les mains et les murs qui respirent, il ne manquait plus que ça. Des nuits peuplées de Lettre à Elise.

Je me sens maudite.

*

Il faut que je me coupe les cheveux. Les pointes fourchent, ils sont devenus moches. J’ai pris la sale manie avec l’angoisse de me passer les mains dans les cheveux en permanence, de tirer les nœuds, d’en faire quand il n’y en a pas, puis de tirer jusqu’à ce qu’ils partent. Des fois, je saisis la racine, et je tourne dans un sens, dans l’autre, et j’entends presque le petit « ploc » du cheveu qui se détache, un son tellement satisfaisant que je continue.

Il y a des cheveux partout par terre. Il faut que je fasse le ménage. Il faut que j’arrête de m’arracher les cheveux. Il faut que je me coupe les cheveux.

Les jours passent. Il y a de plus en plus de cheveux. Je ne fais pas le ménage. Et puis un jour, mon colocataire laisse la paire de ciseaux dans la salle de bain, et puis j’en ai marre, il est grand temps, alors je coupe les pointes. Pas long, juste les pointes, même pas cinq centimètres, juste au-dessus des nœuds. J’égalise un peu pour que la coupe soit propre. Je me passe la main dans les cheveux : tout est lisse, rien n’accroche. Voilà, c’est fait.

Mon colocataire passe l’aspirateur. Il n’y a plus de cheveux par terre. Je n’ai plus de raison d’avoir des nœuds dans les cheveux, de les tirer, de les déplanter un par un…

Même pas une heure après, je recommence à m’arracher les cheveux.

*

« Oh Christ how I hate what I have become
Take me home »

Les chansons continuent de circuler dans ma tête. La Lettre à Elise m’a un peu laissée tranquille, mais mon subconscient a vraiment le chic pour faire tourner les pires paroles au bon moment.

Je me revois l’an passé et je me demande comment j’ai pu, en un an, brûler à ce point mes ailes. Je n’écris plus, je ne dessine plus, je ne veux plus voir des gens, la simple idée de parler à quelqu’un me fait me griffer les bras à m’en arracher la peau. Alors que l’an passé, je recevais des gens chez moi, j’écrivais et dessinais à m’en arracher les tripes pour m’en servir d’encre sur le papier. J’avais un Hivemind aidant, aimant, vers qui je n’ose plus me tourner.

Je suis devenu un fantôme.

Je sais toujours que je vais mourir. Je ne sais toujours pas quand, j’ai toujours cette sensation de proximité, mais le moyen devient plus flou.

Pour oublier, je me noie dans les mots des autres. J’ai 120 onglets de fanfictions ouverts. Plus que je n’en écrirai jamais, mais ça n’a plus d’importance.

*

« Ça va aller ? »

Inspiration. Expiration.

« Ça va aller. »

C’est devenu un mantra. Le médecin l’a dit : maintenant que j’arrive à faire deux ou trois choses par jour, même si c’est juste le repas, le ménage, prendre une douche, il faut que je continue.

« C’est comme le sport, plus on fait, plus on a l’adrénaline pour faire. »

J’objecte : au cours de ma vie j’ai dû essayer au moins vingt sports différents et je n’ai jamais eu cette poussée d’adrénaline.

« Bon, peut-être que le sport n’était pas un bon exemple. »

Ou peut-être que je n’ai juste pas l’adrénaline ? Je dois me forcer, pour tout. Ma seule motivation est mon but, et je ne prends aucun plaisir à faire le chemin. Mon moteur unique ? Ce n’est pas l’espoir, ce n’est pas l’amour. C’est la culpabilité.

« Il faut faire les choses pour vous-même. »

Si je fais ça, je ne ferai plus rien…

Elle me serre la main.

« Gardez courage. »

Mais je sens que, même si c’est mon médecin traitant et qu’elle commence à me connaître, elle arrive à bout des choses qu’elle peut me dire. En sortant, je saute le pas et prends rendez-vous avec un nouvelle psychologue.

Il est grand temps que je recommence à voir quelqu’un.

