Le #DayNotFound 2016

J’ai bien failli rater la date. Hier, après une journée ô combien chargée (Ben, Motus et Hime pourront témoigner), il était pratiquement 22h quand j’ai réalisé quelle date nous étions.

Quatre avril. 4/04. Day Not Found donc.

S’il y a une date à célébrer sur ce site, c’est bien celle-ci… et pourtant, elle a bien failli passer inaperçue !
C’est ainsi qu’à même pas deux heures de la fin de cette journée à la date magique, j’ai tenté d’improviser sur les chapeaux de roues un pseudo-concours thématique pour vous faire gagner (faute d’inspiration autre et suite au conseil de Mathieu) un dessin…
Et alors que je m’attendais à ce que, raté pour raté, ça passe totalement inaperçu et on ferait mieux l’an prochain, vous m’avez épatée en étant finalement quinze à participer.
Bien sûr, dit comme ça ça ne paraît pas énorme, mais pour un concours lancé à 1h45 de la fin avec un thème pas forcément facile, moi je m’incline et surtout je vous dis félicitations pour votre réactivité.

Je vous avais donc demandé de me raconter de me raconter vos meilleures histoires de quand vous vous êtes perdus. Il me semblait que ça collait bien avec le Day Not Found, après tout, et que vous auriez sans doute des anecdotes chouettes à raconter. Je ne suis pas déçue du résultat !

J’avoue, je me suis souvent retrouvée dans vos histoires, moi, un peu paumée chronique qui arrive quand même toujours à retomber sur ses pattes. (Parfois un peu miraculeusement…)
Chaque arrivée dans une nouvelle ville est une aventure permanente. Ou même une ville connue mais dans laquelle je ne m’étais jamais promenée seule, d’ailleurs.
Tenez, un exemple parlant pour les Lyonnais : j’ai souvenir de cette époque où j’habitais Garibaldi et m’étais perdue vers Saxe, avoir tourné vingt minutes au moins pour finalement abdiquer et prendre le métro pour un arrêt. Retrospectivement je ne comprends toujours pas comment j’ai fait pour me perdre.

C’est clair que je n’ai pas un sens aigu de l’orientation. Ou plutôt, je ne fais pas assez attention aux choses. Je pourrais faire dix fois le même trajet, si je suis accompagnée, je ne saurai jamais le faire toute seule. A moins de me forcer à prendre des points de repère, mais ce ne serait pas du tout instinctif. Je pars souvent à droite au lieu de la gauche (même quand les panneaux indiquent le contraire d’ailleurs : je l’ai fait pas plus tard qu’hier au Pays des Merveilles). Des fois, j’arrive même à oublier s’il faut monter ou descendre.
Bref, je ne fais pas assez attention. Et pourtant, je sais que si je prends la peine d’être vraiment très attentive et que j’ai un plan, tout devient plus clair. Mais j’ai besoin du plan, de l’avoir dans ma tête (et que ce que j’ai sous les yeux s’y conforme). Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde, j’ai de la chance de ce point de vue-là. Ca rattrape mon absence totale d’attention quant à la direction à choisir.

Le point positif de tous ces égarements, c’est qu’en général, une fois que je me suis bien, bien perdue dans un quartier, je finis par bien le connaître, et je ne m’y perds plus. Ca devient presqu’une stratégie. Et a priori, je ne suis pas la seule à fonctionner comme ça, vu vos histoires !
Cette stratégie a un aspect positif, aussi : à force, j’ai appris à « bien » me perdre. Totale confiance : je sais que de toute façon quoi qu’il arrive, je vais forcément me retrouver quelque part et m’en sortir (quitte à demander de l’aide à des gens). Conséquence directe : quasiment chaque fois que je suis complètement perdue avec absolument aucune idée d’où aller, des gens me demandent leur chemin.
(Et pour ça aussi, a priori, je ne suis pas seule !)

Beaucoup de vos anecdotes montraient que le fait de se perdre, malgré les frayeurs occasionnées, avait pu être une source de souvenirs formidables. Se perdre à plusieurs, ça crée des liens forts. Se perdre seul, c’est se retrouver dans un endroit inconnu mais pouvoir découvrir plein de choses qu’on n’aurait pas découvertes sinon.
Bon, bien sûr, il faut passer l’effroi du moment. Mais il n’est pas rare que l’effroi disparaisse quasiment totalement et qu’on se retrouve à raconter une histoire où on s’est perdu au moins sur un ton drôle, voire même carrément de manière nostalgique.