*

Je déteste prendre des douches, parce que c’est toujours le moment où je réfléchis le plus. Les mots me tournent dans la tête.

Les premières semaines, je prenais une douche toutes les deux semaines. C’était tout sauf bon, mais je m’en moquais, je m’en moque toujours.

Je suis passée à une douche toutes les semaines. Et puis, au début de cette semaine, mon colocataire a passé un deal avec moi : un jour sur deux. Les autres jours, c’est son tour.

Alors je passe plus de temps sous la douche.

Les mots me tournent encore plus dans la tête. Les mots de ces derniers mois. Toujours ce besoin de canaliser, d’archiver, et surtout de faire comprendre.

Ce sont des bribes, des vagues choses dont je me souviens. Ces trois mois sont passés comme un vague rêve dont je m’éveille petit à petit, non sans mal.

Je ne me réveille toujours pas bien les matins. J’ai toujours du mal à m’endormir les soirs. Je me sens plus Serveuse automate que jamais. J’ai juste envie d’être moi, ma vie ne me ressemble pas…

Hier, pour la première fois, je suis sortie, je suis allée à un événement social, après avoir passé mon 21 juin à pleurer de ne pas réussir à sortir pour la fête de la musique.

Aujourd’hui, j’écris.

Et sans relire, j’appuie sur le bouton « Publier. »

Le Diagnostic

[Trigger warning : santé mentale, dépression, rejet, douleur morale… Je suis mauvaise pour les trigger warnings mais il me semble que cet article en a besoin. Simplement : tout ce qui suit a été écrit avec les tripes, plus que d’habitude. Donc lecteurs empathes que le sujet de la santé mentale touche, prenez soin de vous.]

Il y a eu un tout premier diagnostic dont je ne me rappelle absolument pas. Des livres, de l’apprentissage, je ne sais même pas si c’était un vrai diagnostic, j’étais trop jeune. Ce « surdoué » qu’on entendait balancé comme une insulte par les autres à travers la cour de récréation. Un mot qui ne veut rien dire, remplacé par d’autres qui veulent en dire encore moins.
Est-ce que c’était vraiment un diagnostic ?
Non, vraiment, je ne sais pas. C’était là, ça l’a « presque toujours été », et le mot ne venait pas de moi, mais je le savais déjà, c’était la conviction que je n’étais pas comme les autres.
J’ai pu en parler librement quand j’ai connu d’autres comme moi.
Et maintenant ?
Maintenant ça va. Je vis avec. Ça fait partie de moi et pour le coup, ça, je n’ai jamais lutté contre (je ne vois même pas comment je pourrais le faire).

Il y a eu un deuxième diagnostic plus de dix ans plus tard. Celui-là n’a pas été une surprise. Il est tombé comme je m’y attendais, au moment où je m’y attendais. « C’est typique d’un état limite. »
Peut-être même qu’il a conforté mon impression que « je me connais bien assez moi-même pour avoir besoin d’aller voir un psy ».
La psy qui l’a posé l’a fait maladroitement, puis m’a parlé de « commencer par éliminer les facteurs à risques ». J’ai eu l’impression d’être une voiture qu’on répare. Je ne suis jamais retournée la voir.

Il y a eu un troisième diagnostic, ou plutôt un deuxième diagnostic bis, encore cinq ans après. Celui-là n’a pas été simple à obtenir. Il a fallu cinq psys différents et un passage à l’acte pour que quelqu’un daigne me dire autre chose que « Vous n’écoutez pas ce que je vous dis, je ne peux rien pour vous » avant de me jeter dehors, ou « Votre problème c’est que vous ne savez pas choisir, c’est comme votre bisexualité ça. [j’ignorais mon asexualité à l’époque] Ça passera, je vais vous prescrire du Lexomil en attendant. »
Je ne sais pas à quel point les gens ont conscience du danger que représentent certains médecins pour leurs patients mais ça me terrifie. C’est navrant de m’apercevoir qu’il a fallu me pousser à bout, jusqu’à atteindre un état délirant, pour que des professionnels de l’écoute finissent par m’écouter.
Je ne sais plus comment ce diagnostic est tombé exactement. C’était pendant ce passage de ma vie suffisamment violent pour que ma mémoire le parsème de lacunes. Je me souviens toutefois des mots du psy, celui-là même qui m’avait prescrit des médicaments : « Je n’aurai pas le temps de vous prendre en charge. Allez voir quelqu’un d’autre. Tenez, voilà des contacts. Dites leur que c’est pour un suivi de borderline. »
Borderline. Borderline. Borderline.
On y revenait.
Les mots griffonnés à la hâte sur l’arrêt de travail enfoncèrent le clou. « Suite de TS avec trouble de la personnalité. Nécessite des sorties libres. »

Je n’admettais alors que difficilement avoir fait une TS. Mais reprendre le diagnostic de borderline dans les dents, c’était un échec pour moi. L’échec le plus total. J’avais vécu les 5 dernières années avec la certitude de pouvoir surpasser (peut-être même d’AVOIR surpassé) cet état. C’était oublier que ce n’est pas quelque chose qu’on surpasse, mais quelque chose qu’on accepte et qui nécessite des adaptations, parce que ça ne se soigne pas…
…et maintenant ?
Maintenant ça va. Comme pour le premier diagnostic, je vis avec. Je décrypte petit à petit ce que ça implique, je fais des expériences et je tombe souvent, mais j’apprends mes limites et j’y trouve des richesses. Dire que je n’en souffre pas serait mentir, mais la vérité, c’est que j’arrive à le contrebalancer et je ne le vis pas si mal.

Il y a eu un vrai troisième diagnostic peu de temps après, et si lui non plus n’a pas été une surprise, il a sans doute été celui qui a le plus créé de la culpabilité. Être frappée par un stress post-traumatique sans avoir fait la guerre ne pouvait que me donner l’impression d’être là pire des imposteurs. Et pourtant cela facilitait tellement la mise en place des pièces du puzzle. Cela traçait la route à suivre. Du temps, du temps, du temps mais pas que. Revenir point à point, déconstruire les mécanismes dangereux pour moi. Avec la certitude qu’il y avait quelque chose derrière, quelque chose de plus vieux, quelque chose qui avait conduit à. Mais quoi ?

J’avais l’impression d’avoir beaucoup avancé, beaucoup marché. Je l’ai sans doute fait.

Et puis cette semaine il y a eu un nouveau diagnostic. Et celui-là m’a prise de court. Je ne m’y attendais pas. Après un an de thérapie suivie, à avoir trouvé des arrangements, des solutions, accepté que « j’étais comme ça », posé des barrières, adapté ma vie à mes limites… Ce nouveau diagnostic m’est arrivé dessus comme un coup de poing dans le ventre, violent, assommant, étouffant, étourdissant. Je me suis sentie tomber. Je tombe toujours.

Nous parlions dépendance affective et angoisses. Besoin de guide et incapacité à m’exprimer. Phobie de sortir et épuisement. Gestion des émotions et rapport à l’enfance. Je décrivais l’interdiction que je me posais à exister, jusqu’à mes vingt-cinq ans environ (ce fameux moment où « j’ai voulu devenir le personnage principal de mon histoire »).

« Oui. Vous avez traversé une longue période de dépression durant votre enfance. Elle n’a jamais été exprimée, alors elle s’accroche. »

Non.

 

Non.

 

 

Non.

Ça, c’était impossible. Et d’avoir tout, toute l’évidence devant les yeux, parce que ça l’est, évident, parce que tout tombe juste pile en place, n’a absolument pas aidé.
C’était impossible.

Impossible parce que je ne pouvais pas faire ça à mes parents qui avaient vraiment tout fait pour m’élever de leur mieux.
Impossible parce que personne ne s’était rendu compte de rien. JE ne m’étais rendu compte de rien. MOI, adulte face à l’enfant que j’étais, n’avais JAMAIS même émis cette hypothèse. Je ne pouvais pas avoir été aussi aveugle. A côté de combien d’enfants qui souffrent serais-je aussi passée sans les voir ?
(Etais-je à mon tour devenue adulte aveugle face à ma propre soeur ?????)