Bref, vous l’aurez compris : j’ai beaucoup aimé lire vos participations, j’y ai retrouvé plein de choses, j’ai un peu réfléchi à mes propres expériences, et soyons honnêtes : certains d’entre vous m’ont bien fait rire.
J’avais promis de décerner un dessin à la meilleure histoire. Elle n’a pas été facile à choisir. En fait, je suis tellement nulle en tant que juge que j’ai même abandonné l’idée de ne choisir qu’un seul vainqueur.
Finalement, c’est trois dessins que je décernerai ! Et les vainqueurs sont donc…

XetraSherpa, avec l’épique Geste de Xetra16ans, son magasin de rôliste et ses pieds dans la boue. Elle voulait garder ça secret en me mentionnant mais voilà l’histoire désormais affichée au yeux du monde entier !
Erkhaly, avec une épopée fort exotique, des rails abandonnés et des ouvriers au milieu de nulle part, le tout illustré de manière très mignonne.
– et Varpie, qui m’a fait un bel effroi au début tant je l’ai cru hors sujet alors que non, il a juste raconté à merveille une perte qu’on a tous pu connaître à un moment ou un autre de l’enfance dans un style dégoulinant d’un lyrisme que Lovecraft ne renierait sans doute pas.

Je vous laisse me contacter par DM pour vos dessins !

Pour autant, toutes les autres aventures n’ont pas manqué de charme non plus. J’aimerais donc décerner quelques mentions honorables :
– la mention « Sueurs froides » à Ciel d’Orage
– la mention « Surréalisme » à Raekihi, qui a un peu triché
– la mention « Totalement d’actualité ! » à Hime, qui a réussi à se perdre le jour-même.

Et comme je vous l’avais promis, je vous livre de mon côté mes propres souvenirs de pertes mémorables. J’aurais eu du mal à en isoler un, si j’avais dû participer à mon propre concours. Alors je vous propose trois petits #DayNotFound à moi. J’ai hésité à en faire une série de tweets, mais ça semblait un peu long…

Voilà donc ces expériences qui m’ont appris que finalement se perdre, c’est juste prendre des chemins détournés pour s’épanouir encore plus !

Le premier #DayNotFound est une histoire de Petite Lia. Elle a 8 ans, ne vous déplaise, il ne faut pas trop lui en demander, elle mesure pas bien haut (1m20-30 tout au plus, dirais-je), et sa famille vient de déménager. Petite Lia a toujours vécu en appartement, et là, on vient d’arriver en maison, c’est grand, c’est trop bien (même si soyons honnêtes Petite Lia a horreur du changement et aurait mille fois préféré rester dans sa chambre avec une frise-chats toute sa vie). Pour autant, Petite Lia a quand même l’habitude d’une maison avec un jardin, parce qu’elle a aussi grandi chez ses grands parents qui en ont un immense, de jardin. Et elle aime bien les jardins. Alors sitôt arrivée, Petite Lia prend la décision d’aller découvrir le jardin derrière la maison.
Ce qu’il faut savoir, c’est que cette nouvelle maison, elle était en vente depuis un an quand ses parents l’ont trouvée. Alors forcément, le jardin, il a eu le temps de devenir très sauvage, garanti 100 % avec mauvaise herbe, jolies fleurs, grosses ronces, un peu de menthe sauvage (hé oui !) et des chardons très hauts. Très très hauts, même. En fait, les herbes sont même plus hautes qu’elles. Mais Petite Lia ne se laisse pas démonter ! Elle part à l’aventure dans la cambrousse, en évitant les épines, en trouvant une espèce de chemin qui la laisse passer. Elle avance, elle avance… de mètre en mètre, les herbes se referment sur son passage. Si au début elle distinguait encore l’entrée du jardin, là ce n’est plus du tout le cas. Arrivée vers le milieu du jardin, il faut se rendre à l’évidence : Petite Lia ne voit plus rien d’autre que des herbes hautes, partout, un rideau de plantes qui piquent menaçantes et rancunières. Alors Petite Lia panique. Et se met un peu à pleurer. Et surtout, appelle.
« A L’AIDE ! »
Soyons honnêtes : Petite Lia n’a aucune idée du temps que ça a pris pour qu’on la retrouve. Sans doute pas si longtemps que ça, mais ça a paru long en tout cas. Mais on l’a retrouvée, et finalement, les hautes herbes ont été coupées à la faucille, et on a pu voir que Petite Lia avait dû avancer environ cinq mètres. Sa famille parle encore de cet épisode de temps en temps.

Le deuxième #DayNotFound a eu lieu à l’autre bout du monde, lors de mon année en Chine. A ce moment-là, je suis la seule Française du campus, je ne connais encore pas grand monde, mais j’ai bien sympathisé avec un Colombien qui a la bougeotte. « Je veux aller voir l’exposition universelle », me dit-il un jour. « Elle est bientôt finie et on a des jours fériés dans deux semaines. Tu viens avec moi ? »
J’ai hyper envie de voir Shanghai, l’expo universelle pourrait être une super expérience, et ça tombe pile pendant mon anniversaire. Je vais avoir vingt ans.
Allez. C’est parti. Je vais fêter mes vingt ans à Shanghai.
Nous prenons nos billets d’avion ensemble, puis je m’inquiète de savoir comment nous ferons une fois sur place. « On verra bien », me répond-il. « C’est l’aventure. Hakuna Matata. »
L’aventure. OK, ça me va. Je sais quand je pars, je sais quand je rentre, on verra ce qui se passe entre les deux.
Nous prenons un hôtel à côté de l’aéroport de Chongqing la veille du départ. Déjà, c’est un peu l’aventure de partir comme ça : il faut traverser une ville qui a la taille d’une province, bus puis bus puis taxi finalement. Nous dormons, déjeunons le matin avec un mini-gâteau d’anniversaire en forme de Pikachu sur lequel il a directement planté les allumettes de l’hôtel en guise de bougie (une attention tout à fait mignonne !

225778_2001053382561_7053730_n(Ca reste du made in China hein…)

Puis prenons l’avion et arrivons à Shanghai. Pas de souci pour rejoindre le centre, je découvre le métro, c’est l’extase. Shanghai est tellement plus propre et civilisée que Chongqing à mes yeux, une vraie bouffée d’air frais. Nous trouvons où manger à midi, puis cherchons un endroit où loger le soir.
C’est là que ça se corse. Hôtel après hôtel, nous nous faisons refouler. Soit ce sont des hôtels qui n’ont pas le droit d’accueillir les étrangers (oui, il faut une licence spéciale pour ça en Chine), soit ils sont complets. Car en effet, riche idée que d’aller voir l’expo universelle avant qu’elle se termine au moment où L’INTEGRALITE DE LA CHINE est en vacances…
Je commence à paniquer. Je suis dans une ville immense dont je ne parle qu’à moitié la langue, je n’ai aucune idée ni d’où je me trouve précisément, ni (surtout !) d’où je vais dormir cette nuit.
L’angoisse totale. Un à un, des messages de joyeux anniversaire arrivent mais je n’arrive pas à m’en réjouir.
Finalement, mon ami, beaucoup plus terre à terre que moi, me calme et nous décidons d’aller dans un café avec accès Wifi pour trouver un hôtel. Meilleure idée du monde, même si je suis encore angoissée. Il sort son ordinateur, nous cherchons. Ne trouvons rien. Tout est complet, complet, complet. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je vais dormir ce soir. L’information tourne dans ma tête.
Soudain, un coup de fil de mes parents : ils veulent me souhaiter mon anniversaire, me disent qu’ils pensent à moi… et moi je fonds en larmes. La vendeuse du café me voit me décomposer, et pour elle, c’est la catastrophe : une occidentale qui pleure dans son café, c’est inimaginable !
Elle me demande ce qu’elle peut faire dans un anglais cassé, je lui réponds moitié en anglais moitié en chinois qu’aujourd’hui j’ai vingt ans et que je ne connais rien ici et que je ne sais pas où je vais dormir. Mon ami colombien est un peu dépassé par les événements.
La vendeuse est adorable. Elle ne me touche pas (le Chinois ne sont pas du tout tactiles), mais arrive à me calmer. Elle m’apporte une part de tiramisu aux Oreos (qui n’avait rien d’un tiramisu mais c’était le meilleur du monde quand même, à ce moment-là), me demande de respirer, me dit que ça va aller, que je devrais manger. Puis, pendant que je grignote, elle passe un coup de fil. Et elle revient avec une carte en nous disant « Allez là-bas, il y aura de la place. »
Je la regarde avec de grands yeux. Elle me dit que ça va aller, qu’on devrait y aller.
Alors on prend un taxi, et on y va, direction un hôtel totalement inconnu. Trois explosions de limite de vitesse et un demi-tour sur le périph plus tard (les taxis en Chine, ça déconne pas), nous arrivons à l’hôtel. Nous nous présentons, et la personne à l’accueil nous dit que ah oui, effectivement, il n’y a pas de problème, il a de la place pour nous, il a une chambre simple, normalement elle n’est pas assez grande mais il a fait rajouter un lit pour en faire une chambre double. Mais vu que c’est une chambre simple on paie le prix pour une seule personne. Oh, et shengri kuaile.
Nous avons posé nos bagages, j’ai respiré un grand coup. Puis nous sommes allés nous balader, et avons pu admirer The Bund de nuit.