Impossible parce que soudain, un lundi soir, comme ça, de nulle part, on m’assène la phrase qui semble alors marquer le plus gros échec de ma vie. La culpabilité est sans fin. ‎Je suis d’une vulnérabilité incroyable. Et même avec ça je parviens à maîtriser mes larmes devant la psy parce que…
Parce que non.

Parce que « je n’ai pas le droit ».

Envolés, les beaux discours pourtant si évidents dans ma tête, ceux que j’utilise alors que je suis en colère pour rappeler aux gens qu’ils sont ce qu’ils sont.
Envolée la logique la plus élémentaire du « j’ai le droit d’aller mal » que je suis la première à défendre.

Shutdown complet. J’ai tout coupé. Tout fermé. J’ai eu besoin d’en parler. J’ai envoyé des messages. Et puis je n’ai pas réussi à en parler. J’ai plaisanté pour éloigner les messages d’avant.

[Si vous avez reçu ces messages ne vous sentez pas mal. Vous n’auriez rien pu faire parce que je ne vous aurais rien laissé faire. Vous n’y êtes pour rien.]

Ce n’est pas seulement « je n’ai pas réussi à en parler ». C’est « encore maintenant je ne parviens pas à le vocaliser et l’écrire me fait pleurer toutes les larmes de mon corps. »
Heureusement, écrire met de la distance, rend les choses presqu’irréelles pour moi. M’écrire, c’est faire de moi un personnage. Je vous sers ce personnage en me disant que, peut-être, l’impact sera moins grand. Peut-être que si moi, je lis assez ces mots, je finirai par me dire que ça va.
Mais pour l’instant, à l’heure où j’écris ces lignes, il n’y a pas eu une minute où je n’ai pas eu des anxiolytiques dans le sang depuis que le diagnostic est tombé. J’en suis presqu’à chronométrer. J’ai commis l’erreur une fois de ne pas les prendre en temps et en heure et l’angoisse, la phobie de TOUT m’assomme. Le fait de me lever, d’aller au travail, de tenir mes obligations sous toutes leurs formes, tout a été un effort énorme.
J’ai maintenu ma vie sociale envers et contre tout, parce que j’avais donné ma parole. Je suis sortie, j’ai invité, je n’ai été seule que très peu de temps cette semaine. Je n’ai pour autant jamais réussi à parler. J’ai essayé une fois ou deux mais ai écarté le sujet aussi vite.
Je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à le DIRE. Alors j’écris en pleurant, parce qu’il faut bien que j’essaie de faire passer une crise qui dure depuis une semaine.

Depuis mardi matin tourne en boucle dans ma tête la rengaine du « ce n’est pas possible ». « C’est un mauvais rêve », même. Je n’ai plus envie de me réveiller. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été aussi mal et je ne sais même pas pourquoi.
J’ai l’impression d’être de retour au même niveau de douleur et de détresse qu’en 2014 et je ne comprends PAS pourquoi. Ce n’est qu’un diagnostic, un diagnostic évident même. Ce n’est pas une surprise. C’était il y a longtemps. Ça explique tellement de choses.

« Mais vous ne vous sentez pas mieux de l’entendre dire par quelqu’un d’extérieur ? »