redimDSC_0670(Oui, j’étais fatiguée)

Je n’oublierai jamais mes vingt ans, je crois.

 

Le troisième #DayNotFound a, en vérité, déjà été évoqué par Watou dans le cadre de ce concours. Ça la disqualifie un peu parce que « c’est de la triche » mais en vrai, elle mérite une mention honorable elle aussi pour « Perte poétique ». Sauf qu’elle a oublié d’en raconter la moitié, alors voilà l’histoire complète.
C’est l’histoire d’un groupe d’amis qui se retrouvent toutes les années pour fêter le nouvel an ensemble. Rappelez-vous, je vous en ai parlé, du Nouvel An Maison Bleue ! C’est un moment très fort, très symbolique qui rapproche des amis beaucoup trop loin géographiquement, mais on fonctionne pas mal en « loin des yeux près du cœur », par chez nous. Cette année-là, c’est la deuxième édition, nous nous retrouvons donc dans les Alpes et la neige. Non contents d’être un groupe d’amis, nous sommes aussi un groupe de musique. Après un 31 décembre grassement fêté, un concert face à amis et familles, et une bonne nuit de sommeil, il nous prend l’envie de célébrer le 1er jour de l’année en allant voir un coucher de soleil sur la montagne.
Sur le coup, ça paraissait une bonne idée, et ça ne craignait pas grand-chose. A posteriori, ne pas prévenir les adultes qu’on le faisait, c’était peut-être pas une bonne idée. Aller à un endroit où il n’y a pas de réseau, avec pas assez de batterie sur nos téléphones non plus. Ne pas prendre de lampe, non plus. Avoir parmi nous une estropiée des genoux, plusieurs personnes en converses, ou en manteau léger, en fait, quand on y réfléchit maintenant, c’était même franchement bête.
Mais on allait voir le coucher du soleil, on avait un guide qui venait de la région, on ne craignait rien. On est donc partis à cinq, et on est allés vers le haut de la montagne. Difficile, surtout que le guide a déterminé qu’on ne va pas prendre la route, mais plutôt un raccourci qui ferait arriver plus vite, parce qu’on est partis un peu tard et qu’on va rater le coucher du soleil sinon. On est montés, vite. VITE. Les pieds dans la neige, mal équipés, trempés, gelés. Sur la route, j’ai sorti mon appareil photo pour nous filmer en train de noter des idées pour notre prochaine chanson « Alors c’est une fille elle est perdue dans la neige et euh… elle a ses larmes qui gèlent sur ses joues tellement il fait froid. »

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Oui, on en est là. Le paysage est beau, les ruisseaux gelés ne manquent pas de romantisme, mais il faut se dépêcher pour arriver avant que le soleil soit totalement couché. Alors on grimpe, on grimpe, on se pousse et on se tire un peu pour grimper plus vite, pour se tenir chaud aussi. Jusqu’à arriver en haut. Petit moment d’allégresse. Photo souvenir prise à l’arrache, avec l’appareil photo posé un peu de travers sur le panneau qui indique le nom du « Col du Tetras : alt. 1284m ». Minute bucolique : la mer de nuage un peu rose, l’étendue blanche de la neige, le sentiment d’être minuscule face à la vallée…