Tellement pas.
Il y a des gens que le diagnostic soulage, pour qui entendre les mots permet de légitimer le mal-être. Pour moi, c’est le cas lors des diagnostics physiques (moi qui minimise souvent mes douleurs physiques, savoir que je ne suis pas hypocondriaque me rassure quelque part). Mais pas pour les diagnostics de santé mentale. Ceux-là empirent tout, parce que malgré mes études, malgré les gens sains de mon entourage, malgré le fait que RATIONNELLEMENT je sais que « dans santé mentale il y a d’abord santé », EMOTIONNELLEMENT cette foutue idée reçue que « je ne fais pas assez d’efforts / j’en fais des caisses » a quand même fait son chemin.
Je ne suis pas dans un état mental qui me permet d’accepter cette maladie. Et encore, s’il s’agissait d’une dépression maintenant, je ne dirais peut-être pas, même si j’ai déjà les mains pleines avec la gestion de mon état borderline.
Mais le fait qu’en plus, on parle d’une maladie qui se serait déclarée quand j’étais jeune, enfant, toute petite, qui aurait duré jusqu’à l’adolescence et au-delà, pour moi, c’est inacceptable. Pour plein de raisons. Parce que j’ai l’impression, tout d’abord, que mon HPI, mon état limite, je peux vivre avec, je peux trouver des solutions. Mais ça ? Comment vais-je faire avec ça ? Je me sens prisonnière, dans une impasse. Je ne vois pas comment vivre avec. J’ai envie de tout arrêter. Et puis aussi, surtout, parce que non, non, non. Pas les enfants. Pas moi. Pas moi enfant. L’innocence devrait être inatteignable. J’ai cette image de perfection que je ne veux pas briser. Mon plus grand traumatisme a sans doute été de naître, alors ‎je refuse de reconnaître que « je n’ai pas eu d’enfance » parce que ce n’est pas vrai et ce n’est pas juste. Je passe mon temps à pleurer l’innocence.

Et pourtant il va bien falloir accepter de revenir dessus pour reformuler ce « je n’ai pas eu d’enfance » bien maladroit, injuste, incorrect, et le digérer, pour pouvoir avancer. Et dire que la route est longue est sans doute l’euphémisme de la semaine, du mois, de l’année.

J’ai dit que 2017 serait l’année où chaque contrariété aurait son contrepoids positif. Même si ce n’est qu’à moitié vrai, disons que le mal-être de la semaine dernière a pour positif d’avoir conduit à ce diagnostic qui devrait débloquer quelques points.
Quant au mal-être lié à ce diagnostic lui-même, il m’est encore difficile de lui trouver un contrepoids positif dans l’immédiat, j’avoue. Mais je suppose que ça veut dire que je vais toujours plus avancer. Même si ça va prendre du temps. Beaucoup de temps.

Ce dernier diagnostic va être long à digérer. ‎Je ne sais pas par quel bout le prendre. Je ne comprends pas pourquoi il a à ce point tout bouleversé en moi. Pour l’instant j’essaie juste de maintenir une « vie normale » et des « apparences », comme toujours, en taisant l’angoisse et en évacuant comme je peux. A l’écrit.

Je ne vous cache pas que j’espère encore une porte de sortie miraculeuse, un « retour au soleil et tout ira mieux ». Peut-être que ça pourrait aller mieux un temps mais je replongerais direct… Il n’y aura pas de miracle et je dois faire face, mais je ne trouve pas encore les bonnes armes pour me battre, alors je survis.

Je suis seule face à un moi-même que je ne comprends pas, que je découvre. Je sais que je pourrais demander de l’aide, mais dans ma tête il est très clair que personne ne pourra m’aider. Je ne sais pas encore comment je vais faire. Je vais finir par trouver.

J’ai une impression de « passage initiatique pour pouvoir être moi, enfin ». Ou de « boss final à affronter seul alors que le reste de l’équipe (qui a été d’un soutien inestimable tout le long du run) a des armes inefficaces ».
J’aime bien l’image de boss final.‎
Parce que j’avoue que, quatre diagnostics, quelques suspicions non-creusées et deux-trois « mots en l’air » plus loin, je ne vous cache pas que j’espère très fort que ce diagnostic-là, c’était le dernier.

[Je ne ferme pas les commentaires mais pour des raisons évidentes, je vous demanderai d’y réfléchir à deux fois avant d’en laisser un, ou de me contacter de quelque manière que ce soit à ce sujet. Et n’essayez surtout, surtout, surtout pas de me TELEPHONER ou me faire PARLER. Écrire est suffisamment difficile. Rappelez-vous : du temps. Beaucoup de temps.]