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L’extase passée, le guide annonce, l’air de rien, après avoir regardé le panneau : « On est trop haut ».
Comment ça trop haut ? On aurait bien pu l’écharper, si on n’était pas aussi gelés. En fait, le guide, avec son raccourci, nous a fait arriver du mauvais côté. Un côté qu’il ne connaît pas.
Réalisation : on est donc perdus dans la neige, pas équipés, avec aucun moyen de contacter les autorités parentales. Et on doit traverser la forêt de nuit pour redescendre. Là, clairement, on a l’impression qu’on va mourir.
Le guide presse le pas, et nous pousse à le suivre. Vu que nous sommes arrivés par un mauvais côté, nous repartons de l’autre. A travers bois, là où il fait sombre, il y a des animaux sauvages… Non, vraiment, sur le coup, ça paraissait logique.
On y voit de moins en moins bien et il fait de plus en plus froid. La panique commence à prendre. Je me sers du flash de mon appareil photo une fois, deux fois, pour éclairer la route. A la troisième fois, plus de batterie. Nos téléphones sont tous morts.
La pente est de plus en plus rude dans la descente. Je fais des « câlins à des arbres », pour me rattraper, pour souffler aussi. Finalement, l’un après l’autre, nous finissons les fesses dans la neige. Nos manteaux pas adaptés deviennent des luges improvisées pour descendre plus vite. L’idéal serait de rejoindre une route, mais nous n’en trouvons pas, il fait froid, on ne sait pas où on est, on ne voit rien, on va mourir…
Il paraît qu’il y a des bêtes sauvages, alors pour les effrayer, on chante. On chante n’importe quoi, ce n’est pas grave. C’est rassurant d’entendre nos voix, en fait. Je me casse la figure dans la neige, je perds ma main gauche, gelée. On me rattrape par le bras et on repart en chantant.
Gauche ou droite ? Droite, la route ne devrait plus être loin… Cela fait une éternité que cette fichue route ne devrait plus être loin. Les pentes sont toujours aussi rudes, on s’attrape par le bras et les dévale en hurlant. La voix qui rassure.
Enfin, encore un peu de luge entre deux câlins aux arbres plus tard, un chemin forestier. Combien de temps cela fait-il qu’on cherche notre chemin ? Certes, ce n’est pas la route, mais le chemin nous conduit à un chalet. Complètement perdu au milieu de nulle part.
De la civilisation ! On ne va pas mourir. Ni une, ni deux, on frappe à la porte. A l’intérieur, un papi et une mamie passaient visiblement une soirée fort tranquille et ne s’attendaient pas à voir cinq ados trempés chez eux à une heure pareille.
Nous empruntons leur téléphone : à la Maison Bleue, les adultes étaient occupés à jouer… et n’avaient pas remarqué notre absence.
Dommage, c’est maintenant qu’on a appelé qu’ils commencent vraiment à s’inquiéter. Allons bon. Nous raccrochons en convenant de les tenir au courant, car nous n’avons aucune idée d’où nous sommes. Les deux personnes âgées nous indiquent notre chemin : il y a un autre chemin forestier à prendre et nous arriverons au village le plus proche.
On n’est pas mort.
Nous repartons, le cœur plus léger. La pente est toujours rude, il fait toujours froid, mais on a pu se réchauffer un peu dans le chalet, et puis nous savons où nous allons maintenant.
Et enfin, la route. Le soulagement. Nous pouvons marcher tranquillement, en portant un peu notre estropiée dont les genoux et les chevilles ont lâché. Nous chantons de bon coeur maintenant. Nous nous arrêtons même un moment pour admirer les feux d’artifice qu’un village tire de l’autre côté de la vallée. Puis, mûe par je-ne-sais quel instinct, je relève la tête. Le ciel est couvert d’étoiles, loin de la pollution lumineuse de la ville. « C’est trop beau. »
Les autres lèvent la tête à leur tour. Au moment où nous regardons tous (ou presque ?), une étoile plus brillante que les autres tombe d’un coup puis s’éteint.
La plus grosse étoile filante que j’aie vue.
Un peu sous le choc, nous reprenons notre chemin en chantant toujours. Quelques dizaines de minutes de marche plus tard, enfin, un panneau d’entrée dans un village. Nous y sommes. Un coup de fil depuis une cabine téléphonique plus tard, les adultes nous retrouvent, et nous faisons profil bas. Enfin, retour à la Maison Bleue… où nous nous jetons tous les cinq allègrement sous la douche, pour nous faire couler de l’eau chaude sur les pieds. La douche n’est pas très grande, a posteriori je ne sais pas comment on tenait là dedans, mais c’était la meilleure eau chaude du monde.
Un an plus tard, nous sommes retournés en haut de la montagne, mais en prenant des précautions cette fois-ci.

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Et nous avons fini d’écrire une chanson en l’honneur de cette perte mémorable. Notre chef d’œuvre à ce jour. Je crois que nous avons tous fait le même vœu, ce soir-là…

Voilà pour mes propres expériences. Le quatre avril est fini : rendez-vous l’an prochain pour un nouveau #DayNotFound !